01/04/2026
TABLE RONDE « JURIS'ELLE »
CONNAÎTRE ET COMPRENDRE LES DROITS DES FEMMES POUR MIEUX LES PROTÉGER
Ce samedi 28 mars 2026 a eu lieu, à la salle de conférence de la Faculté de Droit de l'Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, notre table ronde « Juris'Elle » sur le thème central : « L'accès au droit et les droits des femmes : du principe à l'effectivité ».
Cette table ronde s'est traduite par des analyses et échanges enrichissants, des questions engagées ainsi qu’une réflexion essentielle sur les droits des femmes. Ce qui démontre que l’initiative « Juris'Elle » nous a permis d’agir avec sens et expertise dans une société en pleine évolution.
Ce moment de partage et de formation a débuté par l'intervention de Ruth AMANI, juriste et consultante-formatrice IT, sur le sous-thème : « Approche genre et effectivité des droits des femmes ». Elle a, d’entrée de jeu, permis de comprendre la notion de « genre ». Elle a indiqué que le genre renvoie à l'ensemble des traits socio-culturels attribués à une personne et qui fondent son identité. Il s’exprime au-delà de l’aspect biologique pour englober des dimensions culturelles et sociologiques. Elle a ajouté que le genre varie selon les individus et inclut notamment les minorités (personnes albinos, personnes en situation de handicap, personnes déplacées ou réfugiées). Sur le fondement selon lequel tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et en dignité, elle a soutenu que le genre ne prédéfinit pas les types d’activités dans la société.
Concernant plus particulièrement l’approche genre dans l’effectivité des droits des femmes, elle a affirmé que plusieurs textes de loi existent et prennent en compte ces droits. Toutefois, dans nos sociétés et cultures, leur appropriation et leur effectivité font défaut en raison de certains stéréotypes attribués à la femme, tels que l’exclusion de l’accès à la terre ou à la succession ou encore l’obligation faite à la v***e d’épouser le frère de son défunt époux, niant ainsi son consentement au mariage. C’est pourquoi, pour permettre aux femmes de faire valoir leurs droits et de connaître les mécanismes d’assistance et d’accompagnement existants, elle a préconisé une sensibilisation et une formation constantes à différentes échelles : certes, au niveau étatique, mais aussi au sein des communautés locales (chefferies traditionnelles, autorités religieuses) et de la famille. Ce qui aboutira à un changement de mentalités et à une prise de conscience réelle des droits des femmes.
À sa suite, Danielle TIÉ, juriste et présidente de l’ONG Solidarité pour la Justice Sociale et des Droits de l’Homme, a analysé le sous-thème : « Effectivité des droits des femmes au sein des organisations et structures sociales : dynamiques actuelles ».
Elle a d’abord rappelé certains instruments juridiques encadrant les droits des femmes, tant au niveau international que national, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le Protocole de Maputo, la Constitution ivoirienne et la loi de 2019 relative à la représentation des femmes dans les assemblées élues. Elle a souligné que ces textes consacrent l’égalité, la participation à la prise de décision, ainsi que la représentativité des femmes dans la vie sociale, professionnelle et institutionnelle, notamment à travers l’accès aux postes de responsabilité.
Cependant, elle a reconnu que, le plus souvent, les femmes, quoique compétentes, sont marginalisées et reléguées à des postes administratifs, au détriment des fonctions stratégiques et décisionnelles. Elle a également évoqué d’autres freins, tels que le manque d’engagement des femmes dans les structures et organisations sociales, le manque de confiance en soi et de prise de conscience de leur potentiel, les préjugés, le faible réseautage et les rivalités intra-genre. Autant de facteurs qui freinent l’effectivité de leurs droits dans ces sphères de la société.
Enfin, Me Bernice N'GUESSAN, avocate au Barreau de Côte d'Ivoire, a présenté le sous-thème : « Accès au droit et autonomisation juridique des femmes : enjeux et mécanismes ». Elle a d’abord relevé l’existence de textes protégeant les droits des femmes. Toutefois, le problème se situe au niveau de leur compréhension et de leur appropriation, ainsi que de la connaissance des mécanismes de protection. D’où l’importance de l’accès au droit, en tant que moyen nécessaire de l’autonomisation juridique des femmes. Cela leur permettra de dépasser les stéréotypes socio-culturels et de défendre leurs droits en cas d’injustice ou de violence, qu’elle soit physique ou morale.
L’accès au droit permettra également aux femmes d’être informées et formées sur leurs droits, et de connaître l’existence de structures d’accueil, d’écoute et d’assistance, notamment au sein du ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, des juridictions, du Barreau de Côte d’Ivoire, des ONG, etc.
Elle a également souligné l’existence d’autres obstacles à l’exercice effectif des droits des femmes, notamment la longueur et le coût des procédures, souvent inadaptées aux cas de l'espèce, ainsi que l’attitude parfois décourageante des agents chargés de recevoir les plaintes.
En définitive, cette table ronde a donné lieu à des présentations enrichissantes. Nous remercions nos intervenantes pour leur disponibilité et les échanges constructifs.
Nous exprimons également notre profonde reconnaissance à Genèse KOUASSI DÉSIRÉ, qui a assuré avec aisance la modération de cette activité.
Nous adressons enfin toute notre gratitude aux participants, dont la contribution a largement participé à la réussite de cette activité.
L’équipe de l’OBSAFRICAD