08/28/2026
Le phénomène de transformation rapide qui s'impose à notre milieu urbain campagnard a de tristes précédents ailleurs. Il pourrait laisser des dégâts patrimoniaux et environnementaux irréversibles et imprimer des cicatrices dans nos paysages.
Heureusement, ici, le nombre des étages construits reste limité, mais tirons vite nos leçons d'exemple connus comme celui de Sainte-Adèle*. La désirabilité d'une densification massive appliquée uniformément à toutes les municipalités s'avère hautement questionnable. En effet, quels réels bienfaits seront obtenus en transformant de petites villes ou villages de campagne sur le modèle des banlieues impersonnelles des grandes villes?
Ce qu'est la politique de densification ?
Il s’agit de construire les nouvelles habitations dans un périmètre urbain existant. Le but déclaré des politiques de densification gouvernementales est d’éviter l’étalement urbain, qui nécessite l’aménagement de nouvelles routes, de nouveaux réseaux d’aqueducs et d’égouts, et le sacrifice de précieuses terres agricoles...
Ailleurs, la mutation portpandémique a fait ses ravages. L'exemple de Sainte-Adèle en est éloquent. Sans vision urbanistique apparente, la prolifération des projets y a profondément bouleversé la vie locale. La nouvelle administration tente de ralentir ces perturbations et de freiner la destruction du tissu urbain traditionnel. Mais la densification déjà subie et l'augmentation des pressions sur le milieu, sur le paysage et sur les infrastructures de circulation continuent de faire fuir la population qui s'y était établie par amour du milieu humain, de la nature et du calme.
Le point de vue local rodriguais
Ici, on parle d'une densification rapide du village et d'espaces majeurs des alentours, tout cela dans le tout petit bassin versant du lac Pierre, avec d'immenses surfaces aditionnelles qui seront livrées à de nouvelles constructions de maisons unifamiliales et de multiplex par un nombre limité de promoteurs.
Alors qu'une occupation stable de l'espace par des propriétaires résidents et par des villégiateurs majoritairement propriétaires a donné jusqu'à aujourd'hui un caractère accueillant et paisible à notre village, et alors que des liens de famille et de voisinage amical dominent l'occupation des alentours des lacs, la densification massive serait une transformation majeure, humainement parlant. En plus, puisque ce sont en tout premier lieu les limites environnementales qui sautent aux yeux, cette mutation résulterait en un véritable non-sens pour la Municipalité de Saint-Alphonse-Rodriguez. Il s'agit d'une question de "respect de l'ADN local" (expression de Nadine Brière, mairesse de Sainte-Adèle), si l'on demande de revoir les démarches de densification mises de l'avant.
Ni les habitants d'ici, ni nos petites rues étroites et ni l'écosystème du lac Pierre ne sont prêts à absorber autant de pressions. Les besoins citoyens, qui se sont exprimés depuis longtemps, avec confiance dans leurs représentants, ne sont pas compatibles avec un virage impersonnel et densément peuplé... On a souvent entendu cette demande des habitants et villégiateurs: "ne faites pas de la Municipalité de Saint-Alphonse-Rodriguez un petit "Saint-Sauveur"". En termes figurés, on peut y entendre deux demandes implicites: 1) ne vendez pas notre âme et notre qualité de vie au commerce et aux promoteurs, et 2) respectez nos besoins de base en nous évitant un développement impersonnel et des coûts inabordables.
À la lumière des cas vécus ailleurs, nous savons que nos infrastructures ne sont pas conçues pour tout le traffic qui en sera généré. De plus, quand on surchargera la demande en eau et les conduits d'égoûts, si l'on en croit beaucoup d'autres exemples proches de nous, ça demandera plus que ce que le milieu peut offrir et ce que le contexte de gérance est capable de mener à bien.... Nous vous invitons à consulter plusieurs articles sur les désagréments subis dans la municipalité laurentienne de Sainte-Adèle dans les journaux en ligne, pour mieux comprendre et anticiper les dynamiques à l'oeuvre...
D'un point de vue environnemental, ajouter plus de pailles dans un même verre d'eau, ça ne donne pas plus d'eau à l'ensemble... Or, la recharge en eaux souterraines dépend à long terme de l'infiltration lente des eaux de surface. Artificialiser et imperméabiliser les surfaces, c'est courir à la perte de la santé du lac Pierre et à la raréfaction des ressources en eau. Il y a de quoi inquiéter tous ceux qui s'approvisionnent à des puits... Accélérer les vitesses des ruissellements en construisant pratiquement partout dans notre petit bassin versant du lac Pierre, c'est mettre à grand risque des ressources environnementales précieuses et c'est accepter de détériorer les ressources patrimoniales au centre de notre identité et de notre qualité de vie.
Même si l'on nous affirme ne pas craindre que notre système d'égouts relativement récent ne fournisse plus à évacuer ses boues hors du bassin versant du lac Pierre, avec les très nombreux nouveaux raccordements prévus, il est évident que le milieu construit ne sera plus en équilibre avec les zones de filtration et d'absorption de l'eau de surface, qui absorbent aussi les minéraux et des polluants. Un grand stress sur le milieu environnant du lac sera inévitablement apporté par autant de nouveaux espaces densément construits et habités, avec tous les changements que ca implique dans la nature des surfaces se drainant vers le lac et l'augmentation des rejets de surface ainsi transportés
À moins d'opérer des restrictions prudentes, la densification massive peut avoir ici un effet destructeur. Quelles mesures ont été prises pour que cette transformation locale prévoie les adaptations conceptuelles, pratiques et esthétiques qui s'imposent? Pour qu'elle s'accorde à nos valeurs? Et pour qu'elle s'adapte à nos contraintes physiques et environnementales,? Comment fera-t-on pour ne pas sacrifier notre patrimoine et notre identité villageoise?
*À Sainte-Adèle, on a tenté de reculer avec un moratoire sur la construction de multiplex et des consultations sur l’urbanisme. On a essayé de remédier à une transformation indésirable et tenté de mieux encadrer le développement immobilier pour sauver l’âme de la ville, ou, pour être plus précis "ce qu’il en restera après la construction des centaines de logements autorisés depuis quatre ans". Nadine Brière, mairesse de Sainte-Adèle, remet en question les orientations gouvernementales pour l'aménagement du territoire (OGAT) qui imposent aux villes de densifier leur cadre bâti. Bien qu'elle reconnaisse que le principe de la concentration des zones urbanisées peut avoir du sens dans certains contextes, pour éviter l'étalement urbain, elle déplore que toutes les municipalités soient soumises à des règles similaires, peu importe leur taille. Il y a des limites de gestion, de capacité des infrastructures, et une croissance aussi rapide pose des défis insurmontables.