11/22/2025
Construire autrement, construire en protégeant d'abord la forêt avant de la détruire pour la remplacer par des îlots de chaleur (bâtiments) ? Et si ça commençait à faire son chemin dans leurs choix et leurs décisions ? On s'en réjouit, faut que ça change !
Paru cette semaine :
ENVIRONNEMENT: LE RÔLE DES ENTREPRENEURS EN CONSTRUCTION
PAR MATTHIEU MAX-GESSLER, INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL
LA TRIBUNE – 20 NOVEMBRE 2025
Comment concilier la construction de nouveaux logements avec la conservation de la nature: voilà un des sujets sur lesquels les invités du Congrès de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) étaient appelés à réfléchir, jeudi matin.
Parmi les invités à ce panel, qui se déroulait au Centre de congrès et d’événements interactifs de Trois-Rivières, on comptait Jérôme Dupras, professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais – et accessoirement, bassiste des Cowboys Fringants. Il a rappelé aux entrepreneurs présents dans la salle les impacts de la crise écologique (inondations, feux de forêt et vagues de chaleur plus fréquents, par exemple), mais également le rôle qu’ils peuvent jouer pour les réduire.
«Sur les 23 cibles adoptées à la COP15, l’accord de Kunming-Montréal, neuf sont liées à l’habitation», a-t-il souligné lors de son préambule.
Le musicien et professeur a ensuite participé à un échange à trois avec Louise Hénault-Éthier, du bureau de la transition écologique et de la résilience de la Ville de Montréal, et Janick Lambert, commissaire au développement durable pour le Vérificateur général du Québec. Les trois intervenants ont assuré, à plusieurs reprises, que le développement de nouveaux logements n’est pas incompatible avec les objectifs de conservation de 30 % du territoire Québécois.
«C’est possible d’inviter la nature sur nos terrains et nos maisons, par exemple avec des toitures et des murs végétalisés. Le Code du bâtiment le permet et deux arrondissements de Montréal l’ont inclus dans leurs nouveaux facteurs de résilience pour la construction.»
— Louise Hénault-Éthier, Ville de Montréal
Selon cette dernière, la nature doit d’ailleurs être considérée comme les autres infrastructures de nature humaine, pour «les services de grande valeur» qu’elle livre.
«On s’en va vers un accroissement des précipitations intenses, ça finit par faire déborder les réseaux d’égout et ça vient polluer les cours d’eau. Ça coûte super cher aux Villes de construire de plus gros collecteurs d’eau de pluie. Donc si chacun se dotait de toitures végétalisées et de jardins de pluie, on retiendrait l’eau sur le terrain des habitations, ça réduit les factures», a-t-elle illustré.
Janick Lambert a pour sa part souligné l’importance des programmes gouvernementaux pour «encourager les bons élèves» dans le domaine de la construction.
«Mais le gouvernement doit toujours garder un regard sur ce qu’il met en place, pour s’assurer que les sous vont au bon endroit, là où les effets escomptés sont les plus élevés, pour faire en sorte d’avoir le plus grand impact bénéfique pour la société», a-t-elle prévenu.
Un exemple sherbrookois
L’APCHQ avait invité le président et chef de la direction de Construction Longer, Pierre-Luc Auclair. Le Sherbrookois a parlé des efforts qu’il a déployés pour rendre ses projets plus verts – au sens propre et figuré.
«Ça faisait un bout de temps qu’on voulait essayer de faire reconnaître que le domaine de la construction a des impacts sur les milieux. On voulait faire partie de la solution plutôt que du problème», a-t-il expliqué d’emblée.
L’entrepreneur a donné l’exemple d’un projet de 180 logements construit à Sherbrooke. Dans sa réalisation, il a favorisé la densification, en construisant en hauteur plutôt que sur la largeur.
«Les toits verts, je suis contre, à cause des risques que les racines endommagent la toiture et d’infiltration d’eau. Alors on a trouvé des façons de mettre plus de vert au sol. On a favorisé des aménagements paysagers avec des plantes indigènes, on a travaillé pour éviter la propagation d’espèces envahissantes et on a maximisé la végétalisation du sol, en limitant le nombre d’espaces de stationnement», a-t-il détaillé.
M. Auclair a confié que contrairement à ce à quoi il s’attendait, ces changements de pratique n’ont pas été si ardus à mettre en place. Il a également dit que ces efforts n’ont pas été sans gains pour son entreprise.
«Ça nous a permis de développer des partenariats avec les Municipalités, avec des fournisseurs. On allait visiter des usines pour s’assurer de comment réutiliser certains produits. Il y a eu beaucoup plus de positif qu’on le pensait.»
— Pierre-Luc Auclair
De nouvelles approches dans la construction de logements peuvent même apporter des opportunités qui n’auraient pas été envisageable autrement, selon M. Auclair.
«Il y a des secteurs de Sherbrooke où on ne peut plus construire parce que la capacité de traitement des eaux usées n’est plus là. Mais il y a des systèmes autonomes qui peuvent se mettre dans les bâtiments», a-t-il donné en exemple.
Le modèle LÜDIQ à l’honneur
L’organisme à but non lucratif trifluvien LÜDIQ a également eu droit à son quart d’heure de gloire, jeudi matin. Son fondateur et président, Anthony Theriault-Marghem, a présenté son modèle aux entrepreneurs présents.
Rappelons que ce projet prévoit la construction de 99 logements sur six étages sur la rue Vincent-Bélanger, à Trois-Rivières. Le tiers des locataires pourront bénéficier d’une subvention gouvernementale pour se loger et pour le reste des appartements, le loyer sera ajusté en fonction du revenu des occupants, grâce au soutien d’une fondation mise en place par LÜDIQ.
«On va construire sur seulement 30 % du terrain et préserver 70 % de la nature. Dans la majorité des secteurs qui se développent de nos jours, on passe le “bull”, on fait la rue, puis on bâtit les blocs, l’asphalte et les garages, mais selon nous, ça ne donne pas la meilleur qualité de vie possible», a expliqué M. Theriault-Marghem.
Celui-ci a reconnu que son organisme aurait pu utiliser l’espace restant pour construire un deuxième bâtiment, maximisant ainsi le nombre de portes, mais son objectif est de permettre aux familles qui y demeureront d’avoir la nature comme terrain de jeu. Une portion du terrain qui borde une rivière voisine sera par ailleurs cédée à la Ville de Trois-Rivières pour qu’elle en assure la conservation.
Le Congrès de l’APCHQ se poursuit vendredi. Plusieurs invités du milieu politique devaient y faire acte de présence, dont le ministre du Travail Jean Boulet, le maire de Trois-Rivières Jean-François Aubin et le ministre de l’identité et de la Culture canadiennes, Steven Guilbeault.
La programmation complète se trouve sur le site de l’APCHQ.