05/04/2025
JOURNEE INTERNATIONALE DU SPORT AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT ET DE LA PAIX : SPORT, DROITS DE L’HOMME, DEMOCRATIE : QUELLES AFFINITES ?
Le 6 Avril 1984, certains compatriotes ont tenté de prendre le pouvoir par la force à Yaoundé.
Le même jour s’ouvraient à Bertoua, chef lieu de la province de l’Est, les finales nationales OSSUC (Office National du Sport Solaire et Universitaire du Cameroun).
Alors que dans la capitale politique, les armes crépitaient dans les rues, obligeant les populations à se terrer dans leur domicile, à Bertoua, les clameurs des stades attiraient plutôt les foules pour célébrer les athlètes, les volleyeurs, les basketteurs, les handballeurs, les footballeurs et autres pongistes qui rivalisaient de prouesse et d’adresse sur les différents stades de la ville. Ces clameurs célébraient l’amitié, l’unité, la solidarité, l’amour, le fair-play. A Yaoundé par contre le crépitement des armes faisait couler du sang, semait la mort, la peur et la désolation. Ce qui a créé une psychose générale dans le pays, plongeant les camerounais dans le doute et l’incertitude.
L’évocation de ces deux évènements qui du reste sont chargés d’émotions différentes, souligne la pertinence de la résolution des Nations Unies proclamant le 6 Avril « Journée Internationale du Sport au service du développement et de la paix ».
La 11ème édition qui se célèbre cette année est une occasion offerte au monde entier de « présenter le rôle du sport en tant que moteur du changement social, du développement et comme facteur de promotion de la paix, des droits de l’homme et de la démocratie ».
Elle m’offre également, en ma qualité d’encadreur sportif émérite, de défenseur des droits humains, l’opportunité de jeter un regard sur les affinités que pourrait avoir le sport avec les droits de l’homme et avec la démocratie tel que le soulignent plusieurs textes internationaux.
En effet, les antécédents d’exclusion en sport ont amené le comité International Olympique (CIO) à intégrer dans la Charte olympique la pratique du sport comme droit de l’homme. En 2024, une résolution des Nations Unies intitulée « sport facteur de développement durable » a été adoptée. L’un des points importants de cette résolution porte sur « la prise de conscience que le sport, y compris la pratique du sport par des personnes en situation de handicap et des personnes atteintes de maladies graves, a un rôle important à jouer dans la promotion de la paix, du développement, de la santé physique et mentale, de l’égalité du genre, ainsi que dans la lutte contre le racisme».
Il est donc clair que cette résolution met en exergue certains principes fondamentaux des droits de l’homme, notamment la non discrimination et l’égalité qui sont repris dans le préambule de la Charte olympique: « Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». Par ailleurs, les jeux olympiques (JO) qui rassemblent 206 Comités Nationaux Olympiques (CNO) et une équipe des refugiés formée par le CIO, le fait de loger tous les athlètes sous le même toit dans le village olympique, illustrent davantage le caractère non discriminatoire et égalitaire du sport. C’est là «un symbole puissant» qui permet aux athlètes du monde entier d’exprimer leur adhésion aux valeurs de paix, de respect mutuel et d’inclusion.
L’un des principes sur lesquels repose la démocratie c’est l’Etat de droit et la justice, entendu comme le règne de la loi sous l’empire de la justice. De ce point de vue, la pratique des disciplines sportives, qu’elles soient collectives ou individuelles, qu’elles soient de gestuelle énergétique ou de gestuelle de maitrise et de contrôle, est régulée par des textes : lois (lois de jeu), règles, etc.
De même les organisations qui gouvernent le sport à quelque niveau que ce soit, sont également régies par divers textes : statuts, chartes, règlements, conventions, code éthique etc. Par ailleurs la pratique du sport est encadrée par la justice. En plus des juridictions nationales (tribunaux d’instance, tribunaux administratifs, Cours d’Appel, Cour Suprême), il existe des instances/juridictions spéciales qui se saisissent des litiges à tous les niveaux de la chaine. Ce sont : les commissions de discipline, les commissions d’homologation des matches, la Chambre de conciliation et d’arbitrage, les chambres de résolution des litiges (CRL), le Tribunal Arbitral du Sport (TAS).
La désignation des dirigeants sportifs de la base au sommet de la pyramide se fait en principe par voix d’élection. Tout ce corpus de textes et le mode du choix des responsables sportifs sont des éléments qui attestent que la pratique du sport et la gouvernance du mouvement sportif sont adossées sur des principes démocratiques.
Sur un autre plan, et s’agissant des valeurs que promeut le sport, elles sont de divers ordres. En effet, dans les sports collectifs, les gestes techniques comme la passe, les notions d’appui et de soutien cultivent la solidarité, l’entraide et l’assistance qui sont des valeurs sociétales, des valeurs sociaux-démocrates.
La devise du CIO est : Celtus-Altus-Fortus (Plus vite-Plus haut-Plus fort). Le décryptage de ces trois mots renvoie à certaines aptitudes et attitudes dont nous avons besoin dans la vie courante :
Plus vite : comme les sprinteurs, les footballeurs, renvoie à la vivacité de l’esprit : un bon manager doit vite réfléchir, prendre vite les décisions, être spontané.
Plus haut : comme chez les sauteurs en hauteur, les perchistes, les volleyeurs, renvoie à la transcendance, à l’élévation, à la domination (dominer les difficultés, les situations à problème).
Plus fort : comme chez les haltérophiles, les javellises, les discoboles, les rugbymen, renvoie à la force de travail, à la force de caractère, à la résilience.
Au terme de cette modeste réflexion on peut dire sans grand risque de se tromper que les droits de l’homme et la démocratie sont consubstantiels au sport. En plus de contribuer à la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD), le sport est un puissant instrument de promotion de la paix, de l’unité, d’intégration et d’inclusion sociale.
Aussi, il nous paraît judicieux de suggérer la création d’une chaire olympique dans nos universités afin de mobiliser les étudiants chercheurs autour de cette discipline que certains dans les milieux académiques et sportifs qualifient de savoir émergent.
Au demeurant, il convient de noter que le dopage, l’achat des matches, l’achat des consciences, les conflits d’intérêts, la corruption, les luttes d’influence, l’incursion de la politique et le diktat des politiciens, sont des facteurs qui fragilisent la bonne pratique du sport et la gouvernance vertueuse du mouvement sportif.
Charlie TCHIKANDA
Défenseur des droits de l’homme.
Admis au Panthéon du sport camerounais