10/09/2026
Notre confort est aujourd’hui bouleversé par le changement climatique. Plutôt que de subir ce bouleversement, faisons-en un formidable levier pour accélérer la transition énergétique et écologique et réinventer notre cadre de vie.
En 2026, la Suisse a connu plusieurs vagues de chaleur consécutives. À Genève, pendant l'été 2026, on a compté 51 journées à ≥30 °C entre juin et août. Elle fait de l’été 2026 le plus chaud jamais mesuré en Suisse depuis le début des relevés en 1864. L'épisode de fortes chaleurs que nous venons de vivre n'est pas un événement isolé. Nous devons surtout comprendre qu'il s'inscrit dans une tendance qui va se poursuivre. Les projections climatiques suisses indiquent que les prochaines vagues de chaleur seront plus fréquentes, plus intenses et plus longues.
La question n'est plus seulement de savoir comment réduire nos émissions, mais comment transformer nos villes face à cette nouvelle réalité climatique. L'adaptation climatique ne doit pas être une politique environnementale supplémentaire, mais une politique de confort, de santé publique, d'économie d'énergie et de qualité de vie.
Face à chaque épisode caniculaire, nous avons tendance à réagir dans l'urgence : il fait trop chaud, donc il faut climatiser. Mais si nous faisons de la climatisation notre principale réponse, nous risquons de traiter le symptôme plutôt que la cause. La vraie question est : pourquoi nos bâtiments et nos quartiers accumulent-ils autant de chaleur ?
Nous continuons à construire et à rénover des logements comme si le principal problème climatique était le froid. Or, le défi est désormais double : conserver la chaleur en hiver, mais surtout savoir ne pas l'accumuler en été. Nous savons que le climat de demain sera plus chaud. Nous savons également que nous construisons aujourd'hui des bâtiments qui seront encore là en 2050, 2060 ou 2080. Il serait donc incohérent de continuer à construire et rénover comme si le climat du XXe siècle allait revenir. L'adaptation climatique doit donc devenir un nouveau principe de conception de notre habitat.
La climatisation était jusqu'ici l'exception. Face au dérèglement climatique, certains semblent vouloir en faire progressivement la norme. Ce serait une erreur de stratégie. Le problème n'est pas de nier l'utilité de la climatisation dans certaines situations. Il faut être pragmatique, dans certains logements, notamment ceux occupés par des personnes très vulnérables, dans certains bâtiments très exposés ou lorsque les mesures passives sont insuffisantes, une solution active de refroidissement peut être parfaitement justifiée. Mais elle devrait être le dernier maillon d'une stratégie, pas le premier.
Nous devons passer d'une politique de refroidissement à une politique de fraîcheur : protéger les bâtiments du soleil, végétaliser les toitures et les façades, planter des arbres, désimperméabiliser les sols, gérer l'eau, favoriser la ventilation nocturne et concevoir des logements capables de résister naturellement à la chaleur. La climatisation doit rester une solution ciblée lorsque ces mesures ne suffisent pas. Multiplier les climatiseurs : cela augmente la consommation électrique et rejette encore davantage de chaleur dans l'environnement urbain. L'enjeu est plutôt de construire des logements qui n'ont pas besoin de climatisation, ou en ont beaucoup moins besoin, grâce à la conception bioclimatique.
Le message politique central à faire passer : la canicule ne relève pas uniquement de la politique énergétique ou de la santé. C'est un problème systémique d'aménagement du territoire, de logement, de construction, d'énergie, d'économie, de mobilité, de santé et de gestion de l'eau.
Les principaux leviers :
- Changer de paradigme face au dérèglement climatique. Aujourd’hui, une nouvelle réalité s’impose à nous : nous devons également apprendre à nous protéger de la chaleur.
- Donner à la population une raison positive d'adhérer à la transition en inversant le discours trop souvent présenté sous l'angle des efforts à consentir (réduire, renoncer, économiser, interdire). La transition climatique peut améliorer immédiatement nos vies au quotidien en devenant un accélérateur de transformation positive de l’environnement et de notre habitat.
Les axes prioritaires :
- Les normes et pratiques ont évolué moins vite que le climat.
o Pour le bâti existant, il faut passer d’une logique de contrôle à une logique d’accompagnement : simplifier les procédures, lever les obstacles réglementaires et donner aux propriétaires les moyens d’adapter leurs bâtiments.
o Le changement climatique doit désormais devenir une donnée fondamentale de notre politique de construction. Nos normes de construction doivent cesser de regarder uniquement le climat d’hier. Elles doivent intégrer le climat auquel nos bâtiments seront confrontés demain.
- Faire de la fraîcheur un véritable service public et de l’arbre l’infrastructure climatique de la ville.
- Transformer les toits en « cinquième façade » climatique, car les toitures végétalisées permettent de limiter la surchauffe des bâtiments, de retenir une partie des eaux de pluie, de favoriser la biodiversité et lorsqu'elles sont combinées au photovoltaïque, contribuer également à la production d'énergie.
- Passer d’un cadre urbain imperméable à une « ville-éponge » en débétonnant et en désimperméabilisant les sols. L'idée est simple : l'eau devient une alliée du confort climatique plutôt qu'une nuisance à combattre.
- Repenser les rues et les places autour du confort humain et faire de chaque espace une « oasis climatique ».
Il faut passer d'une politique de « réaction à la canicule » à une politique de « préparation du territoire ».