L’histoire d’Eco-E (Eco-Environnement) trouve ses origines dans la commune de Masina en 2014. Cette commune de la capitale congolaise, aussi surnommée la « Chine populaire » pour les avertis, est connue pour sa grande population proche du million d’habitants et ses actions dans la sauvegarde de l’unité nationale, d’où le surnom de « Commune patriotique ».
Tout est parti d’un constat fait par trois jeunes du quartier de Lokari, l’un des 21 quartiers administratifs que compte la commune de Masina, selon lequel il y avait une sensible augmentation des insectes et rongeurs nuisibles tels que les rats, moustiques, cafards et mouches. De plus, deux maladies étaient récurrentes lors de chaque examen médical : la typhoïde et la malaria. Les rues de Masina jadis propres et pleines de sable qui servaient de terrains de foot pour les jeunes, étaient devenues le dépotoir des immondices, sacs plastiques et eaux usées. L’eau de pluie qui autrefois s’infiltrait facilement, stagnait maintenant en entravant toute circulation des voitures voir même des habitants pendant la saison pluvieuse.
Face à cette situation, ces jeunes ont pris l’initiative d’associer leurs pairs, aînés et parents du quartier pour un diagnostic inclusif approfondit et la recherche d’éventuelles solutions. Le constat était unanime, les conditions environnementales s’étaient fortement dégradées et à la base de cette dégradation, un changement des modes de vie de la population et l’inexistence de services d’hygiène et d’assainissement dans la commune. Pour exemple, le papier et les feuilles de certaines plantes, autrefois les seuls emballages utilisés, étaient depuis plus d’une décennie remplacés par les sacs plastiques et la population ignorait comment les éliminer durablement, d’où les pratiques d’enfouissement et de brûlis.
À l’issu de ce diagnostic, plusieurs solutions ont été proposées dont notamment :
· Sensibiliser la population locale sur les conséquences d’une mauvaise gestion de l’environnement ;
· Mettre en place un service de ramassage des ordures contractualisé avec les ménages à un prix accessible pour toutes les bourses ;
· Impliquer les autorités locales dans la recherche de solutions appropriées.
C’est ainsi qu’au cours du mois qui suivi, ces jeunes ont organisé une activité de collecte de fonds auprès de la population locale pour l’achat du matériel d’assainissement nécessaire. Bien qu’impliqués dans le diagnostic ayant été fait, les aînés et parents restaient fortement réticents à participer et ne voyaient dans cette initiative qu’un prétexte pour collecter de l’argent. Pour résoudre ce conflit intergénérationnel, les jeunes ont eu l’ingénieuse idée de placer à la tête de leur organisation des aînés et des parents, ce qui a permis de gagner la confiance de l’ensemble de la population. C’est ainsi qu’une campagne de sensibilisation en porte-à-porte a pu être organisée et que suite à l’achat de six chariots et quelques outils d’assainissements (pelle, râteau, balais, etc.), un service de ramassage des ordures ménagères a été mis en place quatre fois par mois, pour seulement 2.000 Francs congolais par mois et par parcelle.
Toutefois, pour des raisons de durabilité et de conformité face à la loi il a été décidé, après consultation de la population locale, de créer le 20 juillet 2014 une association de défense de l’environnement dénommée « Eco-Environnement » en sigle « Eco-E ». Celle-ci a pour objectif de promouvoir un environnement sain et une agriculture répondant aux normes écologiques acceptables en faveur des communautés locales, conformément aux articles 37, 48 et 53 de la constitution de la République Démocratique du Congo (RDC). Sa mission est d’impliquer les communautés locales dans la gestion durable et saine de l’environnement, ainsi que dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.
Grâce à la contractualisation du service de ramassage, ces jeunes ont pu acquérir tous les documents juridiques nécessaires pour le bon fonctionnement de leur association.
Un tournant décisif
En 2015, l’organisation composée majoritairement de jeunes motivés et dynamiques mais peu qualifiés, va connaître un tournant décisif en croisant le chemin de l’ONG internationale OXFAM. Cette ONG va croire aux valeurs et à la mission de la jeune organisation et va signer avec elle une entente de partenariat dans le cadre de son « Programme de Coopération Volontaire 2015-2020, Programme Accès Innovation ». Dans le cadre de ce partenariat Eco-E bénéficie d’un accompagnement et d’un coaching permanent d’OXFAM, en plus des formations dont elle a bénéficié dans divers domaines tels que la bonne gouvernance et l’appui institutionnel, la gestion financière et des ressources humaines, le suivi et évaluation, la planification stratégique et la conception de projets, la gestion des réseaux sociaux et la mobilisation des ressources, etc. Grace à celles-ci, Eco-E dispose actuellement d’un personnel formé et qualifié capable de mettre en œuvre des projets de développement et d’obtenir des résultats.
Principales réalisations
Hormis le ramassage des ordures à domicile, Eco-E organise gratuitement un assainissement des rues pour l’intérêt communautaire, dénommé « Avenue sans sachet ». Dans cette initiative, se retrouve une fois par mois environ 50 à 100 volontaires désireux d’accompagner l’association dans sa démarche et de participer aux activités d’assainissement de leur commune par la collecte des sacs plastiques et autres déchets présents sur la voie publique (marchés, écoles, parking, etc.).
En 2014, Eco-E a formé son premier groupe d’éco-sensibilisateurs (ou relais communautaires) et mis en œuvre un projet pilote d’assainissement des quartiers de la commune de Masina dénommé « Opération Toboyi bosoto », soit en français « Nous refusons l’insalubrité ». Ces éco-sensibilisateurs sillonnent les marchés et autres places publiques afin de sensibiliser la population sur la gestion des déchets solides.
En 2015, Eco-E a organisé un atelier d’élaboration du plan communal d’assainissement de la commune de Masina. L’objectif visé était de proposer aux autorités municipales un projet qui englobe tous le cycle d’assainissement. Toujours en 2015, Eco-E a mis en place, en collaboration avec le département de l’environnement de l’Université de Kinshasa, une technologie de valorisation par le recyclage des sacs plastiques en pavés comme alternative au bétons. Ces pavés, dont le coût de production revient à moins de 20$/m², sont destinés aux grands travaux (route, pont, immeuble, etc.). Cette idée innovante mérite d’être valorisée car elle pourrait participer à une réduction significative des sacs plastiques sur la voie publique à long terme, tout en contribuant à la construction d’infrastructures pérennes.
En 2016, les populations riveraines, victimes des destructions de leurs maisons suite aux travaux de construction de la célèbre avenue Kulumba, ont saisi Eco-E pour les défendre et mener une étude d’impact environnemental et social sur la gestion durable de cette route et des infrastructures d’assainissement de la commune.
En 2017, Eco-E a organisé une sensibilisation auprès des écoliers du complexe scolaire La Louange, en marge de la journée internationale de la terre. Elle a porté sur la résilience et l’adaptation au changement climatique via des scénettes et des activités pratiques, notamment la plantation de quelques arbres. Eco-E a ainsi sensibilisé près de 700 élèves et compte bien répéter cette opération.
Eco-E a aussi réunie près de 400 étudiants dans une conférence-débat organisée en collaboration avec l’Université Libre de Kinshasa sur la gestion durable des déchets solides ménagers dans la ville-province de Kinshasa, en marge de la journée mondiale de l’environnement.
La campagne de sensibilisation « Opération Toboyi Bosoto », sur la gestion durable et responsable des déchets ménagers, a été réitérée en 2017 avec le soutien financier du gouvernement canadien (Affaires Mondiales Canada) et l’appui technique d’OXFAM. Cette campagne relayée par plusieurs médias a bénéficié pour sa cérémonie de clôture de la présence du Ministre Provincial de l’Environnement, Genre et Communication et d’une forte implication de la Bourgmestre de Masina et des 21 chefs de quartiers. Cette campagne a permis la formation de 15 nouveaux éco-sensibilisateurs qui se sont ajoutés au premier groupe formé en 2014.
Perspectives d’avenir
Depuis trois ans et l’initiative lancée par trois jeunes de la commune, l’association a bien grandie et compte aujourd’hui 21 membres et 66 bénévoles opérationnels. Malgré les difficultés rencontrées face aux changements des mentalités et des habitudes de la part de la population concernée, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et encouragée par ses succès précédents, ambitionne de nombreux projets pour l’avenir.
Eco-E compte intensifier le recyclage des déchets en compost organique ou pavés plastiques, et réfléchi avec le département de l’environnement de l’Université de Kinshasa à l’élaboration d’un moule pour la construction de toilettes publiques 100% à base de sacs plastiques recyclés ce qui leurs donnerait une deuxième vie.
Suite à la demande de nombreux directeurs d’écoles, elle va répéter dès la rentrée des campagnes de sensibilisation sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement en milieu scolaire permettant aux futures générations d’être elles-mêmes les opérateurs du changement.
Enfin, elle projette d’intensifier les campagnes de sensibilisation et d’éducation sur l’environnement et le changement climatique, tout en accompagnant les autorités provinciales dans la redynamisation des services d’hygiène et d’assainissement de la commune.