08/19/2026
Cultiver la santé mentale des jeunes au quotidien
Texte dans Le Devoir, publié le 18 aout 2026.
Par Emmanuelle Jasmin et Mélissa Généreux
Les autrices sont respectivement professeure en ergothérapie et professeure en santé communautaire à l’Université de Sherbrooke.
Les récentes données dévoilées par Tel-jeunes dressent un constat préoccupant : la santé mentale des jeunes semble continuer de se détériorer. Face à cette réalité, il devient urgent de renforcer les services cliniques et psychologiques, mais aussi d’investir davantage dans le quotidien des jeunes.
Bien que ces services demeurent essentiels, plusieurs jeunes en difficulté n’y accèdent pas ou n’osent pas y recourir. Les barrières à l’accès sont nombreuses : peur du jugement, réticence à demander de l’aide, pénurie de personnel qualifié, etc. Devant ces constats, il importe de repenser nos stratégies et d’agir davantage en amont, là où les jeunes vivent, se développent, s’amusent, socialisent et apprennent.
Les milieux scolaires assument déjà un rôle clé, notamment par le développement des compétences psychosociales et l’apprentissage de saines habitudes de vie. Toutefois, ils ne peuvent porter seuls cette responsabilité. Les familles constituent un pilier central dans le soutien au développement et à l’épanouissement des jeunes.
Les municipalités et les organismes communautaires contribuent aussi à leur bien-être en offrant des activités de loisir, des espaces naturels, des lieux publics favorisant les rencontres, etc. Enfin, le réseau de la santé et des services sociaux peut agir en prévention et dans la promotion d’approches complémentaires, comme la participation à des activités sociales, culturelles ou en nature.
Si ces actions sont indispensables, elles demeurent insuffisantes. Indissociable du contexte, la santé mentale ne dépend pas uniquement d’habiletés ou de comportements individuels. Elle est influencée par les conditions de vie, la qualité des relations et les possibilités de participation. Ce bien-être repose également sur la satisfaction de besoins fondamentaux, notamment le sommeil, la sécurité, la confiance en soi, l’autonomie et le sentiment d’appartenance.
Si, comme le souligne Tel-jeunes, plusieurs jeunes ne vont pas bien, nous devons regarder au-delà des symptômes et nous interroger sur les contextes qui soutiennent, ou au contraire fragilisent, leur bien-être. Favoriser la santé mentale des jeunes implique de créer, dans leurs milieux de vie, des occasions de plaisir, d’engagement et de sens. Cela passe par des activités plaisantes, des projets mobilisateurs, des relations soutenantes et des expériences enrichissantes.
Responsabilité collective
Comme le dit bien l’adage, « il faut tout un village pour élever un enfant ». Ainsi, les familles, les écoles, les municipalités, les organismes communautaires et le réseau de la santé et des services sociaux partagent la responsabilité de favoriser le développement et l’épanouissement des jeunes. En proposant des ressources, des environnements, des routines, des activités et des interactions qui répondent à leurs besoins fondamentaux, chaque milieu contribue à soutenir leur santé globale.
Cette contribution est particulièrement importante à l’adolescence, une période marquée par une plus grande vulnérabilité. Plusieurs jeunes augmentent alors leur temps d’écran, diminuent leur niveau d’activité physique, réduisent leurs interactions sociales et ressentent davantage d’ennui. Dans ce contexte, il devient pertinent de multiplier, dans leur quotidien, les occasions de bouger, de socialiser et d’être en contact avec la nature, tout en reconnaissant le potentiel de l’ennui et de la solitude comme espaces d’exploration, de créativité et de ressourcement.
La qualité du climat social, à l’école comme ailleurs, a également un effet décisif sur la vie des jeunes. Lorsque le respect, la coopération, l’amitié, l’empathie et le sentiment d’appartenance sont au rendez-vous, le bien-être s’en trouve renforcé. À l’inverse, l’intimidation — et toute autre forme de domination ou d’exclusion — fragilise la santé mentale en alimentant l’anxiété, la détresse et l’isolement. Les compétences psychosociales — et prosociales — se doivent donc d’être développées et mises en pratique non seulement par les jeunes, mais également par leur entourage.
Enfin, permettre aux jeunes de participer aux décisions qui les concernent et de trouver leurs propres solutions aux défis rencontrés contribue à renforcer leur confiance et leur autonomie. La capacité à résoudre les problèmes constitue d’ailleurs un important facteur de protection en santé mentale, en plus d’être associée à une moindre anxiété, d’où l’importance de l’encourager, sans distinction.
Favoriser l’épanouissement
Pour prévenir l’émergence de problèmes de santé mentale et en réduire les conséquences, assurons-nous d’abord d’offrir aux jeunes des expériences et des contextes de vie à la fois apaisants et stimulants, adaptés à leurs rythmes et à leurs capacités, ainsi que favorables à leur participation active. La santé mentale se construit grâce à des gestes réguliers qui soutiennent le développement harmonieux de la personne dans toutes ses dimensions, y compris sur les plans physique et social.
Rappelons-nous également qu’il est normal de se développer et de fonctionner différemment. Cette diversité constitue une richesse. Les écarts par rapport aux normes ou aux idéaux gagnent à être interprétés avec nuance, ouverture et bienveillance, plutôt qu’à être jugés ou stigmatisés.
De même, certaines périodes de stress, d’anxiété ou de désarroi font partie de l’expérience humaine et peuvent souvent être traversées grâce au soutien des proches, à la qualité du milieu de vie et au passage du temps. Cela ne diminue en rien l’importance de rendre accessibles des services professionnels de qualité lorsque les difficultés persistent, s’aggravent ou dépassent les capacités de la personne.
Et si l’alerte lancée par Tel-jeunes permettait enfin de reconnaître la jeunesse comme une véritable priorité collective ? Cela suppose une compréhension commune des réalités contemporaines que vivent les jeunes ainsi qu’une prise de conscience de nos responsabilités partagées à leur égard.
À l’approche des élections québécoises, pensons à long terme et exigeons des actions concrètes, cohérentes et durables dans l’intérêt des jeunes. Tout en consolidant les ressources et les services, misons davantage sur la prévention et sur des milieux de vie capables de cultiver la santé globale au quotidien.