10/10/2026
10 octobre — Journée mondiale des personnes sans abri
Mettre à l’abri ne suffit pas à toujours. Il faut permettre d’en sortir et ainsi sortir de la rue.
À l’approche de l’hiver, comme chaque année, les inquiétudes grandissent du côté des personnes rejointes, des citoyens, du gouvernement et les réponses d’urgence se multiplient.
Bien sûr, il faut protéger. Bien sûr, il faut accueillir, réchauffer, nourrir et offrir un toit pour la nuit. Personne ne devrait avoir à affronter le froid sans refuge. Mais pouvons-nous encore nous satisfaire de réponses qui, d’un hiver à l’autre, permettent de survivre sans véritablement permettre de sortir de l’itinérance ?
L’urgence est indispensable. Elle ne peut cependant tenir lieu de politique durable. Depuis des années, les gouvernements successifs concentrent leurs efforts sur la multiplication des lits d’urgence et des lieux d’accueil temporaire; à force de ne répondre à l’urgence que par l’urgence, nous risquons de confondre la mise à l’abri avec la résolution du problème. Nous risquons surtout de rendre moins visibles les personnes sans pour autant transformer leur réalité.
Car derrière chaque personne rejointe, il y a une une histoire, une crise, des ruptures, des aspirations, des espoirs: parfois, un désir de retrouver un lieu à soi, parfois le refus de venir dans une ressource d’hébergement, la préférence de ne pas abandonner son coin de rue. Il y a aussi des trajectoires complexes qui ne peuvent se reconstruire au rythme des saisons ni se résumer à la seule question du logement.
Au Centre Le Havre, nous défendons depuis longtemps une autre ambition : passer d’une logique de gestion de l’itinérance à une véritable politique de stabilisation des trajectoires d’habitation.
Cela suppose de développer massivement des solutions durables et diversifiées : des logements réellement accessibles, des hébergements transitoires adaptés, des maisons de chambres communautaires, des accompagnements psychosociaux soutenus et des passerelles concrètes entre la rue, l’hébergement et le logement.
Entre l’urgence et le logement permanent, il faut parfois du temps, des étapes, de la confiance et des lieux où reprendre pied.
C’est précisément dans cette perspective que le Centre Le Havre poursuit le développement de son continuum de services, de ses solutions d’habitation transitoire.
Soyons clairs, nous ne remettons pas en cause la nécessité des réponses d’urgence, puisque nous en opérons nous-mêmes; nous affirmons simplement qu’elles ne peuvent être les seules et constituer notre horizon collectif.
Accepterions-nous que l’hôpital soit réduit à un service d’urgence? Non, nous attendons de sortir d’une civière pour être admis dans un service répondant à notre besoin de santé.
Parler de réduire l’itinérance, c’est pareil, il faut développer des services spécialisés après les services d’urgence!
L’itinérance ne se combat pas en multipliant indéfiniment les endroits où dormir, mais en multipliant les possibilités de retrouver un endroit où vivre. Retrouver un chez-soi!
Alors, à l’aube d’un nouvel hiver, posons-nous collectivement cette question : voulons-nous seulement continuer à organiser, année après année, la survie des personnes en situation d’itinérance, ou sommes-nous prêts à investir avec la même détermination dans les conditions qui leur permettront d’en sortir ?
À Trois-Rivieres, les acteurs en itinérance travaillent continuellement en partenariat afin d’envisager les solutions à mettre en place pour assurer une offre de service la plus large possible avec une amplitude d’ouverture permanente; il y a encore des vides de services. La concertation est sollicitée pour chaque situation. Elle a permis de déployer des intervenants de proximité sur le terrain afin être toujours en lien avec les personnes qui habitent la rue, elle permet aussi d’offrir 55 places d’hébergement à l’année augmentée de 50 places l’hiver.
Il faut maintenant développer plus de solutions diversifiées d’hébergement transitoires et de logements durables!
Parce que la dignité humaine n’est pas négociable!
Une société ne devrait pas mesurer sa réussite au seul nombre de personnes qu’elle a mises à l’abri, mais aussi au nombre de celles auxquelles elle a permis de retrouver une place où vivre.
Il nous faut travailler de la rue au logement, et de la survie à la stabilité!
Photo: Le Nouvelliste