11/26/2025
Ma Semaine Sainte au centre pénitentiaire de Port-Cartier (par S. Lorraine Caza)
Il y a maintenant plus de trente ans, j’ai eu le privilège de m’adresser à la grande assemblée nationale des aumôniers des centres de détention de notre pays. J’avais abordé avec eux les thèmes du pardon et de l’espérance. À la suite de mon intervention, l’aumônier catholique du pénitencier de Port-Cartier, un clerc de Saint-Viateur, m’avait demandé si j’accepterais de partager avec les prisonniers de ces différents établissements ce que j’avais exprimé aux aumôniers. Certainement, avais-je répondu avec enthousiasme.
Plusieurs mois s’écoulèrent, puis, un jour arriva l’invitation à animer le triduum pascal à Port-Cartier. J’ai reçu cet appel comme un grand geste de confiance me venant de Dieu lui- même. J’étais ravie. Au cours de cette Semaine Sainte, j’ai résidé chez les Sœurs du Bon-Pasteur d’Angers, qui accueillaient les parents et autres visiteurs des prisonniers. C’est à compter du Jeudi Saint que je faisais mon animation. Les rencontres se déroulaient de 18h à 22h.
Depuis l’entrée de l’édifice à la salle où je m’adressais aux participants, que de portes à franchir, et chaque fois au son des impressionnants trousseaux de clés des gardiens. Je garde le souvenir d’avoir été accueillie avec bienveillance et une attention particulière. Parmi les très nombreux souvenirs que je conserve de ces jours, je me permets d’en nommer trois:
Une rencontre avec Normand, un des deux coupables d’avoir tué et jeté deux jeunes dans le Saint- Laurent à partir du Pont Jacques-Cartier. Les parents d’une des jeunes filles avaient voyagé de Longueuil à Port-Cartier pour venir apporter leur pardon aux coupables. Normand avait accepté de les rencontrer, quelques semaines avant la semaine sainte dont je parle. Rencontre indicible! Les parents sont tous deux entrés chez Dieu depuis, mais quel témoignage ils ont donné.
Parmi les prisonniers auxquels je me suis adressée, un policier de Québec qui, dans un moment d’immense panique, avait tué deux confrères qui l’avaient surpris, commettant un délit. De toute évidence, c’était un homme d’éducation solide. Il était présent, les jeudi et vendredi saints, mais au terme de la seconde journée, il s’est approché, m’a saluée, remerciée et m’a informée qu’il ne serait pas présent le samedi, car il avait le privilège de la roulotte : son épouse et ses deux enfants seraient avec lui. Mais, avait-il ajouté: je vous invite à vous joindre à la famille pour le café du midi de Pâques. Comment oublier pareille rencontre!
Comme la session touchait à sa fin le samedi soir, les participants ont exprimé le désir de prendre une photo de groupe avec moi. J’étais tout à fait d’accord, mais les gardiens dirent que l’appareil ne fonctionnait pas. J’ai alors suggéré à ceux qui le voudraient de m’apporter une photo, en inscrivant leur nom à l’arrière. Je ne saurais vous dire mon émotion, au matin de Pâques, de recevoir bon nombre de ces photos, plusieurs avec un message personnel.
J’ai quitté Port-Cartier pour retourner à mes engagements à Ottawa, mais Port-Cartier reste toujours dans mon cœur comme un rappel vibrant que, derrière tout malfaiteur, il y a un être humain, un enfant de Dieu qu’il faut à tout prix, aider à grandir, comme nous.