27/05/2026
Argumentaire présenté par SOS Patrimoine CEG devant la Commission des Pétitions à Genève, concernant la pétition "Pour un PAV de qualité: non aux Tours!»:
𝗔𝘂𝗱𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝘂𝗻 𝗣𝗔𝗩 𝗱𝗲 𝗾𝘂𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́
• Projet du passé
Vendu comme un projet du XXIe siècle, le projet du PAV est un projet du passé, de la fin des Trente Glorieuses, comme celui de la Défense à Paris qui remonte à la fin des années 1950’ ou celui de la City de Londres des années 1970. Des projets qui dérivent des Downtown des villes américaines.
Les tours ne répondent pas au rêve de la jeune génération ! Les étudiants de master en architecture à l’EPFL, que j’ai eu l’occasion de rencontrer pas plus t**d que la semaine dernière, ne veulent pas construire de tours ; ils ne souhaitent pas construire du tout, du reste, mais rénover, récupérer, réhabiliter l’existant. Vraiment sensibles à la crise environnementale, ils imaginent leur avenir d’une façon toute différente ! Alors cessons de répéter que l’on construit pour nos enfants.
• Impact sur le grand paysage
Si l’on parlait du PAV depuis plus longtemps, une seule image aérienne du projet de Pierre-Alain Dupraz circulait jusque-là, qui ne permettait pas de prendre la mesure de la chose. C’est la réalité des 2 premières tours construites au PAV (Tour des Vernets et Tour Pictet) et la publication des perspectives officielles présentées par Antonio Hodgers sur le départ, qui ont provoqué une onde de choc dans la population. Or maintenant, chacun sait que le projet PAV prévoit 38 tours et gratte-ciels, qui vont complètement dénaturer (changer la nature !) de Genève.
C’est un attentat contre le grand paysage de Genève, qui de tout temps a fait son attractivité. Le gâchis visuel résultant d’un développement urbain dicté par l’économie modifie irrémédiablement l’identité du territoire. A l’heure actuelle il n’existe que deux tours de 80 m. qui, vues du quai de Cologny et du lac, flanquent la cathédrale et balafrent la vue iconique de la Ville. Qu’en sera-t-il lorsqu’il y aura près de quarante tours dont deux gratte-ciels ?
A Genève, il a manqué une étude fine et approfondie de l’impact visuel sur le grand paysage qui était notre trésor national. Attenter à cette vue unique, c’est détruire ce qui faisait la beauté et l’attraction touristique de notre ville et de notre canton, pour sombrer dans la banalité mondialisée contre laquelle on prétend pourtant se battre.
• Impact environnemental des destructions
Le projet PAV va diamétralement à l’encontre de l’urgence climatique que l’on clame à Genève depuis 2015. Il entraîne de nombreuses destructions de bâtiments qui étaient parfaitement réutilisables, comme le no 66, rte des Acacias, un immeuble de logements qui venait d’être rénové entre 2007 et 2010 dans les règles de l’art. Et qui se singularisait par l’installation photographique en trompe-l'œil réalisée par l'artiste suisse Renate Buser.
De la même façon on vient d’assister à la destruction du parc et des dépendances de la jolie maison Baron remontant à la première moitié du XIXe siècle qui constituaient, au pied de la Tour Pictet, un îlot de verdure unique dans le quartier de béton en devenir. Une notice de blog sur le site de la Bibliothèque de Genève rédigée par Anaïs Lemoussu, fonctionnaire au Service des Monuments et des Sites, laissait entrevoir que l’ensemble allait être sauvegardé. Alors que ce fut un parfait saccage de la parcelle, qui a fait dire à Bernard Zumthor, ancien directeur du patrimoine à l’Etat de Genève :
« Les images et leurs commentaires disent tout sur l'intolérable massacre de ce petit coin de de bonheur à échelle HUMAINE qui, facilement préservé, aurait donné un peu de qualité et de lien à l'histoire de ce quartier, vendu par nos responsables politiques incultes, et administratifs incompétents du développement urbain, à la prédation de leurs copains promoteurs trumpisés !!! »
Et Isabelle Brunier, historienne et ancienne députée socialiste d’ajouter :
« La charmante maison est désormais privée de ses dépendances et des arbres qui l'ombrageaient. Ainsi dépouillée, elle n'est plus qu'un alibi, un "cache-sexe" pour faire croire que la Fondation PAV s'est préoccupée de patrimoine. Quelle triste et abjecte farce!”
Ces destructions privent les occupants (artisans, petits industriels, médias, etc.) de locaux existants dans lesquels ils se sont installés de longue date. Ces destructions engendrent par ailleurs énormément de déchets (83% de la totalité des déchets). Le secteur de la construction est le 2e plus gros émetteur de CO2. Le projet PAV, qui se prétend durable et soucieux d’environnement, est en réalité un projet fallacieux et mensonger, vendu à coup de propagande par l’Etat aux frais du contribuable.
• Entassement et qualité de vie
Envisager en 2026 un entassement bâti pour loger 30.000 à 40.000 habitants, des activités, des infrastructures, est une aberration. Au prétexte de renaturer la Drize et de créer de nouveaux espaces verts, l’Etat génère un monstre qu’il appelle « la Ville dans la Ville » et qu’il promeut à coup de matraquage publicitaire trompeur. Un lieu aussi densifié est invivable, indigne de Genève et de ses habitants. Il accroît la saturation actuelle des infrastructures et des équipements.
Par ailleurs, l’entassement génère les problèmes sociaux et de vivre ensemble qu’ont bien connu les banlieues françaises et, sans chercher si loin, le Lignon ou les Avanchets. On voit que les autorités se préoccupent déjà du suivi social qui sera nécessité par le quartier des Vernets.
• Construire des tours et gratte-ciels aujourd’hui c’est :
1) Imiter sans recul ce qui se fait dans d’autres villes dans un esprit moutonnier (comme les moutons de Panurge décrits par Rabelais, qui suivent le premier qui saute à l’eau), ou par souci de concurrence ou en croyant être moderne. Mais, en vérité, c’est suivre un chemin global qui nie toutes les spécificités territoriales de notre ville historique.
2) Oublier tous les risques liés à ce genre de constructions, y compris le risque incendie qui peut coûter la vie aux habitants, comme on l’a vu récemment à Hong Kong (138 morts) ou à la tour Grenfell, au Nord de Londres, de 24 étages (79 morts).
3) C’est construire Genève contre la plus grande partie des Genevois qui n’ont souvent plus la force de réagir à une politique Top Down prétendant faire de la consultation, mais en vérité pratique le lavage de cerveaux lors des soi-disant concertations du fait accompli.
4) C’est faire les choux gras des investisseurs qui se tiennent en embuscade comme des rapaces ! Pour ne prendre qu’un exemple, Abdala Chatila, malgré ses 550 millions de dettes, réclame déjà sa part du PAV avec la tour Atura de 170 m. Par ailleurs c’est nourrir la machine immobilière devenue un ogre insatiable !
5) Enfin construire des tours - et plus généralement détruire pour reconstruire, c’est aller à l’encontre de l’urgence climatique que la population revendique en Suisse comme ailleurs, et que les autorités ont proclamée.
Comité de SOS PATRIMOINE CEG