23/06/2025
Crise Iran–États-Unis, Israël: quels impacts économiques, fiscaux et maritimes d’une possible fermeture du détroit d’Ormuz ?
Le 23 juin, le Parlement iranien a approuvé une mesure hautement symbolique et stratégique : la fermeture du détroit d’Ormuz, en réaction aux frappes américaines contre des sites nucléaires en Iran. Cette décision, en attente de validation par le Conseil suprême de sécurité nationale iranien, représente un tournant majeur pour le commerce maritime mondial.
Ce détroit, long d’environ 40 km, est le principal point de passage du pétrole et du gaz liquéfié du Golfe. Près de 20 % des flux énergétiques mondiaux y transitent chaque jour. Sa fermeture aurait des conséquences systémiques.
1. Une flambée des prix de l’énergie et des matières premières
Le pétrole et le gaz connaîtraient une hausse immédiate sur les marchés à terme.
Cela provoquerait une chaîne inflationniste : augmentation des coûts de production, du transport, des biens de consommation.
L’Afrique, fortement dépendante des importations énergétiques, en paierait un lourd tribut économique et social.
2. Une pression fiscale accrue sur les importations maritimes :
En tant que juriste maritimiste, j’attire l’attention sur un point souvent négligé : les implications fiscales indirectes de cette crise.
- Augmentation des droits de douane : pour compenser la rareté et la cherté des produits importés, de nombreux États ajusteront leur fiscalité à l’import.
Hausse des taxes portuaires et logistiques : les ports pourraient revoir à la hausse les tarifs de manutention et de stationnement.
- Coûts d’assurance maritime multipliés : les zones devenues à haut risque seront soumises à des primes majorées, que les chargeurs répercuteront sur les consommateurs finaux.
- Dépréciation des monnaies locales : dans les économies fragiles, la tension sur les devises étrangères aggraverait les déséquilibres commerciaux.
3. Une instabilité accrue dans les corridors maritimes africains
La fermeture du détroit d’Ormuz pousserait les navires à se redéployer vers d’autres routes maritimes, y compris les corridors ouest-africains. Cela induirait :
- Une surcharge des infrastructures portuaires africaines, peu préparées à absorber un tel volume.
- Un risque de bottlenecks logistiques, retards de livraison, congestion des terminaux.
- Une exposition accrue aux menaces sécuritaires : piraterie, sabotages, trafics illicites, tensions interétatiques.
Cette crise nous rappelle que la gouvernance maritime mondiale repose sur des équilibres fragiles.
Par Ezale Paul, Juriste maritimiste – Président de l’AJMCI