10/12/2026
L'étude du rôle des lacs dans la résilience climatique offre des révélations importantes... Leurs services écosystémiques naturels doivent être analysés et comptabilisés en prenant en compte la sédimentation active des résidus végétaux.
Des progrès scientifiques récents mettent en évidence le potentiel de restauration des zones littorales lacustres en tant que solution fondée sur la nature. On constate un rôle important des lacs naturels non seulement pour l'amélioration de la qualité de l'eau et la conservation de la biodiversité, mais aussi pour le stockage du carbone, afin d'atténuer les changements climatiques. L'étude de la limnologie permet de comprendre les comportements distincts des lacs naturels et artificiels quant aux émissions de carbone. Des chercheurs étudiant leur rôle protecteur ou émetteur sur les gas à effets de serre ont conclu que les lacs naturels jouent un rôle important dans la capture et le stockage du carbone, qu'ils accumulent dans leurs sédiments.
En 2022, on considérait l'ensemble des lacs comme des émetteurs de GES. Les recherches progressent: "En collaboration avec des collègues suédois, une biologiste de l'Université de Montréal démontre que les plantes aquatiques présentes, dans l'eau et autour des lacs, contribuent à absorber le carbone. On sait dorénavant qu'il faut prendre en considération le rôle important de séquestration du carbone joué par les végétaux des zones littorales de nos lacs. Cela renverse le bilan!". Le constat est important et implique de réaliser des calculs plus complets, incluant un plus grand nombre d'indicateurs, pour comprendre les changements climatiques, les émissions de GES et les bilans carbone.
La vision antérieure considérait les bilans négativement, puisque que les lacs constituent aussi d’importantes sources de GES pour l’atmosphère: en tant que récepteurs ultimes de toute la matière organique lessivée des terres, devenant ainsi une sorte d' « infusion » qui émet principalement du gaz carbonique (CO2) et du méthane (CH4). Mais ce processus naturel qui existe depuis toujours. Il ne constitue pas un problème en lui-même, comme le montrent les études récentes...
Croissance littorale rapide et bilans renversés!
"Les zones «littorales» des lacs sont souvent bordées de plantes aquatiques qui comptent parmi les végétaux à la croissance la plus rapide au monde. Ces plantes sont bénéfiques pour l'environnement: elles absorbent une grande quantité de carbone de l'atmosphère et le stockent dans leurs tissus. Malheureusement, les lacs sont généralement considérés comme des émetteurs de carbone, car la fonction des plantes dans la zone littorale n'est actuellement pas prise en compte lorsque les scientifiques estiment le rôle des lacs dans le cycle global du carbone. L'étude récente menée par des chercheurs suédois et corédigée par Roxane Maranger, biologiste à l'Université de Montréal, montre que les plantes littorales contribuent à stocker de grandes quantités de carbone sous forme de sédiments dans les lacs. Plutôt que d'émettre principalement des gaz à effet de serre, les lacs sont des puits de carbone nets.
Source: Le «littoral» des lacs: un élément clé du cycle global du carbone
Par Jeff Heinrich 21 oct. 2025
https://nouvelles.umontreal.ca/article/2025/10/21/le-littoral-des-lacs-un-element-cle-du-cycle-global-du-carbone
La zone littorale totale des lacs est quatre fois plus longue que le littoral des océans à travers le monde!
La première étude à quantifier l’action des zones littorales dans le bilan carbone global des lacs a été publiée en août dans Nature Geoscience: «Notre découverte permet de quantifier le rôle des plantes aquatiques des zones littorales des lacs dans le cycle global du carbone" déclare l'auteure principale, Charlotte Grasset, chercheuse à l'Université d'Uppsala. Elle ajoute que les mesures du carbone sont généralement effectuées au milieu des lacs, loin des rives, ce qui induit en erreur. Bien que la zone littorale totale des lacs, à travers le monde, soit quatre fois plus longue que le littoral des océans, le rôle des rives lacustres végétalisées n'a pas été pris en compte dans les bilans carbone globaux.
Ces avancées démontrent clairement l'importance des plantes aquatiques dans le bilan carbone net des lacs: «Lorsque le taux de croissance et l'étendue de ces plantes sont pris en compte dans les calculs, les lacs deviennent des puits de carbone nets plutôt qu'une source atmosphérique de carbone, c'est-à-dire que le carbone stocké chaque année dans les sédiments lacustres est supérieur au carbone rejeté dans l'atmosphère», explique Roxane Maranger, qui a collaboré à la recherche en tant que professeure invitée à l'Université d’Uppsala depuis 2023 et qui, à l'UdeM, est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en science et viabilité des écosystèmes aquatiques.
Des fluctuations importantes reliées aux réaménagements et aux activités humaines
L’équipe d’Yves Prairie, professeur et chercheur au Département des sciences biologiques de l’UQAM développe des outils pour mieux comprendre comment les émissions de GES lacustres sont influencées par les changements climatiques et quel en sera l’impact sur le bilan total des GES pour le Québec, le Canada et toute autre région du monde.
Yves Prairie et ses collègues souhaitent modéliser les processus qui contrôlent les GES lacustres, afin de mieux évaluer le rôle des lacs et de pouvoir alimenter les modèles climatiques globaux. De concert avec des collaborateurs suédois, ils ont développé à partir de leurs données de nouveaux modèles de GES qu’ils font tourner sur les quelque cinq millions de lacs du monde entier, pour estimer la production actuelle de GES de ces étendues d’eau et les fluctuations selon les projections climatiques. Actuellement, ils arrivent à bien expliquer les variations de CO2. Pour ce qui est du méthane, ils soupçonnent que les températures plus chaudes favoriseront davantage les bactéries productrices de méthane que les bactéries consommatrices de ce gaz, mais cela reste à confirmer.
https://www.scientifique-en-chef.gouv.qc.ca/impact-recherche/quel-role-jouent-les-lacs-dans-les-emissions-de-ges/
Les lacs réservoirs ou lacs artificiels contribuent aux GES et le limnologiste Yves Prairie, professeur à la Faculté des sciences de l'UQAM, qui étudie ces phénomènes, crée des outils pour en prévoir les effets:
https://youtu.be/Nn65jdiq5Aw?si=FgE6cIC5jLXCfklN
Des chercheurs de l'Universite de Montreal s'intéressent au cas inverse des lacs boréaux, qui normalement améliorent les bilans par leur séquestration du carbone. Ils ont mesuré l'évolution récente de ce phénomène et ont noté une tendances imprévue de leur rôle de réservoir.: «On s’attendait à une augmentation, mais pas nécessairement à une augmentation de la variabilité», remarque-t-on. «Ça signifie que les lacs sont de plus en plus sensibles aux perturbations».
Certains lacs boréaux naturels ont connu des diminutions sporadiques de leur taux d’accumulation de carbone. De plus, les bilans de séquestration fluctueraient plus que par le passé...
Source:
https://nouvelles.umontreal.ca/article/2026/08/18/bouleversement-des-reservoirs-de-carbone-boreaux
Des services écosystémiques altérés
Alors que les écosystèmes des lacs boréaux accumulent de façon naturelle du carbone en fonction de plusieurs facteurs: climat, nutriments reçus, quantité de carbone venant du bassin versant, Une étude de Jean-François Lapierre, professeur au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal, avec plusieurs autres collègues, tend à prouver que cette fonction a largement dépassé sa gamme naturelle de variation depuis l’industrialisation. Cette variation est attribuable à une "panoplie de raisons reliées à l’activité humaine», selon le chercheur.
"Malgré des perturbations climatiques importantes durant l’holocène, les variations des taux d’accumulation les plus marquées ont eu lieu dans les derniers siècles. «L’arrivée des premiers colons semble déjà avoir perturbé les taux d’accumulation, mais c’est à partir de 1850, au début de l’industrialisation, que les variations s’intensifient», estime Jean-François Lapierre. "