10/08/2026
En plus des GES produits par l’exploitation pétrolière en Alberta, un sujet pas assez discuté c’est l’horreur des lacs de décantation des sables bitumineux 😡😱. Le gouvernement Carney est complice de tout ça!
MARK CARNEY ET LES GES
Mark Carney jouit encore d’une bonne dose de sympathie dans l’ensemble du Canada. Le contexte de la guerre commerciale avec notre voisin du sud le sert bien et il sait en profiter. Si sa bataille avec le locataire actuel de la maison blanche va bien, il en est tout autrement de son discours caméléon pour l’économie et aussi pour l’environnement.
Ses récentes déclarations ne laissent pas d’équivoque : il se fout de l’environnement. En juin un journaliste de Rasio Vanada écrivait ceci:
« Le premier ministre Mark Carney reconnaît finalement que les récents reculs de son gouvernement en matière d’environnement mèneront à une hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada.
Nouveau projet de pipeline, abolition de la tarification carbone pour les consommateurs et abaissement des normes touchant les entreprises : au fil des annonces de Mark Carney depuis son arrivée au pouvoir, les experts étaient de plus en plus nombreux à douter de la capacité du Canada à atteindre ses objectifs de réduction des GES.
Ottawa maintenait cependant le cap sur son objectif d’atteindre la carboneutralité pour 2050 et demeurait évasif sur l’objectif de réduire de 40 % les émissions de GES par rapport à leur niveau de 2005 d’ici 2030.On sait que des pays on atteint la prospérité en ne se basant pas sur les énergies fossiles, mais ce n’est pas ce que semble viser notre premier ministre canadien. Pipeline, allègement réglementaire, subvention aux pétrolières (10 milliards en 2025) comment peut on encore croire Cet homme quand il parle d’objectif de réduction de GES. »
De façon occulte, l’exploitation des sables bitumineux, bien avant que l’on en extrait le pétrole, bien avant que l’essence qui en résulte se retrouve dans le réservoir de votre voiture, ces sables bitumineux auront sali le sol, l’eau et l’air, de façon gigantesque et permanente.
J’en veux pour preuve cet article qui parle des immenses bassins de décantation en Alberta. Voilà une des conséquences de ce que nous apporte l’exploitation de ce pétrole sale, très sale.
« Le long de l’autoroute 63, à une trentaine de kilomètres au nord de Fort McMurray, en Alberta, le ciel se reflète dans des étendues d’eau. Seuls la présence d’épouvantails et le bruit régulier de canons à air trahissent le fait qu’il ne s’agit pas de lacs.
Ce sont des bassins de décantation, des lieux où sont conservés tous les rejets provenant du minage du pétrole des sables bitumineux.
Mélange de sable, de limon, d’argile, de résidus d’hydrocarbures, de sels et de traces de métaux lourds, ils sont toxiques pour la faune. Les canons à air sont là pour éloigner les oiseaux qui risquent la mort s’ils se posent sur un de ces bassins.
À part celles qui sont visibles de l’autoroute, il est difficile de saisir à l'œil nu l'étendue de ces eaux toxiques. Selon les données que l’industrie fournit à l’Agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta (AER), l’ensemble des bassins de décantation des huit mines de sables bitumineux représentait 1505 millions de mètres cubes en 2024, soit 35 fois la taille du lac Louise ou la superficie de l’île de Montréal sous 3 mètres d’eau.
En bref, le problème est énorme et il est amené à grossir. Le gouvernement de l’Alberta souhaite doubler la production de pétrole, ce qui implique une augmentation de la taille des sables bitumineux.
Et, même si la production ne s’accroît pas, le problème va empirer, puisque les sites d’exploitation doivent conserver presque toute l’eau qui touche leur terrain, pluie et neige comprises.
C’est comme si [ces bassins] suintaient. Il y a beaucoup de substances nocives qui se retrouvent exposées. Elles se propagent dans l’eau, dans l’air, et s’infiltrent jusqu’en nous à travers les aliments que nous consommons. C’est vraiment décourageant et triste de voir qu’ils sont toujours là, déplore Melody Lepine, la cheffe de la Première Nation crie Mikisew, dont les territoires ancestraux comprennent tous les sites de sables bitumineux.
Ces mots ne seraient peut-être pas ceux employés par l’industrie, mais les pétrolières font le même constat : la situation devient intenable.
Si les bassins de décantation se forment à l’abri des regards dans l’extrême nord-est de l’Alberta, ils sont en amont d’une zone importante sur le plan écologique : le parc national Wood Buffalo, patrimoine mondial de l’UNESCO, et le delta Paix-Athabasca, l’un des plus grands deltas d’eau douce intérieurs au monde.
Une solution : traiter, puis rejeter
Malgré de nombreuses requêtes, les entreprises Suncor et Impériale ont refusé des demandes d'entrevues.
À une récente table ronde, à la foire locale Oil Sands Expo, la solution préférée par l’industrie a toutefois été soulignée de multiples fois : traiter les eaux minières pour pouvoir les rejeter dans l’environnement.
Nous avons la ferme intention de transformer ces bassins de résidus en sites réhabilités. C'est pour cette raison que nous cherchons à obtenir cette autorisation de rejet après traitement, a expliqué Claire Greenwood, vice-présidente du développement central à Suncor.
La mine Base de l’entreprise étant la première qui arrivera en fin de vie vers la moitié de 2030, le problème est devenu de plus en plus pressant pour Suncor.
Sur son site Internet, Suncor décrit brièvement le procédé testé, à savoir une filtration à l’aide d’une membrane. Un laboratoire a été établi à Edmonton, et un autre mobile fait le tour des communautés. Nos demandes de visite de ces deux endroits ont été refusées.
Solution provinciale d’ici la fin de l’année.
Pour la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, il en va aussi d’une question d’équité. Nous avons une industrie forestière qui a réussi à trouver le moyen de traiter ses eaux et de pouvoir les rejeter. On a d’autres grands secteurs, de grandes villes [...] Je pense qu’ils veulent juste être traités de la même manière, explique-t-elle.
Traumatisme générationnel
Si les rapports s’accumulent, c’est aussi parce qu’il ne s’agit pas seulement d’un choix scientifique. Il en va aussi du processus de réconciliation avec les Premières Nations.
Melody Lepine rappelle que l’opposition autochtone de la région s’inscrit dans une succession d’événements traumatiques avec les industries pétrolières.
Plusieurs mois ont passé avant que les communautés autochtones soient prévenues d’un déversement de millions de litres d’eau et de pétrole de la mine Kearl de la pétrolière Impériale. Les Premières Nations font valoir que des suintements avaient déjà été repérés des années auparavant sans qu’elles en soient prévenues.
Des rejets uniques
Au traumatisme historique, aux questions autochtones et environnementales, s’ajoute une recherche scientifique encore peu concluante.
Les sables bitumineux du nord de l’Alberta sont une industrie unique, et leurs rejets le sont donc tout autant.
Même lors de la table ronde à la foire Oil Sands Expo, le ministre Grant Hunter a avoué qu’il y avait du travail à faire sur la présence de sels et d’acides naphténiques, un composant organique complexe dont même la méthode de mesure n’est pas uniforme.
Ce qui complique encore plus la tâche, c'est que bon nombre de ces composants sont présents à l’état naturel dans la région. La concentration et son lien avec l’exploitation des sables bitumineux peuvent donc être difficiles à démêler.
"En vivant au cœur de la région des sables bitumineux, nous avons accumulé des traumatismes intergénérationnels liés à la gestion de l'eau. [...] Il est temps d’essayer quelque chose de différent, souligne-t-il".
Emissions Reduction Alberta leur a conditionnellement offert une bourse de 4,6 millions de dollars pour tester les effluents des sables bitumineux, le pire du pire, selon Ron Quintal.
Si nous arrivons à traiter cela, il y a la possibilité non seulement d’offrir de l’eau propre, mais aussi d’apporter une tranquillité d’esprit.
Une citation deRon Quintal, PDG de Tu Nipi Water Solutions
Il ajoute que cela permettra aussi aux Premières Nations d'être plus impliquées dans la surveillance des sables bitumineux.
Une chose est toutefois claire pour lui : sa communauté n’acceptera jamais que cette eau soit rejetée dans l’environnement.
Quel choix Ottawa fera-t-il et dans combien de temps?
Il faut trouver une solution parce que, en attendant, le stress des communautés augmente et la taille des bassins de décantation aussi. »
Encore une fois l’argent parle et les autres (écologistes, autochtones) doivent se taire. Le fédéral reste vague, l’Alberta cherche à gagner du temps, Suncor reste opaque dans ses réponses, quand il en donne et, tout ce beau monde ne veut même pas évoquer la possibilité de diminuer la production……. Bin non.
Commentaires et partage par Michel Desautels