16/08/2026
Modibo Keïta : "la sédentarisation du nomade est notre objectif n°2"
Quand je vous dis que Modibo Keïta est l'architecte du désordre actuel au Mali, je ne parle pas dans le vide. Dès l'indépendance du Mali en 1960, la question était posée, qu'est-ce qu'on fait des Pateurs qu'ils caricaturent en "nomades" ?
Que fait-on des Fulbe, et des Touaregs, éleveurs qui ne rentrent pas dans le moule de l'état-nation sédentaire hérité du colonisateur ? Modibo Keïta considérait que les pasteurs étaient un problème à résoudre et non des citoyens dont il faut prendre en charge le mode de vie et les besoins.
Dans un discours officiel, il annonçait sans détour, "La mise en valeur et la sédentarisation du "nomade" est notre objectif numéro 2. "Les soldats de l'armée malienne allaient désormais "enseigner aux "nomades" la culture du dattier, du tabac et surtout le jardinage."
C'est d'ailleurs assez drôle, parce que le pasteur est aussi un agriculteur, et la culture dattière est exclusivement pratiquée par des pasteurs berbères.
La vie des pasteurs est un problème à résoudre, et cela est confié à des militaires. Cela ressemble beaucoup plus à une conquête de domination qu'à une intégration citoyenne des peuples.
Le jardinage. Voilà ce que l'état malien avait prévu pour des peuples dont toute la civilisation, toute l'économie, toute l'identité reposait sur le mouvement, le bétail, les pâturages.
Ce n'était pas une politique d'intégration. C'était une politique d'effacement.
Les chercheurs qui ont documenté cette période sont formels. Le gouvernement de Modibo Keïta a mené des politiques qui ont "sapé les modes d'existence et l'organisation sociale traditionnels" des populations pastorales.
Il a notamment pratiqué ce qu'ils appellent la "collectivisation des ressources pastorales", campagnes de sédentarisation forcée, régime militaire dans le nord et le centre traités comme des zones occupées. En clair, l'état s'appropriait les zones de pâturages des Fulbe et des Touaregs pour les transformer en zones sous contrôle administratif.
Une vaste campagne de "rééducation citoyenne des nomades" a été déployée, selon les termes mêmes des sources académiques qui ont étudié cette période.
La logique était simple, le socialisme malien préconise le développement en termes agricoles et industriels, le pastoralisme en était exclu de manière arbitraire.
Le paysan sédentaire était le sujet politique de cet état, et cet état, c'était Modibo Keïta et sa culture. L'éleveur transhumant était un problème à résoudre. Pas un citoyen à intégrer, mais un re**rd à liquider.
Ce qu'on ne dit pas assez, c'est que cette logique n'était pas une invention de Keïta. Il l'a héritée directement du colonisateur français, qui considérait lui aussi que "le "nomadisme" lui-même était problématique pour l'état moderne". Modibo Keïta était un héritier direct de la colonisation en ce sens. Les populations pastorales ont vécu cela comme "une seconde colonisation".
Les conséquences de ce refus d'intégrer le pastoralisme dans le projet national malien se lisent directement dans l'histoire conflictuelle du pays, rébellions touarègues, conflits fonciers, affrontements éleveurs-agriculteurs.
Les mêmes populations, les mêmes griefs, l'abandon, la marginalisation, un état présent uniquement sous forme de gendarme, de collecteur de taxes, de prédateur. Aucun service, pas de reconnaissance, pas de droits.