13/07/2026
Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l'Administration Territoriale
Monsieur le Ministre,
Je vous adresse cette lettre avec respect, dans un esprit républicain et animé par le souci de l'intérêt général.
Dans un pays où le chômage atteint un niveau préoccupant, où des milliers de jeunes peinent à trouver un emploi et à envisager un avenir serein, la foi et la prière demeurent, pour beaucoup, le dernier refuge de l'espérance.
Dans un pays confronté à des tensions sécuritaires récurrentes, à des menaces contre la stabilité de l'État et à des tentatives de déstabilisation, les lieux de culte jouent un rôle essentiel. Ils sont des espaces où se cultivent la paix, le pardon, le civisme et l'unité nationale.
Dans un pays où se nourrir dignement, accéder aux soins ou simplement vivre avec sérénité est devenu un défi quotidien pour de nombreuses familles, la prière reste souvent la seule force qui permet de ne pas sombrer dans le désespoir.
Dans un pays où l'insécurité grandit et où certains citoyens ont le sentiment que les principes de l'État de droit sont parfois fragilisés, pouvoir se recueillir librement dans un lieu de culte est plus qu'un droit : c'est une nécessité spirituelle et humaine.
Cependant, compassion ne signifie pas renoncer à l'ordre. Je partage votre volonté de mettre fin aux dérives de certains individus qui exploitent la foi à des fins personnelles. Toutes les églises dites de réveil ne remplissent pas les conditions requises pour obtenir une reconnaissance officielle, et certaines exercent sous la tutelle d'organisations légalement établies. Un véritable travail d'assainissement est donc nécessaire afin d'écarter les brebis galeuses qui ternissent l'image des communautés religieuses sérieuses. Si vous le jugez utile, je suis disposé à apporter ma modeste contribution à cette réflexion avec les acteurs de terrain.
En revanche, interrompre une célébration religieuse en plein office dominical, devant des fidèles venus chercher consolation et espérance, est une démarche qui suscite une profonde incompréhension. Une telle intervention peut être perçue comme un manque de considération envers les croyants et envers la liberté de culte.
Les véritables auteurs des abus sont, pour la plupart, connus et identifiables. C'est avec les responsables religieux crédibles, les autorités administratives et les acteurs de terrain qu'il convient de bâtir une réponse durable, juste et équilibrée.
Monsieur le Ministre, gouverner, c'est protéger l'ordre public, mais c'est aussi préserver les libertés fondamentales. La République est d'autant plus forte qu'elle sait concilier l'autorité de l'État avec le respect des convictions religieuses.
Ne fermons pas les portes de l'espérance à un peuple qui cherche encore des raisons de croire en demain. Corrigeons les abus, sanctionnons les fraudeurs, mais protégeons les lieux où les Camerounaises et les Camerounais viennent chercher la paix, la consolation et la force de continuer à servir leur pays.
L'État a besoin de l'ordre. Le peuple a besoin d'espérance. Les deux peuvent et doivent coexister.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma très haute considération.