13/07/2026
FOCUS SUR LA TRANSFORMATION DE COQUES DE NOIX DE CAJOU EN CÔTE D’IVOIRE
Troisième transformateur mondial de noix de cajou après le Vietnam et l’Inde, la Côte d’Ivoire produit d’importants volumes de coques. Longtemps considérés comme des déchets, ces résidus agricoles alimentent désormais de nouvelles activités industrielles.
Le groupe singapourien Valency International a mis en service, le jeudi 18 juin à Attinguié en Côte d’Ivoire, une unité industrielle présentée comme la première usine commerciale de production de biochar à grande échelle en Afrique, à partir de coques de noix de cajou.
Obtenu par pyrolyse (chauffage à haute température en absence d’oxygène), ce produit est utilisé pour améliorer la structure des sols afin et leur capacité à retenir l’eau ainsi que les nutriments. Il constitue également une alternative durable aux combustibles fossiles, comme le charbon de bois ou le charbon minéral, pour la production d’énergie.
L’usine est conçue pour traiter 20 000 tonnes de coques et produire environ 6 000 tonnes de biochar par an. À l’horizon 2029, Valency ambitionne de porter cette production à 100 000 tonnes par an, ce qui nécessitera une forte augmentation des volumes de coques traités.
Au-delà de la création d’un nouveau débouché, cet investissement illustre une dynamique amorcée depuis plusieurs années. En Côte d’Ivoire, les coques de cajou ne sont plus seulement un sous-produit : elles deviennent progressivement une matière première capable d’alimenter plusieurs industries. Cette évolution avait déjà été mise en évidence par une étude de marché publiée en 2025 par l’ONG française Nitidæ, qui identifiait les principaux moteurs de cette nouvelle chaîne de valeur. Trois enseignements en ressortent.
Un gisement de coques appelé à croître davantage
La filière ivoirienne a généré 245 000 tonnes de coques de cajou en 2024 selon les estimations de Nitidæ. Cette évaluation repose sur le principe qu’en règle générale, les coques constituent 70 % du volume total de noix de cajou transformées, alors que cette année-là, les industriels ne sont parvenus qu’à transformer 350 000 tonnes de noix.
De fait, le gisement de coques de cajou devrait continuer de progresser avec l’augmentation des capacités de transformation, alors que le pays poursuit sa stratégie de croissance de la filière anacarde. Les dernières données disponibles font déjà état d’une progression du niveau de transformation depuis 2024.
Selon le Conseil Coton Anacarde et Karité (CCAK), 660 000 de tonnes de noix de cajou ont été transformées en 2025, représentant 43 % de la production nationale, une performance stimulée par l’entrée en service de nouvelles usines. Dans un contexte où le gouvernement ambitionne de porter le taux de transformation à 50 % d’ici 2030, les volumes de coques disponibles devraient aussi croitre mécaniquement au cours des prochaines années.
Une biomasse déjà recherchée pour la production d’énergie
Les coques de cajou ne sont plus seulement un déchet industriel. Une partie est déjà utilisée comme combustible par les usines de transformation, pour couvrir leurs besoins en chaleur. « Il est généralement admis que les usines consomment jusqu’à 15 % de leurs coques pour leurs propres besoins en chaleur. Par ailleurs, un commerce des coques commence aussi à se mettre en place, avec des ventes à d’autres industries pour leurs besoins thermiques, ou même à l’export », souligne le rapport.
Selon Nitidæ, des projets de centrales électriques alimentées par la biomasse, actuellement en étude en Côte d’Ivoire, pourraient encore accroître la demande au cours des prochaines années, renforçant le statut des coques de cajou comme combustible alternatif.
Une matière première pour l’industrie chimique
Bien avant l’arrivée du biochar, l’extraction du Cashew Nut Shell Liquid (CNSL), aussi appelé baume de cajou, constituait déjà l’un des principaux débouchés industriels des coques. Ce liquide est utilisé dans l’industrie chimique pour fabriquer des résines, des revêtements, des peintures anti-corrosion, des matériaux de friction ou encore comme biocombustible. Certaines usines de transformation pratiquaient déjà cette activité, tandis que plusieurs autres prévoyaient de s’y lancer.
« Sur la trentaine d’usines fonctionnelles en Côte d’Ivoire, 8 réalisent l’extraction du CNSL et 5 autres usines en ont le projet. Cette extraction de CNSL pourrait capter autour de 84 000 tonnes de coques », soulignait Nitidæ dans son panorama du secteur pour 2024.
L’essor du biochar vient ainsi compléter une palette d’usages déjà en expansion autour des coques de cajou. À mesure que la Côte d’Ivoire accroît la transformation locale des noix, ces résidus pourraient devenir une source croissante de valeur ajoutée, illustrant la capacité de la filière anacarde à générer de nouveaux relais industriels, au-delà de la seule production d’amandes.
Tréika Laci
le monde
Le Conseil Coton, Anacarde et Karité
OIA Anacarde Côte d'Ivoire
Société coopérative WOBEN