30/04/2026
Les petites interviews du President de l'ABIOMCI-Association des Biologistes Médicaux de Côte d'Ivoire
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ABIOMCI-Association des Biologistes Médicaux de Côte d'Ivoire
Biologie médicale :Dr Guy Roger Zougrou plaide pour une loi en Côte d’Ivoire
À Abidjan-Plateau, le lundi 27 avril 2026, le pharmacien biologiste Dr Guy Roger Zougrou a défendu une meilleure reconnaissance de la biologie médicale en Côte d’Ivoire. Au cours d’une interview consacrée à cette discipline encore mal connue du grand public, il a insisté sur l’urgence d’un encadrement plus strict des laboratoires, sur la nécessité de garantir la fiabilité des résultats et sur l’importance d’un futur cadre légal pour sécuriser davantage les patients.
Abidjan, Plateau. Derrière chaque analyse de sang, chaque bilan biologique, chaque examen prescrit pour orienter un diagnostic, se joue une part essentielle de la décision médicale. Pourtant, la biologie médicale demeure encore insuffisamment comprise dans l’espace public ivoirien. C’est tout l’enjeu du message porté lundi 27 avril 2026 par Dr Guy Roger Zougrou, pharmacien biologiste et président de l’Association des biologistes médicaux de Côte d’Ivoire, lors d’une interview réalisée à Abidjan-Plateau.
Pour l’intervenant, la biologie médicale ne peut être réduite à une simple activité technique de laboratoire. Elle est, au contraire, une discipline médicale à part entière, qui intervient à trois niveaux décisifs : le diagnostic, le suivi des maladies et leur prévention. En remettant cette spécialité au centre du parcours de soins, Dr Guy Roger Zougrou entend faire évoluer le regard porté sur une profession qu’il juge trop souvent méconnue, alors même qu’elle participe directement à la qualité de la prise en charge des patients.
Une spécialité médicale à part entière
Répondant à la question de savoir ce qu’est la biologie médicale, Dr Guy Roger Zougrou a rappelé qu’elle consiste à réaliser des analyses permettant d’aider à poser un diagnostic, de suivre l’évolution d’une maladie et d’en prévenir certaines complications. Il a aussi tenu à préciser le profil du biologiste médical : selon lui, il s’agit d’un médecin ou d’un pharmacien ayant suivi une spécialisation en biologie médicale, conformément à une définition qu’il présente comme universelle.
En Côte d’Ivoire, a-t-il indiqué, cette spécialisation est encadrée par un diplôme unique et forme chaque année une trentaine de biologistes médicaux. À travers cette précision, l’objectif est clair : rappeler que la responsabilité biologique repose sur une expertise médicale longue et structurée, et non sur une simple compétence technique.
Le projet de loi au cœur des attentes
L’un des points centraux de l’entretien a porté sur la réglementation du secteur. Dr Guy Roger Zougrou a estimé que la biologie médicale évolue aujourd’hui dans un environnement encore marqué par des insuffisances normatives. Il a toutefois salué la volonté affichée par les autorités ivoiriennes de mieux encadrer ce domaine, évoquant un projet de loi sur la biologie médicale actuellement, selon lui, sur la table de l’Assemblée nationale.
Pour les professionnels, ce texte représenterait une avancée majeure. Il permettrait, selon son analyse, de mieux organiser la profession, de clarifier les responsabilités et surtout de renforcer la fiabilité des résultats rendus aux patients. À ses yeux, l’enjeu dépasse la seule défense corporative : il s’agit d’une question de sécurité sanitaire et de protection des populations.
L’ouverture des laboratoires, une question de compétence
Sur la question sensible des conditions d’ouverture d’un laboratoire, le pharmacien biologiste s’est montré sans ambiguïté. À l’en croire, seuls les médecins biologistes et les pharmaciens biologistes sont habilités, à l’heure actuelle, à ouvrir un laboratoire de biologie médicale en Côte d’Ivoire. Il a rappelé qu’une autorité publique de régulation examine les dossiers d’ouverture et d’exploitation.
Pour justifier cette position, Dr Guy Roger Zougrou a établi un parallèle avec d’autres spécialités de santé. De la même manière qu’un technicien en radiologie n’ouvre pas un centre d’imagerie et qu’un auxiliaire dentaire ne dirige pas un cabinet dentaire, il estime que la responsabilité d’un laboratoire doit revenir à un professionnel disposant de la qualification médicale appropriée. Dans son raisonnement, la biologie médicale relève du même niveau d’exigence que les autres disciplines médicales spécialisées.
Fiabilité des résultats : le message adressé au public
Au-delà du plaidoyer institutionnel, l’entretien a également pris une dimension pédagogique. Dr Guy Roger Zougrou a voulu sensibiliser la population sur un point qu’il juge fondamental : tous les résultats biologiques ne se valent pas si les conditions d’analyse ne réunissent pas les garanties nécessaires. Il a insisté sur le fait qu’un laboratoire ne se limite pas à des machines ou à une salle de prélèvement, mais constitue un ensemble structuré comprenant l’accueil, les espaces techniques, les salles de prélèvement et l’organisation administrative.
Selon lui, un résultat ne peut être véritablement garanti que si un biologiste médical — médecin ou pharmacien — exerce effectivement dans la structure concernée. Il invite aussi les usagers à vérifier les éléments figurant sur leur compte rendu, notamment le nom et la fonction du signataire. Cette traçabilité, a-t-il laissé entendre, constitue un repère simple mais essentiel pour apprécier le sérieux d’un laboratoire.
La qualité comme horizon
Dans cette logique, Dr Guy Roger Zougrou a également mis en avant l’importance des démarches qualité et de l’accréditation. Il a cité la norme spécifique de la biologie médicale et souligné qu’un laboratoire accrédité, ou au moins engagé dans un processus d’accréditation, présente des garanties supplémentaires en matière de fiabilité. Le propos reflète une volonté de hisser les pratiques ivoiriennes à des standards plus exigeants, dans un contexte où la confiance dans les résultats biologiques demeure un enjeu majeur de santé publique.
« Votre résultat ne peut être garanti lorsqu’il y a un biologiste médical (…) dans ce laboratoire. »
Une profession en quête de visibilité
En filigrane, cette prise de parole traduit aussi une bataille pour la reconnaissance. En présentant l’Association des biologistes médicaux de Côte d’Ivoire comme un cadre de regroupement des médecins biologistes et pharmaciens biologistes issus du public, du privé et des armées, Dr Guy Roger Zougrou a cherché à donner une visibilité collective à une profession qu’il souhaite voir mieux comprise par la population et davantage structurée par les pouvoirs publics.
Il a d’ailleurs salué l’action du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, ainsi que celle du gouvernement ivoirien, qu’il considère engagés dans une dynamique de mise en ordre du secteur. À travers cet appui affiché, il place la future réglementation comme un tournant possible pour la consolidation de la biologie médicale dans le pays.
À travers cette interview réalisée à Abidjan-Plateau, la biologie médicale sort du seul cercle des spécialistes pour entrer dans le débat public. Le message porté par Dr Guy Roger Zougrou est limpide : mieux encadrer les laboratoires, mieux identifier les professionnels responsables et mieux exiger la qualité, c’est renforcer la confiance dans les analyses et, au bout du compte, protéger davantage les patients. En Côte d’Ivoire, la réforme de la biologie médicale pourrait ainsi devenir l’un des prochains chantiers structurants de la politique sanitaire.
Dr Enoh Éric