09/05/2026
Voici un article de Guillaume Roy paru dans le journal Le Quotidien le 4 septembre 2026.
COMBIEN VALENT LES TERRRES PROTÉGÉES EN MILIEU PRIVÉ?
Des organisations clés de la conservation en terres privées se sont réunies en septembre 2026 afin de planifier les prochaines étapes de la protection des milieux naturels au Québec. Parmi elles figuraient Conservation de la nature Canada, Canards Illimités Canada, Nature-Action Québec, Corridor appalachien, Connexion Nature, la Fondation pour la biodiversité et la faune du Québec ainsi que le Regroupement des organismes de conservation du Québec. Ensemble, elles contribuent à des retombées économiques partout au Québec. (Mélanie Jean)
La conservation des milieux naturels en terres privées génère des services écosytémiques évalués à 678,3 millions de dollars selon une nouvelle étude. Chaque dollars investis dans l’achat des terres génère 70 dollars en services, ce qui en fait un investissement économique rentable pour le Québec et ses régions.
Les quelque 85 285 hectares protégés par les organismes de conservation membres du Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ) fournissent chaque année des services écosystémiques évalués à 678,3 millions de dollars.
Cette estimation, dévoilée jeudi, provient du rapport Conserver la nature, cultiver la prospérité: les retombées économiques et sociales de la conservation en terres privées au Québec, réalisé par la firme Delorme Lajoie Consultation. L’étude a été commandée par Nature-Action Québec pour un collectif d’organismes de conservation.
Les services écosystémiques comprennent notamment la régulation des inondations, la filtration de l’eau, l’amélioration de la qualité de l’air, la stockage et séquestration du carbone ainsi que la protection des habitats fauniques. Selon les auteurs, la valeur actuelle de ces services atteindrait 22,6 milliards de dollars.
D’une superficie de 120 hectares, le Petit Marais de Saint-Gédéon est le plus grand site de conservation volontaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le site offre aux visiteurs une biodiversité remarquable au cœur de la municipalité. (Municipalité de Saint-Gédéon)
La superficie étudiée comprend environ 57 500 hectares de milieux forestiers et 27 800 hectares de milieux humides. La valeur annuelle médiane des services rendus par les forêts est estimée à 398,8 millions de dollars, contre 279,4 millions pour les milieux humides.
En moyenne, chaque hectare protégé fournirait ainsi près de 7953 dollars en services à la collectivité chaque année. Cela représente presque 2 millions de dollars par jour, selon les calculs présentés dans le rapport. «Les milieux protégés en terres privées produisent des bénéfices économiques et sociaux significatifs chaque jour», remarque Camille Lajoie, directrice générale de Delorme Lajoie Consultation et chargée de cours au département d’économique de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke.
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on retrouve sept sites qui couvrent 107,54 hectares de terres privées protégées. La plus grande superficie se trouve dans le Petit-Marais de Saint-Gédéon, qui couvre près de 92 hectares. Cinq autres sites se trouvent à Saguenay et le dernier à Saint-David-de-Falardeau. Il est possible de localiser les 1864 sites protégés en milieu privé en consultant le Répertoire des sites de conservation volontaire du Québec.
UNE ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE
«Investir dans la conservation, ce n’est pas une dépense», soutient Maryline Charbonneau, de Nature-Action Québec, qui souhaite que cette contribution soit mieux prise en compte dans les décisions publiques.
L’étude s’est également intéressée aux activités des organismes de conservation eux-mêmes. Leurs dépenses et leurs opérations soutiennent 640 emplois au Québec et génèrent plus de 48 millions de dollars en valeur ajoutée dans l’économie québécoise.
«La conservation, ce n’est pas seulement un geste environnemental, car ça génère aussi des retombées économiques et sociales», souligne François Delorme, professeur associé au Département de sciences économiques à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke et est PDG de Delorme Lajoie Consultation.
Les dépenses des organismes profitent largement aux économies locales, notamment par l’achat de services professionnels, les travaux d’aménagement, l’entretien des sites, la gestion des habitats et l’accueil des visiteurs. Ainsi, pour chaque dollar de valeur ajoutée créé directement par les organismes de conservation, 0,92 dollar supplémentaire serait généré chez leurs fournisseurs et dans le reste de l’économie. Le rapport établit donc à 1,92 le ratio de retombées économiques totales.
DES RETOMBÉES RÉGIONALES
Les terres privées protégées sont principalement concentrées dans le sud du Québec, où se trouvent aussi environ 90 % de la population et une importante proportion des espèces menacées ou vulnérables.
Pour Brice Caillié, directeur général du ROCQ, les organismes de conservation peuvent contribuer à la vitalité des régions en créant des pôles d’attraction, en offrant un accès gratuit à la nature et en soutenant le tourisme.
Il cite notamment l’exemple du marais de la Rivière-aux-Cerises, en Estrie, qui accueille environ 200 000 visiteurs par année. En attirant les touristes, le site profite aussi aux commerces, aux restaurants et aux entreprises de services des environs.
Les retombées ne sont toutefois pas limitées au tourisme. Les milieux naturels agissent aussi comme des infrastructures naturelles. En absorbant l’eau, en stabilisant les sols et en atténuant certains effets des épisodes de chaleur, ils peuvent contribuer à réduire les risques et les coûts liés aux événements climatiques.
Des estimations prudentes
Les chercheurs précisent que les montants annoncés sont des estimations planchers. Plusieurs bénéfices n’ont pas pu être monétisés en raison de l’absence de données ou d’études suffisamment robustes.
C’est notamment le cas de la prévention des dommages associés aux feux de forêt, aux vents violents, aux crues soudaines, aux canicules et à d’autres événements météorologiques extrêmes. La valeur de la pollinisation, ainsi que les effets sur la santé, la culture, l’identité et la qualité de vie, n’a pas non plus été entièrement calculée.
Le rapport conclut que les investissements dans la conservation devraient être considérés comme des investissements productifs dans le capital naturel. Il recommande également d’intégrer davantage la valeur des services écosystémiques aux décisions concernant les projets publics, tout en reconnaissant que certains milieux naturels demeurent irremplaçables.
«Aucune infrastructure construite par l’humain ne peut fournir les mêmes services, avec la même efficacité, que le capital naturel», souligne Camille Lajoie.