02/04/2026
🛑𝐂𝐎𝐌𝐌𝐔𝐍𝐈𝐐𝐔𝐄́ 𝐃𝐄 𝐏𝐑𝐄𝐒𝐒𝐄
𝐃𝐄́𝐒𝐈𝐆𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐀̀ 𝐋𝐀 𝐓𝐄̂𝐓𝐄 𝐃𝐔 𝐂𝐎𝐍𝐒𝐄𝐈𝐋 𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐀𝐋 𝐃𝐄𝐒 𝐃𝐑𝐎𝐈𝐓𝐒 𝐃𝐄 𝐋’𝐇𝐎𝐌𝐌𝐄 (𝐂𝐍𝐃𝐇-𝐂𝐈) : 𝐏𝐋𝐔𝐒𝐈𝐄𝐔𝐑𝐒 𝐎𝐑𝐆𝐀𝐍𝐈𝐒𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐒 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐄́𝐓𝐄́ 𝐂𝐈𝐕𝐈𝐋𝐄 𝐃𝐄́𝐍𝐎𝐍𝐂𝐄𝐍𝐓 𝐃𝐄𝐒 𝐌𝐀𝐍𝐐𝐔𝐄𝐌𝐄𝐍𝐓𝐒 𝐆𝐑𝐀𝐕𝐄𝐒 𝐀̀ 𝐋𝐀 𝐋𝐎𝐈 𝐍°𝟐𝟎𝟏𝟖-𝟗𝟎𝟎 𝐃𝐔 𝟑𝟎 𝐍𝐎𝐕𝐄𝐌𝐁𝐑𝐄 𝟐𝟎𝟏𝟖 𝐏𝐎𝐑𝐓𝐀𝐍𝐓 𝐂𝐑𝐄́𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐃𝐔 𝐂𝐍𝐃𝐇-𝐂𝐈, 𝐃𝐀𝐍𝐒 𝐋𝐀 𝐃𝐄́𝐒𝐈𝐆𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐃𝐔 𝐏𝐑𝐄́𝐒𝐈𝐃𝐄𝐍𝐓 𝐄𝐓 𝐃𝐄𝐒 𝐀𝐔𝐓𝐑𝐄𝐒 𝐌𝐄𝐌𝐁𝐑𝐄𝐒 𝐃𝐔 𝐁𝐔𝐑𝐄𝐀𝐔 𝐄𝐗𝐄́𝐂𝐔𝐓𝐈𝐅, 𝐄𝐓 𝐈𝐍𝐓𝐄𝐑𝐏𝐄𝐋𝐋𝐄𝐍𝐓 𝐋𝐄𝐒 𝐀𝐔𝐓𝐎𝐑𝐈𝐓𝐄́𝐒 𝐈𝐕𝐎𝐈𝐑𝐈𝐄𝐍𝐍𝐄𝐒 𝐀𝐈𝐍𝐒𝐈 𝐐𝐔𝐄 𝐋’𝐎𝐏𝐈𝐍𝐈𝐎𝐍 𝐏𝐔𝐁𝐋𝐈𝐐𝐔𝐄 𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐀𝐋𝐄 𝐄𝐓 𝐈𝐍𝐓𝐄𝐑𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐀𝐋𝐄.
Le mercredi 25 mars 2026, il a été porté à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale que l’élection des membres du bureau exécutif du Conseil National des Droits de l’Homme, parmi les douze commissaires centraux désignés par décret en mars 2026 pour siéger au CNDH-CI pour le mandat 2026-2032, a abouti à l’élection en qualité de Président du CNDH CI d’une personnalité figurant dans la commission centrale sous la désignation initiale d'expert reconnu en matière de promotion et de protection des droits de l’homme.
Jusque-là, tout paraissait normal et conforme à l’esprit et à la lettre de la loi n°2018-900 du 30 novembre 2018 portant création, attributions, organisation et fonctionnement du CNDH-CI, notamment en son article 18 relatif à la désignation des membres du bureau exécutif.
Cependant, après coup, l’attention des ONG signataires a été fortement attirée par l’inobservation manifeste et sans ambiguïté de deux dispositions fondamentales de ladite loi, notamment l’article 16 alinéa 3, relatif aux critères cumulatifs requis pour la désignation du Président du CNDH-CI, et l’article 15, dernier alinéa, relatif à la prise en compte du genre dans la composition du bureau exécutif.
𝟏- 𝐍𝐎𝐍-𝐑𝐄𝐒𝐏𝐄𝐂𝐓 𝐃𝐄 𝐋’𝐀𝐑𝐓𝐈𝐂𝐋𝐄 𝟏𝟔 𝐀𝐋𝐈𝐍𝐄́𝐀 𝟑 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐋𝐎𝐈 𝐒𝐔𝐑 𝐋𝐄 𝐂𝐍𝐃𝐇-𝐂𝐈 𝐑𝐄𝐋𝐀𝐓𝐈𝐅 𝐀𝐔𝐗 𝐂𝐎𝐍𝐃𝐈𝐓𝐈𝐎𝐍𝐒 𝐑𝐄𝐐𝐔𝐈𝐒𝐄𝐒 𝐏𝐎𝐔𝐑 𝐋𝐄 𝐏𝐎𝐒𝐓𝐄 𝐃𝐄 𝐏𝐑𝐄́𝐒𝐈𝐃𝐄𝐍𝐓
L’article 16 alinéa 3 dispose que :
« Le Président du CNDH-CI doit être une personnalité reconnue pour sa probité, sa respectabilité et son impartialité. »
Ces dispositions posent donc trois critères cumulatifs et incontournables pour l’accession à la fonction de Président du CNDH-CI.
L’élection du Président du CNDH-CI a conduit à la désignation de M. Adjelou Christian, présenté comme enseignant et expert reconnu en matière de droits de l'homme, au sein de l’institution. Si les critères de respectabilité et de probité n’appellent pas d’observations particulières de la part des ONG signataires, celui relatif à l’impartialité suscite, en revanche, des réserves.
Sans que cela ne relève d’une appréciation personnelle à l’encontre de la personne désignée, il apparaît de notoriété publique que celle-ci s’est, à plusieurs reprises, dans des émissions
radiodiffusées accessibles sur le bouquet CanalSat, présentée comme militante d’un parti politique ivoirien depuis plusieurs décennies. Il ressort également qu’elle a affirmé, sur ces mêmes médias, avoir représenté ce parti politique à l’étranger, ainsi que son candidat lors de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 en Côte d’Ivoire, soit à une période bien récente.
Par ailleurs, il ne ressort nulle part du moins pas dans des formes médiatiques équivalentes que cette personnalité élue Président du CNDH-CI ait formellement renoncé à son militantisme actif dans ce parti politique avant de se porter candidate à la présidence du CNDH-CI.
Dès lors, le critère essentiel d’impartialité, renforcé par les Principes de Paris, ne saurait être considéré comme pleinement satisfait dans ce processus.
Pour les organisations signataires, une institution nationale des droits de l’homme n’est pas une institution ordinaire ou une tribune politique déguisée. Elle constitue un pilier du rayonnement des droits et libertés, contribuant ainsi au renforcement de la démocratie et de l’État de droit. À ce titre, son indépendance, nécessaire à son bon fonctionnement, doit être garantie, notamment par l’impartialité de ses membres, en particulier celle de son Président, figure centrale de l’institution.
Passer outre les exigences formelles de la loi et des Principes de Paris reviendrait à consacrer un recul démocratique au sein d’une institution qui avait pourtant enregistré des avancées notables.
𝟐- 𝐍𝐎𝐍-𝐑𝐄𝐒𝐏𝐄𝐂𝐓 𝐃𝐄 𝐋’𝐀𝐑𝐓𝐈𝐂𝐋𝐄 𝟏𝟓, 𝐃𝐄𝐑𝐍𝐈𝐄𝐑 𝐀𝐋𝐈𝐍𝐄́𝐀, 𝐑𝐄𝐋𝐀𝐓𝐈𝐅 𝐀̀ 𝐋𝐀 𝐏𝐑𝐈𝐒𝐄 𝐄𝐍 𝐂𝐎𝐌𝐏𝐓𝐄 𝐃𝐔 𝐆𝐄𝐍𝐑𝐄
Il ressort de l’élection interne du bureau exécutif du CNDH-CI que celui-ci est exclusivement composé de personnes appartenant au même genre.
Or, l’article 15, dernier alinéa, dispose formellement que :
« La composition du bureau exécutif du CNDH-CI tient compte du genre. »
Sans viser personnellement les personnes désignées, il apparaît clairement que cette disposition n’a pas été respectée, dès lors que les membres du bureau exécutif appartiennent tous à la même catégorie de genre.
Pourtant, la prise en compte du genre dans la composition des instances décisionnelles résulte d’un effort national en faveur d’une société plus inclusive, garantissant une meilleure représentativité. Les autorités ivoiriennes en ont fait un axe majeur de leur politique, notamment à travers l’adoption de textes relatifs à la parité.
Dès lors, une institution chargée de la promotion et de la protection des droits de l’homme ne saurait ignorer cette exigence, au risque de se retrouver avec un bureau exécutif déséquilibré, en contradiction avec les engagements nationaux et internationaux de la Côte d’Ivoire en matière de genre.
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𝟑- 𝐑𝐄𝐂𝐎𝐌𝐌𝐀𝐍𝐃𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐒
Au regard de ces observations mettant en évidence deux cas d’inobservation de la loi n°2018-900 du 30 novembre 2018, portant sur des aspects essentiels de la composition du bureau exécutif du CNDH-CI, les organisations signataires recommandent :
• Aux autorités ivoiriennes, notamment au Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, de ne pas entériner cette élection, d’en annuler les résultats et de faire reprendre le processus en veillant au respect du critère d’impartialité pour la fonction de Président ainsi qu’à la prise en compte du genre ;
• Aux partenaires techniques et financiers intervenant en Côte d’Ivoire, d’attirer l’attention des autorités ivoiriennes sur cette situation qui constitue un recul en matière de droits de l’homme et de démocratie ;
• À l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme (GANHRI), d’interpeller les autorités ivoiriennes afin de préserver les acquis du CNDH-CI et prévenir tout fonctionnement en dehors des Principes de Paris ;
• Au Bureau régional Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (WARO-BRAO), d’attirer l’attention des autorités ivoiriennes sur ce recul et d’encourager le strict respect des Principes de Paris ;
• Aux représentations diplomatiques accréditées en Côte d’Ivoire, d’interpeller les autorités ivoiriennes sur cette situation préoccupante pour l’État de droit et la démocratie.
- Aux organisations de la société civile, de rester vigilantes, de jouer pleinement leurs rôles pour le strict respect des dispositions légales, pour la démocratie et pour le respect des droits de l’homme.
Fait à Abidjan, le 1er Avril 2026
Les organisations signataires :
- Observatoire Ivoirien des Droits de l’Homme (OIDH)
- Alerte Conflit (AL CI)
- Côte d’Ivoire Débout
- Nous, le Peuple
- 1000 Volontaires
- Réseau des Associations Féminines Ivoiriennes (RAFI)
- Aide, Assistance et développement Communautaire de Côte d’Ivoire (ACD-CI)
- Ecole Africaine pour la Paix (EAP)
- Organisation pour la Réflexion et Action Féministe (ORAF)
- Fédération Africaine pour le Développement Durable (FADED)
- Initiative Paix et Solidarité (IPS)
- Peuple d’Afrique Né pour l’Excellence et la Liberté (PANEL)
- Congrès des Peuples Africains Unis (CPAU)
- Forum des Organisations de la Société Civile Ivoirienne (FORSCI)
- Union des Jeunes pour la Paix et la Réconciliation en Côte d’Ivoire (UJPRCI)
- Conseil Ivoirien pour la Résistance (CIR)
- ONG la Voix des Peuples Vulnérables (VPV)
- Jeunesse Consciente de Côte d’Ivoire (JCI)
- Coalition des Menacés et Déguerpis de Côte d’Ivoire (COMEDE-CI)
- ONG EDEN Environnement Côte d’Ivoire (O2ECI)
- Consortium pour la Démocratie et la Bonne Gouvernance (CDBG)
- Children’s Environment Foundation
- Union des Panafricanistes pour le Salut du Peuple (UPSP)