21/09/2025
Jules Brou, membre du Comité d'Orientation et de Coordination (COC) de GPS, adresse une lettre de recadrage au Journaliste André Silver Konan
Cher André Silver Konan,
Je n’ai jamais pris part à la rébellion, mais j’ai vécu de près les raisons profondes qui l’ont justifiée. Ce combat n’était pas une aventure personnelle : il s’agissait de mettre fin à l’exclusion politique et de défendre la réhabilitation d’un homme, Alassane Ouattara, qui en était alors la principale victime et le porte-étendard.
Aujourd’hui, le constat est amer. Car au-delà du reniement des acteurs civils de cette rébellion par Alassane Ouattara, le plus grave est ailleurs : c’est de voir celui pour qui ces hommes se sont sincèrement battus devenir lui-même le champion de l’exclusion. Champion du rattrapage ethnique, du népotisme, de la division communautaire et du repli identitaire. Champion de la discorde avec les pays frères de la sous-région.
Alors, pour répondre clairement à la question : non, les causes qui ont poussé certains à prendre les armes n’ont pas disparu. Elles persistent, parfois même aggravées. Voilà pourquoi ceux qui ont porté ce combat avec sincérité et conviction ne peuvent que se dresser à nouveau contre l’injustice. L’histoire ne doit pas être confisquée par le reniement, ni par la duplicité.
Cependant, je ne saurais passer sous silence le fait que cette rébellion a laissé des cicatrices. Elle a créé des divisions et fait des victimes dans notre pays. C’est une réalité douloureuse que nous devons regarder en face. Mais au lieu de rendre coupables ceux qui ont agi, il nous faut assumer collectivement que cette rébellion appartient à notre histoire commune. Car c’est seulement en acceptant notre passé, avec ses ombres et ses lumières, que nous pourrons construire un avenir véritablement réconcilié.
Et d'ajoute ceci : l’obsession d’un 4ᵉ mandat, voire d’un mandat illimité, est une dérive dangereuse. Elle traduit une volonté de confiscation du pouvoir, contraire à l’esprit républicain et démocratique. Elle alimente les frustrations, accentue les tensions sociales et polarise davantage une société déjà fragilisée.
La Côte d’Ivoire mérite mieux qu’un cycle sans fin d’exclusion et de crispations. Elle mérite des institutions fortes, des alternances apaisées et une gouvernance tournée vers l’intérêt général. Or, la situation socio-politique actuelle, faite de verrouillage politique, d’injustices répétées et d’un climat d’insécurité généralisée, nous conduit tout droit vers le chaos si rien n’est corrigé.
Ce n’est donc pas seulement un refus du reniement que nous exprimons. C’est aussi un non catégorique à la présidence à vie, au mandat sans fin et à la dérive autoritaire. Parce que notre pays, au prix de tant de souffrances et de sacrifices, mérite enfin la paix, la justice et la véritable réconciliation.
Jules BROU