23/04/2026
GUERRE DANS LE GOLFE PERSIQUE:
UN NOUVEAU CHOC GLOBAL QUI INQUIÈTE LES INDUSTRIES CAMEROUNAISES...
L’escalade militaire observée depuis fin février dans le Golfe persique remet brutalement au premier plan une vulnérabilité structurelle de l’économie mondiale : la dépendance à quelques corridors stratégiques. Le plus sensible d’entre eux reste le détroit d’Ormuz, passage par lequel transitent environ 20% du pétrole mondial consommé chaque jour et près de 20 à 25% du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL). Toute perturbation dans cette zone agit immédiatement sur les prix de l’énergie, les coûts du transport maritime et la confiance des marchés.
Les premiers signaux ont déjà été visibles sur les marchés internationaux, avec une remontée des cours du pétrole (100-110$ à la fin du mois de mars) et un regain de volatilité sur les chaînes logistiques. Pour mémoire, lors des précédents chocs géopolitiques majeurs, le baril avait parfois progressé de 10 à 30% en quelques semaines, avant diffusion de la hausse aux carburants, au fret et aux intrants industriels. Pour le FMI, l’impact de la crise actuelle est déjà considérable, même indépendamment de sa durée. La croissance mondiale devrait retomber à 2% cette année et l'année prochaine tandis que l'inflation dépasserait 6%. La détérioration est déjà manifeste et même si le conflit prenait fin immédiatement, ses effets persisteront.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse largement la seule facture pétrolière. Le pays reste dépendant des importations pour de nombreux produits stratégiques : carburants raffinés, engrais, produits chimiques, emballages, équipements industriels ou biens intermédiaires. En 2025, les combustibles et huiles minérales figuraient déjà parmi les premiers postes d’importation du pays. Une hausse simultanée du fret de 10%, des carburants de 15% ou des engrais de 20% suffirait à comprimer sensiblement les marges de nombreuses entreprises industrielles et agroalimentaires.
L’effet inflationniste pourrait être rapide. L’expérience 2022 l’a démontré : hausse du transport, renchérissement des matières premières, tension sur les prix alimentaires et arbitrages budgétaires plus complexes pour l’État. Si les pouvoirs publics choisissent d’amortir la hausse par la subvention, la pression sur les finances publiques s’accroît. S’ils laissent passer les prix, la pression se reporte sur les ménages et les entreprises.
Pour l’industrie camerounaise, trois secteurs apparaissent particulièrement exposés :
agro-industrie, via les engrais, emballages et logistique ;
BTP et matériaux, via le carburant et le transport ;
manufactures, via les intrants importés et les délais d’approvisionnement.
Cette crise rappelle surtout une vérité économique simple : la vulnérabilité du Cameroun ne vient pas d’Ormuz, mais de sa dépendance excessive à des chaînes d’approvisionnement extérieures longues et coûteuses.
La réponse doit donc combiner vision structurelle et gestion de l’urgence. À moyen terme, les priorités demeurent la diversification énergétique, la baisse des coûts logistiques internes, le développement de capacités locales de transformation, la constitution de stocks stratégiques ciblés et une intégration régionale plus poussée dans le cadre de la ZLECAF.
À court terme, la crise actuelle appelle néanmoins des mesures immédiates. Certaines dispositions du bouclier anti-inflation activé entre 2020 et 2022, face aux chocs du Covid puis de la guerre en Ukraine, telles que l’abattement de la base fret dans le calcul des droits de douane, pourraient être réexaminées dans le cadre de concertations rapprochées entre pouvoirs publics et filières les plus exposées. Parallèlement, la diversification des sources d’approvisionnement énergétique, y compris via des partenariats régionaux avec de nouveaux acteurs africains du raffinage comme Dangote, mériterait d’être activement explorée.
Dans un monde instable, la compétitivité ne se mesure plus seulement au coût de production, mais à la capacité de continuer à produire lorsque les routes du commerce mondial se ferment.