10/03/2025
ENTRETIEN AVEC SELAM TESFU MICHAEL & MUNIRE HAGOSE
Dans le cadre des journées "Servette contre le racisme", les samedi 22 et dimanche 23 mars prochains, nous vous proposons une série d'entretiens.
L'association de médiatrices interculturelles (AMIC) a été fondée en 2010 par des femmes réfugiées et propose un accompagnement pour les personnes migrantes et réfugiées. Il s’agit d’un partage d'expériences pour soutenir et aider les jeunes, les femmes et les familles, dans leur processus d'insertion et d’autonomisation. Par médiation, il est entendu que la mission de l'AMIC est de former un véritable "pont" entre les nouve·aux·elles arrivant·es et la société genevoise.
Entretien avec Munire Hagose, un de ses représentants, et Selam Tesfu Michael (photo), metteuse en scène du spectacle Palimpseste qui sera programmé le 22 mars prochain, durant la journée « Servette contre le racisme ».
1) Bonjour MUNIRE, quelle serait ta définition du racisme?
Pour moi le racisme est une discrimination systémique qui catégorise les personnes selon leur apparence, leur couleur de peau, leur religion par exemple. Elle établit une hiérarchie dans les populations en les triant dans des catégories sociales supérieures ou inférieures. Le racisme peut être conscient ou inconscient et s'illustre par des comportements et des réflexes souvent liés à sa propre éducation ou son appartenance.
2) MUNIRE, as-tu déjà observé des faits de racisme ici à Genève, à travers ton expérience?
Oui et cela peut apparaître dès le plus jeune âge où des enfants peuvent être discriminés par leurs camarades.
Au sein de l'AMIC d'ailleurs, notre public se trouve à l’intersection de multiples discriminations. En effet, beaucoup des personnes que nous accompagnons sont à la fois racisées et réfugiées, ce qui renforce les obstacles qu’elles rencontrent dans leur quotidien. Ces formes d’oppression interconnectées, qu’elles soient liées à leur statut migratoire ou à leur appartenance ethnique, les exposent davantage à des injustices systémiques et sociales. Parler d’intersectionnalité permet alors de mieux comprendre la complexité de leurs expériences.
3) MUNIRE, quels remèdes vois-tu comme les plus efficaces pour lutter contre le racisme?
Face aux nombreux défis sociétaux d’aujourd’hui, l’éducation, la sensibilisation et l’écoute jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le racisme. Cependant, ce travail est rendu particulièrement difficile par une tendance croissante des discours publics à nier l’existence du racisme, souvent sous prétexte qu’il appartiendrait au passé.
En parallèle, on assiste à une progression inquiétante de l’extrême droite, non seulement en Europe mais aussi en Suisse, accompagnée par une banalisation des idées xénophobes et discriminatoires. Ces facteurs contribuent à des divisions sociales profondes.
4) MUNIRE, pourquoi vous engagez-vous avec l'AMIC pour la journée du 22 mars prochain "Servette contre le racisme"?
Nous sommes une association dont la mission est avant tout la lutte contre les discriminations et la facilitation de l'insertion pour des populations migrantes et réfugiées. Nous sommes situés aux Grottes, quartier voisin de la Servette et cela nous paraissait naturel d'y participer.
5) Bonjour SELAM , peux tu nous parler de PALIMPSESTE, le spectacle que vous allez donner le 22 mars pendant la journée "Servette contre le racisme"?
Palimpseste est le fruit d'un travail que j'ai mené avec ma soeur Yosan, pour lequel nous avons recueilli des témoignages et des partages d'expérience de personnes réfugiées. Ces témoignages ont parfois été réécrits et parfois ils seront livrés sans retouche durant le spectacle. Ce spectacle proposera également de la musique, avec notamment du krar (type de lyre éthiopienne et érythréenne) et des chants. Il a pour but de partager l'impact qu'exerce le racisme sur les personnes migrantes et d'humaniser leurs expériences personnelles.
6) Personnellement SELAM, peux-tu nous raconter ton expérience depuis que tu es arrivée en Suisse?
J'ai passé d'abord 2 ans en classe d'accueil et je prends conscience pour la première fois de ma vie que je suis noire. Je traverse alors un période de profonde remise en cause, de perte de confiance en moi, avec un sentiment d'infériorité récurrent, car je ne maîtrisais pas bien le français. Après 10 ans en Suisse aujourd'hui, âgée de 25 ans, je commence enfin à me sentir ici un peu chez moi. Je pense qu'il est important pour les personnes victimes de discrimination de parler, d'échanger, de témoigner, pour pouvoir partager leurs expériences, se sentir moins seule, et ne pas devenir paranoïaque.
Page de l'association: Assoc Amic
Les journées "Servette contre le racisme" des 22 et 23 mars prochains sont soutenues par la Ville et l'´État de Genève.
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