10/15/2026
LE LOGEMENT DEMEURE UN DES PRINCIPAUX FACTEURS CONTRIBUANT À L'ITINÉRANCE
Ce texte que nous avons cosignés avec le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, le FRAPRU et le RCLALQ Droit Au Logement est une réponse à la chronique ''Itinérance : se dire les vraies affaires'' de Joseph Facal publiée le 13 octobre dans le Journal de Montréal.
💬Monsieur Facal, cette semaine, dans ces pages, vous avez pris la plume pour lancer un appel à la vigilance entourant le chantier sur l’itinérance promis par le nouveau premier ministre du Québec. Nous croyons, comme vous, qu’il faut être vigilant lorsque vient le temps d’agir pour prévenir et réduire l’itinérance. Comme vous le dites, l’itinérance est un phénomène extrêmement complexe et il est primordial de s’assurer de considérer cette complexité dans nos actions.
Toutefois, le reste de votre argumentaire repose sur des demi-vérités, voire des préjugés et des amalgames nuisibles qui réduisent les situations d’itinérance à une faute individuelle. Il en résulte une simplification extrême du phénomène de l’itinérance, hautement dommageable pour le travail de fond que nous devons collectivement accomplir.
Depuis 2014, le Québec dispose d’une Politique nationale de lutte à l’itinérance qui fait, somme toute, consensus et qui a d’ailleurs été adoptée sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois. C’est d’abord et avant tout sur celle-ci que l’on doit ancrer le Sommet sur l’itinérance promis.
IMPACT DIRECT SUR LA SANTÉ
Cette Politique nationale reconnaît le manque d’accès à un logement abordable, salubre et sécuritaire comme l’un des principaux facteurs sociaux contribuant à l’itinérance. Le logement y est d’ailleurs 1 des 5 axes d’intervention prioritaires. Les groupes comme les nôtres qui revendiquent plus de logements sociaux, réellement abordables, se basent d’ailleurs sur l’engagement du Québec à mettre en œuvre progressivement le droit au logement, comme d’autres droits économiques et sociaux.
Vous parlez également de dépendances et de santé mentale. Sans pouvoir nous-mêmes rendre compte de toute la complexité, permettez-nous de vous rappeler que l’accès à un logement réellement abordable, salubre et sécuritaire fait partie des déterminants sociaux de la santé.
De nombreuses études font état des conséquences du mal-logement sur la santé physique et mentale. Les enjeux de dépendances peuvent aussi être liés à une auto-médicamentation qui s’installe faute d’alternatives pour tolérer le stress, la douleur, le froid et autres.
Nous voilà donc sidérés de lire dans votre chronique que de parler des enjeux liés au droit au logement, dont la hausse des loyers et les droits des locataires, pendant le chantier sur l’itinérance serait une erreur. Vous parlez même des risques « d’une récupération et d’une instrumentalisation par les militants du logement locatif abordable ».
Nous vous rappelons que ces militants pour le logement social et pour le droit des locataires, ce sont justement des locataires qui peinent à joindre les deux bouts. Ce sont des comités logements qui reçoivent des locataires de plus en plus désespérés par la cherté des loyers et l’absence d’alternatives. Ce sont des organismes communautaires en itinérance qui voient l’impact direct du marché locatif privé sur le terrain.
MILITANTS
Cet impact, c’est un nombre toujours croissant de personnes qui ont recours aux organismes ou qui dorment dans la rue, sur le divan de quasi-inconnus ou dans leur char. C’est une dégradation de l’état de santé mentale des personnes (le stress causé par l’incapacité à se loger est grave et a des répercussions sérieuses). C’est aussi la difficulté accrue de trouver des logements pour accompagner des personnes qui veulent retrouver une stabilité résidentielle, ce qui prolonge et aggrave les situations d’itinérance.
Ces militants que vous tentez de discréditer sont, entre autres, les personnes expertes qui doivent être consultées, écoutées et entendues dans les travaux de ce chantier.
Nous empruntons la dernière phrase de votre texte, pour à notre tour appeler M. St-Pierre Plamondon à s’assurer d’impliquer au premier plan les acteurs qui ont comme premiers intérêts l’amélioration des conditions de vie des personnes en situation d’itinérance et à risque de l’être ainsi que la prévention et la réduction de l’itinérance. « Méfiez-vous, monsieur le premier ministre, des conseils de ceux qui penseront d’abord à eux ».