04/02/2026
Lorsque la violence fait en sorte que l’école ne répond plus aux besoins de nos élèves - Lettre ouverte à la ministre Lebel
Sherbrooke, le 2 avril 2026 ― David Raymond, président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie, adresse plusieurs questions à Mme Lebel à la suite des propos qu’elle a tenus dans le cadre du documentaire de Ricardo Larrivée, Écoles sous pression.
Comme le code d’éthique des enseignantes et des enseignants les empêche de tenir des propos qui pourraient nuire à la réputation de leur école ou de leur Centre de services scolaires, M. Raymond parle en leur nom et demande à la ministre à qui ils peuvent dénoncer les impacts majeurs de la violence dans les écoles sur les élèves qui en sont témoins ou qui en sont victimes.
Voici la lettre, publiée dans La Tribune :
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Madame la Ministre,
Nous vous écrivons en lien avec votre intervention dans le reportage de Ricardo : Écoles sous pression.
Vous avez souligné l'importance des lanceurs d’alerte et avez mentionné avoir révisé la loi qui les encadre. De plus, vous affirmez que le code d'éthique du personnel scolaire n'entrave pas la possibilité de dénoncer. Considérant qu'il est impossible pour un membre du personnel de faire une plainte au Protecteur national de l’élève et que les solutions actuelles des directions d'école et des centres de services ne parviennent pas à inverser la tendance de la violence, nous aimerions savoir à quel autre endroit les enseignants de l'Estrie peuvent dénoncer les éléments vécus au quotidien et qui privent les élèves de l'éducation à laquelle ils ont droit.
À qui doivent-ils :
- dénoncer que leurs élèves ne peuvent se concentrer sur les apprentissages parce qu’un autre élève hurle dans le corridor et frappe dans les murs pendant plus d’une heure, sans qu'aucun intervenant n'ait l'autorisation de le déplacer à un autre endroit contre son gré?
- dénoncer que leurs élèves sont en hypervigilance constante parce qu’un élève de la classe lance des objets en leur direction ou les frappe, forçant parfois même l’évacuation du groupe?
- dénoncer que des enfants font des cauchemars et ne veulent plus venir à l'école, car ils ont été témoins de scènes de violence à répétition dans leur école?
- dénoncer que leurs élèves n’ont plus accès à du matériel éducatif de qualité, puisqu’un élève a tout brisé lors de sa dernière crise et que l’école n’a pas les moyens de remplacer le matériel?
- dénoncer le fait que certains élèves nécessitent tellement d’interventions personnalisées que les autres élèves perdent du temps d’enseignement?
- dénoncer le fait que des classes entières sont privées de sorties scolaires, de périodes de bibliothèque ou d'activités spéciales, car le moindre changement à l’horaire régulier provoque la désorganisation d'un des jeunes du groupe?
- dénoncer le fait qu'il y a tellement de ressources utilisées pour gérer les élèves problématiques qu’il en manque pour s'occuper des victimes de la violence?
Les enseignants de l’Estrie voudraient crier haut et fort le fait que la violence des uns prive trop souvent les autres, ceux qui vont bien, des services éducatifs de base auxquels ils ont droit. Les enseignants de l'Estrie sont inquiets pour la santé psychologique de ces autres élèves. Les élèves violents doivent être pris en charge, mais ceux qui en sont victimes ont aussi des droits. Ne les oublions pas.
Alors Madame la Ministre, nous vous le demandons, à qui les enseignants de l’Estrie doivent-ils dénoncer ce qui se passe dans leur classe? Parce qu’en ce moment, au nom du code d'éthique et du devoir de loyauté envers les centres de services scolaires, il semble plutôt que les enseignants soient soumis à une omerta qui ne peut plus durer.
David Raymond
Président du Syndicat de l'enseignement de l’Estrie