05/21/2026
De quoi réfléchir.
Faire contribuer davantage les ultra-riches aux finances publiques, Mohamed Lotfi répond à François Lambert dans la section Idées du Devoir. Extraits👇🏽
«C’est toujours le même vieux tour de magie idéologique. Transformer toute critique des inégalités en haine des riches. Si vous demandez une fiscalité plus progressive, vous êtes jaloux. Si vous remettez en question les privilèges fiscaux, vous êtes antiréussite. Si vous défendez les services publics, vous voulez punir ceux qui réussissent. La pensée binaire est pratique quand on veut éviter les nuances.
Et puis, cette phrase magnifique. « Cet argent-là vient de risques, de travail, de sacrifices et de décisions intelligentes. » Bien sûr. Parce qu’une préposée aux bénéficiaires ne travaille pas. Parce qu’un ouvrier qui se détruit le dos à 50 ans n’a pris aucun risque. Parce qu’une mère monoparentale qui cumule deux emplois ne fait aucun sacrifice. Le problème, avec certains riches, ce n’est pas qu’ils valorisent leur travail. C’est qu’ils finissent par croire que le leur est le seul qui mérite récompense.
Le plus ironique dans tout ça, c’est cette obsession à vouloir se présenter comme les piliers exclusifs de la société. « Sans entrepreneurs, il n’y a rien. » Rien que ça. Les enseignants. Rien. Les infirmières. Rien. Les éboueurs. Rien. Les travailleurs agricoles. Rien. Les employés d’usine. Rien. Le caissier qui gagne trop peu pour acheter ce qu’il vend. Rien.
C’est étrange comme certains hommes d’affaires découvrent soudainement les vertus du collectif quand il s’agit de parler des travailleurs qui enrichissent leurs entreprises, mais redeviennent farouchement individualistes dès qu’il faut partager davantage les profits avec la société qui rend leur succès possible.
Parce qu’un entrepreneur ne pousse pas dans le vide. Il pousse dans un monde construit par les autres. Les routes publiques transportent ses marchandises. Les écoles publiques forment ses employés. Les hôpitaux publics soignent sa main-d’œuvre. Les tribunaux publics sécurisent ses contrats. Même son fameux « risque » repose sur une stabilité collective financée par les impôts de tous.
Mais voilà qu’aujourd’hui, payer davantage devient une forme d’oppression. Le riche moderne ne veut plus seulement réussir. Il veut être admiré moralement pour sa richesse. Et surtout, il veut qu’on cesse de lui rappeler qu’une société n’est pas une entreprise et qu’un citoyen n’est pas seulement un portefeuille ambulant.(…)
Le plus révélateur n’est peut-être pas son agressivité. C’est son imaginaire. Dans son monde, les riches bâtissent pendant que les autres envient. Les entrepreneurs créent pendant que les citoyens parasitent. Les investisseurs sauvent l’économie pendant que les pauvres demandent trop. Ce n’est plus un discours économique. C’est une théologie du mérite où les gagnants deviennent naturellement vertueux et les perdants, naturellement suspects.»
📌Nos propositions pour mieux partager la richesse: https://www.nonauxhausses.org/compagne-20-milliards-dans-le-filet-social/