09/22/2026
L’hébergement alternatif, véritable chemin de croix
Il y a quelques semaines, Daphnée Gagnon a réussi à trouver une place en hébergement alternatif pour son fils ayant un grave trouble de l’autisme, en publiant un cri du cœur hautement repartagé sur les réseaux sociaux. Mais pour elle, il est « insensé » d’en être arrivée à cet « extrême » pour l’obtenir.
Fin juillet, le fils de 18 ans de Daphnée Gagnon a pu recevoir une place temporaire dans un centre adapté, à Laval. C’est que son témoignage sur Facebook, partagé des centaines de fois, a fait écho dans le réseau de la santé.
La cohabitation avec son fils autiste non verbal, qui vit avec une déficience intellectuelle et un trouble grave du comportement (TGC), était devenue « impossible » depuis des mois. Son comportement s’aggrave depuis quelques années déjà, au point où elle doit régulièrement l’emmener aux urgences lors de crises.
Son fils vivait depuis près d’un an principalement avec son père, mais chaque visite rendait les choses compliquées pour Daphnée Gagnon. En nous parlant de sa situation, elle décrit un « énorme stress, de l’épuisement, de l’appauvrissement, de l’isolement ».
En mars, il a sauté du haut de l’escalier d’un étage. Résultat : une fracture ouverte du pied à trois endroits, une opération et plusieurs mois d’immobilisation. Il s’en est aussi pris physiquement à sa mère dans un moment de colère, cassant ses lunettes. Autant elle est heurtée comme maman, autant Daphnée Gagnon est surprise que de telles choses « ne soient pas arrivées plus tôt ».
« On a demandé de la prévention et de l’aide bien avant, ça aurait pu être évité », s’inquiète-t-elle, au téléphone. « Comme si ça prenait quelque chose de majeur pour que ça bouge. »
La confusion et le désarroi de cette mère et d’autres parents sont des sentiments fondés : « Il n’existe pas de mécanisme d’accès provincial unique pour l’hébergement » des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, soutient Santé Québec dans un courriel à La Presse.
Les plus récentes données, recensées en mars dernier, font état de 16 296 places en services résidentiels destinées à ces personnes au Québec. De plus, 2192 usagers supplémentaires étaient en attente d’une place. Pour les accueillir, le réseau devrait donc théoriquement gonfler sa capacité de 13 %.
« Les critères d’admissibilité varient selon le type de ressource d’hébergement recherché, notamment les ressources
intermédiaires (RI), les ressources de type familial (RTF), les maisons alternatives ou d’autres milieux de vie adaptés. L’évaluation repose entre autres sur les besoins de soutien et le niveau d’autonomie de la personne », explique Marianne Paquette, directrice des relations médias à Santé Québec.
« Il ne devrait jamais être nécessaire de se retrouver en situation de crise, de devoir lancer un cri du cœur publiquement pour obtenir de l’aide », répond Daphnée Gagnon, qui estime que de nombreuses familles vivent la même situation qu’elle.
Manque de connaissances et de ressources.
Les ressources pour adultes, qui sont souvent un projet de vie pour l’individu concerné et ses parents, ont des listes d’attente qui peuvent durer des années. « Après, le service de jumelage, c’est un Tetris », image Nathalie Boulet, responsable de l’intervention chez Autisme Montréal, en entrevue.
En plus des RI et des RTF, qui hébergent de cinq à neuf personnes à la fois, il existe des ressources à assistance continue (RAC) pour la clientèle à besoins plus importants ou aux comportements violents. Mais une place ne garantit même pas un milieu de vie sain ou épanouissant, jugent les intervenantes du milieu qui ont parlé à La Presse.
« L’encadrement est manquant et les connaissances en autisme ne sont pas développées », déplore Mme Boulet. « Il n’y a pas d’obligation d’avoir de diplôme, il n’y a pas vraiment de critères d’embauche. Énormément de familles se plaignent de ça », poursuit-elle, citant des situations de négligence et un roulement élevé du personnel.
« La population [qui a un diagnostic] en autisme augmente depuis le début des années 2000. Bien que, chaque année, on fournit les statistiques, il n’y a pas de prise en considération. L’écart se creuse entre les ressources disponibles et les demandes », dénonce-t-elle, demandant que le gouvernement règle le problème.
Malgré les défis, des solutions émergent. C’est le cas du projet novateur Chez-nous solidaire, un édifice de 19 logements supervisés situé dans la ville de Mercier, sur la Rive-Sud. Celui-ci accueille des adultes ayant une déficience intellectuelle légère ou modérée, avec ou sans TSA, chacun dans leur appartement individuel, mais avec la possibilité d’obtenir du soutien des intervenantes.
La nouvelle construction a ouvert à l’automne 2025. Mais le chemin a été fort complexe. De l’idée jusqu’à la mise en fonction, le processus entier a pris 13 ans. On trouve actuellement des installations similaires à Brossard, à Salaberry-de-Valleyfield, à Sherbrooke et aux Îles-de-la-Madeleine.
« Ça existe très peu », souligne Béatrice Pinot, directrice générale de Chez-nous solidaire, au téléphone. Pour elle, ce modèle est une réussite : des salles communes remplies, des parents soulagés, des locataires qui demandent déjà à signer leur prochain bail.
Dans son cas, plus de 40 personnes figurent déjà sur la liste d’attente. Ainsi, à son avis, la formule est à reproduire. « C’est un besoin criant », dit-elle.
Le 17 août, le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, qui ne se représente pas aux élections, a justement reconnu ce besoin. Il a publié le Cadre de référence sur les services d’accompagnement intégrés en logement permanent, document qui vise à « baliser le développement et l’opération » de ce genre de projet. Mais le milieu ne croit pas à une solution miracle.
Pour lire l'article dans La Presse : https://tr.ee/fz-UAt0Th7