04/02/2026
MUTUALITÉ EMO 'YA M'BONDO GRAND KATANGA-LUBUMBASHI
Du samedi 31 janvier au lundi 02 février 2026, les Bembe vivant à dans le Haut Katanga, ont observé un moment de 3 jours de deuil à Lubumbashi pour rendre hommage au patriarche *ANZURUNI BEMBE ISHILONYONYI Célestin,* décédé en Belgique le 16 janvier 2026 et inhumé à Kinshasa avec tous les honneurs de son rang d’un homme d’état.
Fils de Monsieur ALENGE LUFUNGULA et de Madame APENDEKI SONGOLO, né le 25 février 1943 à Mukera, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, Célestin ANZULUNI BEMBE ISILONYONYI grandit dans une région frontalière caractérisée par une forte mobilité humaine, une pluralité culturelle et une politisation précoce. Dès l’âge de neuf ans, il quitte son village natal pour poursuivre sa scolarité à Fizi-centre, où il fera les deux premières années de l’école primaire à l’EP Fizi, pour poursuivre la troisième et quatrième année primaire à Baraka, avant d’achever son cycle primaire à Bujumbura, au Burundi, en 1958.
Ce parcours scolaire, déjà marqué par une dimension transfrontalière, illustre les dynamiques propres à l’Est du Congo, où les frontières héritées de la colonisation n’ont jamais constitué un obstacle aux échanges sociaux, culturels et intellectuels des peuples.
Animés par le souci de voir leur enfant poursuivre ses études, ses parents l’envoyèrent ensuite à Kasongo, dans l’actuelle Province du Maniema, pour y effectuer la septième année préparatoire ainsi que les deux premières années du secondaire, à une époque où l’enseignement colonial orientait les élèves vers les filières de pédagogie, d’agronomie ou le séminaire. Les bouleversements politiques consécutifs à l’indépendance, notamment les événements liés à l’assassinat de Patrice Lumumba et la fuite de nombreux missionnaires, le conduise à Bukavu en 1961. Il y est inscrit à l’Athénée royal, aujourd’hui Athénée d’Ibanda, où il obtient son diplôme d’État en 1965. Cette formation s’achève dans un contexte d’instabilité nationale profonde, qui forge durablement sa conscience politique et son intérêt pour les affaires publiques.
La même année, il s’installe à Kinshasa et intègre l’Université Lovanium, actuelle Université de Kinshasa, où il poursuit des études universitaires en sciences commerciales, administratives et consulaires. Il obtient sa licence en 1969, au sein d’une promotion restreinte de quatre étudiants, signe de l’exigence académique de la filière à l’époque. Durant ses années universitaires, il s’implique activement dans la vie estudiantine et assume, de 1968 à 1969, la présidence de l’Union générale des étudiants du Congo (UGEC).
Sa vie professionnelle débute immédiatement après l’obtention de sa licence. En 1970, il est recruté à Air Zaïre, compagnie aérienne nationale emblématique. Pendant sept ans, il y acquiert une expérience concrète de la gestion au sein de cette entreprise publique stratégique, à l’intersection de l’administration, de l’économie et du politique en y assumant les responsabilités de Directeur financier.
En 1977, il rejoint l’Office zaïrois de contrôle (OZAC), devenu aujourd’hui l’Office congolais de contrôle (OCC), où il occupe les fonctions d’administrateur financier pendant quatre ans. Ce passage renforce sa maîtrise des mécanismes de régulations économiques, de contrôle des échanges et de gestion financière de l’État.
Son entrée formelle dans l’arène politique nationale intervient en 1981, lorsqu’il est nommé conseiller financier au sein du Cabinet du Premier Commissaire d’Etat, le Citoyen Nguz a Karl-i-Bond. Cette fonction le place au cœur des arbitrages économiques d’un État confronté à des défis majeurs marqué par l’endettement extérieur et les programmes d’ajustement. Le 1er ministre rend son tablier sept mois plus t**d, ce qui entraine la chute du gouvernement.
Cet évènement l’oblige à retourner à l’OZAC, mais l’expérience aura définitivement ancré son engagement politique.
En 1982, il se présente aux élections législatives et est élu commissaire du peuple – équivalent de député national – pour la circonscription de Fizi. Cette élection marque son retour sur la scène locale et confirme son ancrage territorial dans une région longtemps marginalisée dans les centres de décision.
Très rapidement le nouvel élu se démarque par la qualité de ses interventions au sein de l’hémicycle, recherchant constamment le débat public, n’hésitant pas à interpeler les ministres pour qu’il rendent comptent de leurs gestions.
Sa trajectoire parlementaire est ensuite fulgurante : il devient successivement Président de la Commission Économique et financière du Parlement, puis membre du Bureau du Parlement (Conseil Législatif) en qualité de premier vice-président, et enfin Président du Parlement Zairois (Conseil législatif) en 1987, fonction qu’il exerça jusqu’en 1994.
Il se trouve alors à la tête de l’organe législatif à l’un des moments les plus critiques de la deuxième république, entre pressions démocratiques internes, isolement international et contestations populaires croissantes.
Avec l’ouverture politique du début des années 1990 , la convocation de la Conférence Nationale souveraine, les accords politiques donnent naissance une autre institution législative appelée Haut Conseil de République en 1992.
À l’issue des concertations politiques entre le Forces politiques du conclave et l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR & Alliés) le Parlement dirigé par Le Président Célestin ANZULUNI Bembé va fusionner avec le Haut Conseil de la République pour créer le Haut Conseil de la République-Parlement de transition (HCR-PT) en février 1994.
La chute du régime de Mobutu en mai 1997 bouleverse profondément son parcours. Contraint à l’exil, il quitta Kinshasa le 14 mai 1997 pour séjourner pendant cinq ans au Bénin, avant de finir son exil en Occident. Cette période marque une rupture personnelle profonde, au cours de laquelle, étant marxiste de longue date, il se convertit au christianisme, réorientant sa réflexion sur l’éthique du pouvoir et la responsabilité morale des dirigeants. Il rentre en République démocratique du Congo en 2004, à l’occasion de la transition post-conflit, et fonde avec ses pairs un regroupement politique d’opposition, l’Union sacrée pour l’alternance, dont il devient le modérateur.
La république perd un Homme d’Etat qui aimait profondément son pays, un homme politique loyal, fidèle à ses principes, fidèle à ses convictions qui aura marqué ses pairs et l’histoire politique de notre pays.