04/06/2026
Aujourd'hui, 6 avril 2026 :
À chaque 6 avril, on célèbre la place du peuple écossais dans le monde. La présence écossaise n'a pas été aussi imposante que celle irlandaise dans Bellechasse, mais néanmoins les Écossais ont surtout été associés à l’industrie forestière, le commerce du bois vers Québec et la gestion de chantiers en hiver. Dans plusieurs cas, ils ne restent pas définitivement, mais laissent des descendants, des toponymes mineurs et des traces dans les registres paroissiaux.
La présence écossaise ne se fait plus vraiment sentir, cependant le motif carreauté du tartan est toujours bien présent!
Nous laissons pour votre plaisir un article de notre magazine AU FIL DES ANS (vol. 37, no 1, 2025) sur l'histoire du tartan et du carreauté, conférence donnée à La Fête Carreautée 2025!
Les tartans et les carreautés ! par Philippe Arseneau.
L’histoire du tartan est imbriquée dans l’histoire de l’Écosse. C’est au 18e siècle que cette pièce de vêtement prend toute son importance. La fameuse chemise à carreaux rouge et noir quant à elle a été popularisée au milieu du 19e siècle. Dans le cadre de l’activité La fête carreautée, qui se tiendra le samedi 19 avril à Saint-Damien-de-Buckland, je présenterai une conférence relatant l’histoire du tartan, le carreauté et du Mackinaw.
En Écosse au début du 18e siècle, on commença à marquer l’appartenance à un clan/famille en portant un motif unique (soit par la couleur ou le choix des lignes verticales ou horizontales); ces tartans étaient utilisés pour différencier les habitants de districts/régions différents et les clans familiaux.
Le carreauté, selon l’Office québécois de la langue française, est un motif formé de carreaux. L’utilisation du mot a été longtemps critiquée parce que l’on devrait dire, à carreaux, mais l’adjectif carreauté est devenu trop populaire pour qu’on le change. Son histoire est intimement liée à l’histoire du tartan écossais et de sa migration en Amérique entre le 18e et le 19e siècle. En effet, le tartan est un tissu en laine à carreaux de couleurs. Le motif est composé de lignes horizontales et verticales entrecroisées, ses lignes pouvant être de plusieurs couleurs. Les couleurs utilisées dans un tartan classique sont les mêmes couleurs de base que les armoiries : blanc et noir, rouge et vert, jaune et bleu, etc. Les blocs de couleurs se répètent à la verticale comme à l’horizontale pour former un motif de carrés et de lignes que l’on appelle, par métaphore, le sett (terme dont le sens premier est « pavé »). À l’origine, le tartan désignait la manière dont le fil était tissé, créant ainsi l’étoffe. Aujourd’hui, il désigne plutôt le tissu écossais à proprement parler.
Le fameux kilt, historiquement connu sous le nom gaélique de feileadh-mòr (prononcer filamore) avec son motif du clan d’appartenance, était porté fièrement par les Écossais qui, à l’époque, étaient en rébellion armée contre l’autorité anglaise. Le tartan devenait littéralement le symbole de la culture écossaise et même de l’opposition contre l’Angleterre. Après la bataille de Culloden le 27 avril 1746 entre les Écossais et les Anglais, le port du tartan fut interdit entre 1747 et 1782. Il était un symbole clanique, familial, identitaire et protestataire.
La veste Mackinaw à carreaux rouge et noir
C’est à peu près à cette époque que le tartan traditionnel, en mi grant vers l’Amérique, va peu à peu se transformer. Plusieurs histoires se chevauchent concer nant la transformation du tartan en chemises à carreaux et la fameuse veste Mackinaw des travailleurs, comme les bûche rons, bravant le grand froid canadien.
En effet, la rigueur du climat et de la géographie amena de nouveaux besoins pour la population américaine. La région de Mackinac ou Mackinaw, dans l’actuel état américain du Michigan, d’abord un relais pour les explorateurs, voyageurs et mission naires français, est vite devenue un pôle commercial et stratégique impor tant durant les 18e et 19e siècles. Les forces américaines et britanniques ont livré bataille dans la région pendant la guerre de 1812.
La fameuse chemise à carreaux rouge et noir, Mackinaw, apparut, quant à elle, au milieu du 19e siècle. John Rich, fils d’un cardeur de laine anglais, fonda en Pennsylvanie une usine de laine du nom de Woolrich Woolen Mills. Les vêtements de laine étaient spécialement conçus pour les hivers américains; les bûcherons et agriculteurs en étaient ravis. Le motif buffalo plaid/check avait des hachures noires sur fond rouge. John Rich, qui possédait un troupeau de bisons, a copié un motif connu sous le nom de « Rob Roy » en Écosse, nommé d’après le héros populaire Rob Roy MacGregor. Le « n° 5310-402 de la collection de tissus de poids moyen Woolrich » a été associé aux bûcherons, car ces derniers se trouvaient à proximité dans les bois de Pennsylvanie et en étaient les principaux clients.
Dès la seconde moitié du 20e siècle, la chemise carreautée prit une dimension plus large, s’imposant comme un symbole de la culture populaire dans divers mouvements.
Ainsi, dans les années 1950-1960, la chemise à carreaux est popularisée par des figures emblématiques comme James Dean dans La Fureur de vivre, où il la porte de manière décontractée. Elle est alors associée à l’esprit rebelle des jeunes générations. Le mouvement punk de la fin des années 1970 s’approprie aussi le carreauté comme symbole de rébellion contre l’autorité.
Dans les années 1990, la chemise carreautée entre dans une autre ère avec l’essor du grunge, notamment grâce à des groupes comme Nirvana, dont le leader Kurt Cobain adopte le look à carreaux comme une expression de la contre-culture.
https://shbellechasse.com/aufildesans/37-1.pdf