02/08/2026
LA CLINIQUE JURIDIQUE ITINÉRANTE DEMANDE UN MORATOIRE SUR LES DÉMANTÈLEMENTS DE CAMPEMENT
LA NÉCESSITÉ D'UN MORATOIRE
Depuis maintenant plusieurs années, le Québec est entré dans ce qu’on peut définitivement appeler une crise de l’itinérance. Si pendant longtemps cette problématique s’est principalement concentrée sur l’île de Montréal, celle-ci s’est régionalisée hors de la métropole pour en faire définitivement un enjeu national. Ainsi, de Gatineau à Chicoutimi, jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine, c’est toutes les régions du Québec qui vivent une hausse fulgurante de l’itinérance, bien que celle-ci ait des visages différents en milieu urbain ou rural.
En tant que membres présents et passés de la Clinique juridique itinérante œuvrant à défendre les droits des personnes en situation d’itinérance (PSI) et à améliorer leur accès à la justice, nous sommes indignés devant l’ampleur sans précédent que cette crise humanitaire a récemment atteinte. L’augmentation drastique du nombre de personnes sans domicile fixe a certes une multitude de causes, mais elle entraîne inévitablement les mêmes conséquences : une détérioration marquée de la santé et de la sécurité de ces personnes, la perpétuation d’une surjudiciarisation et d’un cercle vicieux d’exclusion sociale et, en définitive, une profonde souffrance humaine.
LA NOUVELLE RÉALITÉ DES CAMPEMENTS
L’insuffisance des ressources en hébergement d’urgence et de transition, ainsi que leur inadaptabilité à la diversité des modes de vie et des enjeux propres aux PSI ont mené, au cours des dernières années, à la multiplication des installations de fortune et des campements dans les parcs et terrains vagues des villes du Québec. Cette situation scandaleuse a sans conteste augmenté la visibilité de l’itinérance et a suscité chez certains citoyens de vives réactions quant aux enjeux de cohabitation qu’elle impose. La réponse des autorités devant cette nouvelle réalité a été de mener une pratique répressive de démantèlement de ces campements considérés comme insalubres, dangereux et nuisant à la quiétude publique.
Bien que la Clinique juridique itinérante reconnaît que ces campements sont loin d’être une solution au problème de l’itinérance et qu’ils ne peuvent être viables à long terme, ils représentent néanmoins un certain filet de sécurité qui offre un minimum de dignité aux PSI qui n’ont pas accès à des services d’hébergement d’urgence, transitoire ou permanent.
Non seulement les démantèlements qui sont actuellement menés au Québec ne règlent en rien les problèmes de l’itinérance, mais ils les aggravent systématiquement et portent une grave atteinte à la dignité humaine de nos concitoyens vulnérables. D’abord, nous observons que ces campements ont l’avantage de favoriser un esprit de communauté entre les résidents qui peuvent veiller les uns sur les autres. En détruisant la demeure des PSI vivant en campement, c’est tout un réseau social d’entraide qui est jeté à bas. Ensuite, nous observons que ces démantèlements arrivent rarement à mener à bien une réinsertion sociale. Plutôt, le fait que les ressources en hébergement sont complètement saturées fait en sorte que ces personnes se réinstallent en périphérie. Cet isolement a de graves conséquences, car ils éloignent les PSI des services essentiels qui leur sont offerts, comme les ressources alimentaires, les refuges, les haltes-chaleur et l’aide psychosociale. De plus, comme le constatent les intervenants de rue, cet isolement est propice à ce que les personnes démantelées soient victimes d’actes violents.
UN MORATOIRE SUR LE DÉMANTÈLEMENT DES CAMPEMENTS
La crise de l’itinérance brime les droits fondamentaux des membres de la communauté de rue. Nous croyons qu’elle ne pourra se résorber qu’avec une nouvelle vision collective ancrée dans le respect de la dignité humaine. Devant l’échec des démantèlements et de leurs répercussions sur le bien-être des PSI, le temps est venu que le Québec se dote d’un moratoire sur le démantèlement des campements. En attendant une volonté politique forte de nos décideurs à s’attaquer à cet enjeu national, nous ne pouvons tolérer que des personnes vivant dans des conditions aussi précaires soient constamment chassées de leur milieu de vie. Plus encore, les instances appropriées devraient se doter d'une politique de campement adaptée à leur réalité locale. Ces politiques devraient être élaborées de concert avec les PSI, ainsi que les milieux communautaire et institutionnel afin d’assurer une offre de services essentiels.
Une telle politique devrait s’assurer minimalement que ces campements sont sécuritaires pour les personnes qui y résident et leur fournir, entre autres, un accès à de l’eau potable et à des toilettes, à une collecte des déchets régulière, et à des installations adéquates en période hivernale. Ainsi, il serait possible de faire de ces campements des lieux plus sécuritaires et viables socialement, d’ici à ce que la crise du logement se résorbe et que les ressources en hébergement aient les pleins moyens d’accueillir ces personnes qui autrement sont placées dans une situation d’extrême précarité.
Un tel moratoire augmentera inévitablement la visibilité de l’itinérance et créera assurément une prise de conscience collective sur l’ampleur de cet enjeu humanitaire et de notre échec collectif à loger et protéger les personnes les plus vulnérables de notre société. S’il est vrai que des enjeux de cohabitation se présenteront avec le reste de la population, des solutions seront toujours envisageables.
Devant la gravité de la situation, il va de soi que nous devrions faire preuve d’une tolérance dans ce contexte de crise sans précédent. Comment accepter qu’une société aussi prospère que le Québec puisse tolérer que des personnes vivent dans de telles conditions de vie? Une vraie démocratie doit respecter les droits fondamentaux de ses citoyens marginalisés. Cette crise de l’itinérance n’est pas inéluctable ni fortuite, mais la conséquence d’années de politiques qui n’ont pas su répondre aux besoins changeants des PSI et aux nouveaux défis qu’ils posent. Le respect de leur dignité demande une nouvelle vision politique et, dans l'immédiat, une tolérance envers la présence de ces campements. Vivre en campement n’est pas un choix libre, mais la résultante de notre incapacité en tant que société à assurer les droits fondamentaux au logement, à la vie et à la sécurité des PSI.
Cette réflexion est appuyée par 131 membres présents et passés de la CJI :
1. Léonard Ouellette, étudiant en droit à l’Université McGill
2. Jaylynn Barth, étudiante en droit à l’Université McGill
3. Xavier Barrette, étudiant en droit à l’Université du Québec à Montréal
4. Florence Gauthier, étudiante en droit à l’Université Laval
5. Yanis Zerkhefaoui, étudiant en droit à l’Université Laval
6. Alexandra Cyr, étudiante en droit à l’Université Laval
7. Renaud Lussier, étudiant en droit à l’Université Laval
8. Étienne Bastien Corbeil, étudiant en droit à l’Université du Québec à Montréal
9. Myriam Longchamps, étudiante en droit à l’Université Laval
10. Félix Bouchard, étudiant en droit à l’Université Laval
11. Alicia Fortin, diplômée en droit de l’Université du Québec à Montréal et étudiante à l’École du
Barreau
12. Victor Chamberland-Trudel, étudiant en droit à l’Université McGill
13. Alessia Mottet, étudiante en droit à l’Université McGill
14. Naïma Le Nédic, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
15. Sophie Duval, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
16. Julia Dufour, étudiant en droit à l’Université Laval
17. Riccardo Fania, stagiaire en droit chez Ménard, Daviault, Grey s.e.n.c.r.l.
18. Moïra Pelletier-Argote, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
19. Milane Coppens, étudiante en droit à l’Université McGill
20. Valeria Lau, étudiante à l’École du Barreau du Québec
21. Simon Closset, stagiaire en droit chez Desmarais Desvignes Nguyen Inc.
22. Alexandre Darmame, étudiant en droit à l’Université McGill
23. Émilie Tremblay, étudiante en droit à l’Université Laval
24. Arthur Zimmerman, étudiant en droit à l’Université McGill
25. Anne-Sophie Thauvette, étudiante à l’École du Barreau du Québec
26. Dr Wolf Thyma, juriste de formation et médecin résident en psychiatrie
27. Kiara Ventulieri, étudiante à l’École du Barreau du Québec
28. Colin Waridel-Latulippe, étudiant en droit à l’Université Laval
29. Me Félix Généreux-Marotte, avocat
30. Siobhan O’Connell, étudiante à l’École du Barreau du Québec
31. Guillaume Hébert, étudiant en droit à l’Université Laval
32. Me Aleksandra Seweryn, avocate
33. Marie-Eve Tolley, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
34. Anne St-Amand, étudiante en droit à l’Université Laval
35. Anthony Couture, étudiant à l’École du Barreau de Québec
36. Benjamin Patridge, étudiant en droit à l’Université de Ottawa
37. Viviane Audette-Bastan, étudiante à l’École du Barreau du Québec
38. Olivier Gaudet, étudiant à la maîtrise en droit à l’Université McGill
39. Kyara St-Pierre, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
40. Gelu Balan, étudiant à l’École du Barreau du Québec
41. Sébastien Foccroulle-Bussières, étudiant en droit à l’Université McGill
42. Zackary Kifell, étudiant en droit à l’Université McGill
43. Rose Desrochers, étudiante en droit à l’Université McGill
44. Émile Guillemette, étudiant en droit à l’École du Barreau du Québec
45. Salomé Genest-Brissette, étudiante en droit à l’Université McGill
46. Gabrielle Pinard, étudiante à l’École du Barreau du Québec
47. Me Céleste Ferland-Lavallée, avocate
48. Pierre Hébert, membre du Conseil d’administration de la Clinique juridique itinérante
49. Audrey-Ann Reimnitz, étudiante en droit à l’Université de Montréal
50. Benjamin Murray-Audet, étudiant à l’École du Barreau du Québec
51. Charlotte Massue, diplômée en droit de l’Université McGill
52. Gabrielle Boyer-Cossette, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
53. Me Maxim Malenfant, avocat
54. Pascale Rémy, diplômée en droit de l’Université McGill
55. Gillian Smith, diplômé en droit de l’Université McGill
56. David Chapdelaine, étudiant en droit à l’Université du Québec à Montréal
57. Me Teddy Tabet, diplômé en droit de l’Université du Québec à Montréal, avocat criminaliste au
Bureau d’Aide Juridique de Joliette.
58. Me Camille Moquin, diplômée en droit de l’Université du Québec à Montréal, avocate en droit de l’immigration;
59. Raphaël Tremblay, étudiant à l’École du Barreau
60. Megan Montoni, étudiante en droit à l’Université de Montréal
61. Dr Jean-Philippe Cloutier-Tanguay, avocat et médecin résident en psychiatrie
62. Me Aude Vaugeois, avocate
63. Me Cynthia Fusco, avocate
64. Me Frédéric Comeau, avocat
65. Me Magali Burns, avocate
66. Me Vicky Valiquette, avocate
67. Me Fatoumata Diallo, avocate
68. Me Stéphanie Du Grenier, avocate
69. Me Julia Laflamme, avocate au Bureau d’aide juridique de Montréal
70. Me Félix Arsenault, avocat
71. Me Nadya Goorachurn, avocate
72. Aida Roy van Mierlo, étudiante en droit à l’Université McGill
73. Me Robert Delorme, avocat et chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal
74. Beata Elliott, diplômée en droit de l’Université McGill
75. Sabrina Guilbault, Stagiaire en droit
76. Me Émilie Evans, avocate
77. Me Louis-Alexandre Hébert-Gosselin, avocat
78. Louis-Philippe Nolet, CPA, membre du Conseil d’administration de la Clinique juridique itinérante
79. Molly Hamilton, diplômée en droit de l’Université McGill
80. Myriam Genest, diplômée en droit de l'Université du Québec à Montréal
81. Emin Youssef, étudiant à l’École du Barreau
82. Chandra Joyram, stagiaire en droit
83. Me Marc-Antoine Pedneault, avocat
84. Maggie Liao, étudiante en droit à l’Université de Montréal
85. Me Félix-Antoine Pelletier, avocat chez IMK s.e.n.c.r.l.
86. Me Marie-Hélène Darveau, avocate
87. Yixin Cao, artiste et organisatrice communautaire
88. Serena Dugelay, diplômée en droit de l’Université McGill
89. Sophia Charlebois, étudiant en droit à l’Université Laval
90. Me Julie Harinen, avocate
91. Me Émile Aquin, avocat
92. Shi Tao Zhang, diplômée en droit de l’université McGill et étudiante à l’École du Barreau
93. Me Marilyn Tétrault-Beaudoin, avocate
94. Me Charles-Antoine Chagnon, avocat chez Desmarais Desvignes Nguyen Inc.
95. Me Benjamin Herrera, avocat
96. Flora Charpentier, étudiante à l’École du Barreau
97. Me Bernadette Perron, avocate
98. Me Camille Fournelle, avocate
99. Me Vicky Houle, avocate
100. Marika Lalime, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
101. Louis Sauvé, étudiant en droit à l’Université de Montréal
102. Micaela Lewis, étudiante en droit à l’Université McGill
103. Lucas Mariani, étudiant en droit à l’Université d’Ottawa
104. Victor Vauclair, diplômé en droit de l’Université McGill
105. Me Valérie Kelly, avocate et doctorante en droit à l’Université Laval
106. Me Wassim Hamdy, avocat
107. Me Catherine Ouellette, avocate
108. Jérémie St-Pierre, étudiant en droit à l’Université Laval
109. David Friedland, étudiant en droit à l’Université McGill
110. Me Pénélope Élisabeth Ménard, avocate
111. Daniela Martinez Novoa, étudiante en droit à l’Université McGill
112. Mathilde Chouinard, étudiante en droit à l’École du Barreau
113. Clara Habib, étudiante à la Maîtrise en fiscalité à l’Université de Sherbrooke
114. Eloïse Gosselin, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
115. Karma Beshara, étudiante en droit à l’Université de Montréal
116. Me Alioune Seck, avocat
117. Me Lisa Say, avocate
118. Me Bianca Rivard-Di Tomaso, avocate
119. César Mailhot, étudiant en droit à l’Université de Montréal
120. Simon Besner, étudiant à l’École du Barreau
121. Léo de Lorimier, étudiant clinicien et artiste
122. Simone Lemieux-Bourque, étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
123. Natalie DeMarbre, membre du Conseil d’administration de la Clinique juridique itinérante
124. Alexandre Bernier, étudiant à l’École du Barreau du Québec
125. Me Dardia Garcelle Joseph, avocate
126. Ayat Chalhoub, étudiante en maîtrise notariale à l’Université de Montréal
127. Me Yasser Rzaini, avocat
128. Orphée Dubé-Gervais étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal
129. Jeanne Perreault, diplômé en droit de l'Université du Québec à Montréal
130. Félix Lévesque, étudiant en droit à l’Université McGill
131. Me Donald Tremblay, fondateur et directeur général de la Clinique juridique itinérante