01/01/2024
𝗖.𝗛.𝗔.𝗡.𝗚.𝗘. 𝟮𝟬𝟮𝟰
C.H.A.N.G.E., Un concept du Dr-Cap et Pst Yaw Perbi
Se réjouir… oui. Se réjouir d’avoir été sélectionné pour entrer en 2024… oui ! Mais, au fond, je ne l’ai pas mérité. Et j’ai la nette impression de me réjouir inutilement. Qu’ai-je apporté de nouveau sur cette terre que je squatte comme un va-nu-pieds ? Et qu’est-ce que je pense pouvoir apporter de nouveau cette année ? Vivre pour vivre ? Vivre pour espérer que quelqu’un de charitable viendra me construire le château de rêve que mon sommeil hibernal a produit ? Peu pour moi. Je suis un être humain, et ce qui me confère cette qualité d’être humain, c’est la capacité d’ajouter un tout petit peu à ce que je suis venu trouver quand je suis né. C’est ce qu’on appelle le changement.
Vivre à 280 à l’heure dans mon pays parce que je n’ai pas été capable de rapprocher mon domicile de mon lieu de travail. Vivre dans un réduit parce que je n’ai pu réclamer mieux. Vivre au quotidien comme un métronome réglé à la montre ou un esclave, remplir les poches de mon patron parce que je n’ai pas été en mesure de construire ma fortune personnelle avec mes talents. Me battre pour un homme politique qui va me décevoir plus t**d, parce que je n’ai pas créé les conditions pour l’obliger à m’écouter ou à faire exactement ce pourquoi je l’ai élu ou toléré. Ne même pas être capable de dire mon droit quand on me demande de payer des taxes et redevances indues. Pffoumh ! Si c’est ce pourquoi je dois me réjouir que Dieu m’ait donné la vie encore cette année, autant Lui de demander de me l’ôter aussitôt. Parce que, objectivement, je squatte cet univers inutilement.
Et nos enfants dans tout ça, comment vivront ils après nous ? Leurs études se font-elles dans les meilleures conditions de compétitivité mondiale (sachant que nous occupons la 174ème classe au classement mondial)? Et nos parents, nos femmes, nos filles, comment sont-ils soignés? Nos médecins sont de plus en plus démotivés et beaucoup quittent le pays pour rechercher un environnement qui permettra une meilleure expression de leurs talents. En termes d’économie sociale, ne parlons pas des milliers de jeunes émigrés qui ont quitté le pays, au cours de l’année de la jeunesse, faute d’un environnement des affaires sécurisé pour eux (tout se passe comme si cet environnement des affaires était fait uniquement pour les investisseurs étrangers). Où va le reste de l’argent des routes, des ponts et des immeubles qu’on construit à renfort de dettes insolubles, et qui sont faits avec des matériaux biodégradables, à changer dans une dizaine d’années?
Que faisons nous dans nos communautés religieuses, si nous n’y allons pas pour rechercher la vérité dans le Véridique ? Comment les améliorer ? Comment engager nos révérends et autres imams et prêtres à plus de sérieux sur la question du sacré ? Comment amener nos quartiers à être plus propres ? Comment rebâtir nos villes, villages et quartiers, conçus dans le désordre à force de corruption ? Comment reformer notre armée, notre police, notre gendarmerie qui sont devenues des nids à scorpions et des amis des microbes, des gbakas verts, des dealers de drogue et des proxénètes ? Comment réarmer le moral de la jeunesse, qui se trouve emprisonnée dans le tourbillon funeste du couper (voler)- décaler (s’enfuir) ? Comment restaurer les amitiés vraies et les familles solidaires ? Comment asseoir notre émergence économique sur nos ressources endogènes, sans subir l’extraversion économique que le village global veut nous imposer ? Comment rendre nos entreprises plus productives, plus innovantes, plus compétitives sur le marché de la sous-région (qui est en train de changer de configuration, avec de nouveaux géants économiques en friches) ? Comment maintenir notre position de leader africain, que nous sommes en train de perdre (il suffit de voyager un peu hors du pays, et nous nous en rendrons compte). Comment protéger la liberté d’expression et la liberté de la presse dans un pays de plus en plus sécurocrate ? Brrraipheee (rires), comment arriver à provoquer un impact majeur dans la vie de nos populations, sachant que l’impact est le changement qui se change per se ? Comment améliorer de manière continue le vécu de cette Nation qui part manifestement à la dérive ? Comment faire en sorte que la fin de la CAN ne soit pas le début de la grande débâcle ?
Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d'aller dans une maison de festin; car c'est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à cœur. Mieux vaut le chagrin que le rire; car avec un visage triste le cœur peut être content. Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie. (Ecclésiaste 5, 2 à 4). Quand j’aurai fini de me réjouir, je veux pouvoir regarder mes enfants en face et leur dire que j’ai pourvu pour leur avenir dans ce pays où ils sont nés. Autrement, je suis un échec pour ma génération, et il aurait mieux valu pour moi ne pas vivre.
Souvenons nous de la parabole du figuier stérile dans l’Evangile selon Luc, le chapitre 13, des versets 1 à 8. Le vigneron a prié pour nous, pour que nous ne soyons pas coupés de la terre (je ne vois aucune autre cause logique à l’existence de certains, y compris moi, actuellement, sur terre). Il va mettre encore cette année le sale et malodorant fumier des défis, des douleurs et des désillusions sous nos racines. Ne prenons pas le risque de ne pas porter de fruit à la même date l’année prochaine.
Je vous souhaite à tous une année de réflexion par les mains et de C.H.A.N.G.E.
Jean N'Douffou, analyste social et politique indépendant,
Fondateur de la Plateforme citoyenne >
(image d'illustration: le Penseur de Rodin)