05/09/2026
DOSSIER SPÉCIAL — SÉCURITÉ ROUTIÈRE AU CAMEROUN
DEUX ACCIDENTS AU MÊME ENDROIT EN QUELQUES HEURES : QUAND UN PREMIER ACCIDENT DEVIENT LE PIÈGE DU SECOND
Ninguessen, Kon-Yambetta — RN4
Par KAHE FEUKOU Isidore, Expert en sécurité routière
À Ninguessen, dans l'arrondissement de Kon-Yambetta, sur la RN4, un premier accident serait survenu aux environs de 23 heures, lorsqu'un véhicule s'est encastré à l'arrière d'un camion à plateau.
Quelques heures seulement plus t**d, au même endroit, un autobus venant de l'Ouest aurait percuté un taxi en provenance de Yaoundé.
Le bilan communiqué fait état de trois morts, tous occupants du taxi, ainsi que de nombreux blessés parmi les passagers du bus. Les sapeurs-pompiers de Bafia et le peloton routier motorisé sont intervenus.
Deux accidents. Le même endroit. La même nuit.
Cette succession doit nous interpeller.
LE PREMIER ACCIDENT AURAIT DÛ DÉCLENCHER UNE ALERTE IMMÉDIATE
C'est ici que se trouve probablement l'une des questions essentielles.
Lorsqu'un accident survient sur une route nationale, le danger ne disparaît pas nécessairement avec la collision.
Au contraire.
Un véhicule accidenté, un camion immobilisé, des débris, du carburant répandu, une chaussée encombrée ou simplement un attroupement peuvent transformer le lieu du premier accident en zone de suraccident.
Et lorsque cela se produit la nuit, le risque augmente considérablement.
Un accident peut donc devenir la cause indirecte d'un deuxième accident.
C'est précisément pourquoi la gestion de l'après-accident doit être considérée comme une composante à part entière de la sécurité routière.
LA QUESTION CENTRALE : QUI SÉCURISE LE LIEU APRÈS LE PREMIER ACCIDENT ?
Il faut désormais poser cette question clairement :
Après le premier accident, quelles mesures de sécurisation ont été immédiatement prises pour protéger les autres usagers ?
Le lieu a-t-il été :
correctement balisé ?
éclairé ou rendu suffisamment visible ?
signalé en amont ?
sécurisé dans les deux sens de circulation ?
surveillé jusqu'à l'évacuation des véhicules ?
débarrassé des débris ?
protégé contre un éventuel suraccident ?
Ce sont des questions techniques, mais derrière chacune d'elles se trouve potentiellement une vie humaine.
LE VÉHICULE ACCIDENTÉ N'EST PAS UN SIMPLE OBJET
C'est l'une des grandes faiblesses de notre approche de la sécurité routière.
Nous avons tendance à considérer :
l'accident → les secours → les blessés → l'évacuation.
Mais il faut ajouter une étape essentielle :
LA SÉCURISATION DU SITE.
Un camion couché sur la chaussée.
Un véhicule accidenté.
Un autobus immobilisé.
Un poids lourd en panne.
Un véhicule stationné sans éclairage.
Tous ces éléments peuvent constituer des obstacles mortels.
LA NUIT, LE DANGER EST MULTIPLIÉ
Les accidents nocturnes posent une problématique particulière.
La visibilité est réduite.
La perception des distances est différente.
Les conducteurs peuvent être fatigués.
Les obstacles non éclairés deviennent beaucoup plus difficiles à détecter.
Et lorsqu'un véhicule accidenté se trouve dans une zone mal signalée, le conducteur qui arrive quelques minutes ou quelques heures plus t**d peut ne rien savoir du danger qui l'attend.
C'est exactement le type de situation que la technologie embarquée doit contribuer à prévenir.
YM@NDRIVER : DÉTECTER, ALERTER, PRÉVENIR
C'est ici que notre réflexion sur Ym@nDriver prend tout son sens.
Une caméra embarquée et un système intelligent de suivi ne doivent pas seulement servir à constater ce qui s'est passé après l'accident.
Ils doivent contribuer à :
DÉTECTER
ALERTER
LOCALISER
PRÉVENIR
INTERVENIR
Lorsqu'un autobus est impliqué dans un accident ou immobilisé dans une situation dangereuse, la localisation et la transmission rapide de l'information peuvent permettre d'alerter les responsables de l'exploitation et, selon le dispositif prévu, les autorités compétentes.
DEUX ACCIDENTS AU MÊME ENDROIT : UN SIGNAL D'ALARME
Ce qui s'est passé à Ninguessen doit donc être étudié comme un cas d'école de gestion du risque de suraccident.
La question n'est pas uniquement :
« Pourquoi le premier véhicule a-t-il percuté le camion ? »
Il faut également demander :
« Pourquoi un deuxième accident a-t-il pu se produire au même endroit quelques heures plus t**d ? »
Cette deuxième question est fondamentale.
Car même si l'enquête démontre que les deux accidents ont des causes différentes, la répétition au même endroit et dans un laps de temps très court constitue un signal qui mérite une analyse approfondie.
RN3, RN4, RN5, RN6, RN7, RN10, RN1 : LE MÊME COMBAT
Ce nouveau cas permet d'élargir le dossier.
Nous ne devons pas opposer :
routes dégradées
contre
routes mieux aménagées.
Une route correctement construite peut devenir dangereuse si :
un camion tombe en panne ;
un véhicule est accidenté ;
l'obstacle n'est pas signalé ;
la vitesse n'est pas maîtrisée ;
la visibilité est mauvaise ;
la fatigue intervient ;
les secours arrivent t**d ;
les autres automobilistes ne sont pas prévenus.
La sécurité routière est donc un système.
IL FAUT UN PROTOCOLE NATIONAL DE « SURACCIDENT »
Je recommande au ministère des Transports, au MINTP, aux forces de sécurité, aux sapeurs-pompiers et aux sociétés de transport de mettre en place un protocole national spécifique.
Dès qu'un accident grave est signalé :
1. LOCALISER PRÉCISÉMENT
2. SIGNALER LE DANGER EN AMONT
3. BALISER DANS LES DEUX SENS
4. RÉDUIRE LA VITESSE DES VÉHICULES À L'APPROCHE
5. SÉCURISER LES PERSONNES SUR PLACE
6. ÉVACUER LES VÉHICULES DÈS QUE POSSIBLE
7. MAINTENIR UNE SURVEILLANCE DU SITE
8. INFORMER LES AUTRES USAGERS
9. RÉTABLIR RAPIDEMENT DES CONDITIONS NORMALES DE CIRCULATION.
Un accident non sécurisé est un accident qui continue de produire du danger.
UNE IMAGE VAUT PARFOIS PLUS QU'UN LONG RAPPORT
Les accidents de Ninguessen sont également révélatrices.
On y voit notamment un poids lourd renversé, un véhicule fortement endommagé et une collision impliquant un véhicule particulier et un camion.
Ces images doivent servir non pas à alimenter le sensationnel, mais à documenter les risques auxquels sont confrontés quotidiennement les usagers du réseau routier camerounais.
La sécurité routière doit sortir du seul registre émotionnel.
Il faut transformer chaque drame en données, chaque donnée en décision et chaque décision en action.
UNE PERSONNE MORTE EST UNE PERSONNE DE TROP
De Nomalé à Boumnyebel.
De la RN3 à la RN4.
De la RN5 à la RN10.
De la RN1 aux autres corridors nationaux.
Le constat est le même :
NOUS NE DEVONS PLUS ATTENDRE LES HÉCATOMBES POUR AGIR.
Un camion abandonné.
Un véhicule accidenté.
Un nid-de-poule.
Une absence de signalisation.
Un conducteur fatigué.
Une vitesse excessive.
Un véhicule défectueux.
Pris séparément, chacun peut sembler être un problème différent.
Mais ensemble, ils constituent une chaîne de risques.
ET POUR CONCLUSION : LE SECOND ACCIDENT DOIT NOUS APPRENDRE QUELQUE CHOSE
Le drame de Ninguessen pose une question qui dépasse largement ce village :
Combien de morts supplémentaires faut-il pour que la gestion de l'après-accident devienne une priorité nationale ?
Nous devons désormais considérer le lieu d'un accident comme une zone temporairement dangereuse qui nécessite une protection immédiate et continue.
Et c'est précisément là que doivent converger :
les forces de sécurité + les sapeurs-pompiers + les gestionnaires routiers + les transporteurs + la technologie + les usagers.
ROUTE SÛRE,
VÉHICULE SÛR,
CONDUCTEUR VIGILANT,
SIGNALISATION,
SURVEILLANCE EMBARQUÉE.
INTERVENTION RAPIDE POUR SAUVER DES VIES SAUVÉES.
« FINIE LA CULTURE DE LA RÉACTION. PLACE À UNE CULTURE PERMANENTE DE LA PRÉVENTION »
Par KAHE FEUKOU Isidore, Expert en sécurité routière