10/17/2026
Bonsoir tout le monde!
Ce soir, nous sommes réunis pour la Nuit des sans-abri.
Une nuit pour sensibiliser. Une nuit pour se solidariser. Une nuit pour donner une voix à celles et ceux qu'on n'entend pas assez souvent.
Mais ce soir, moi, j'ai aussi envie qu'on se pose une question.
Comment se fait-il qu'en 2026, dans une société aussi riche que la nôtre, on doive encore se rassembler pour revendiquer quelque chose d'aussi fondamental qu'un toit au-dessus de sa tête?
Comment se fait-il qu'on accepte collectivement que des personnes dorment dehors, vivent dans leur voiture, passent d'un divan à l'autre ou demeurent dans des situations dangereuses simplement parce qu'elles n'ont nulle part où aller?
Et surtout, comment se fait-il qu'on en soit rendus à considérer le logement comme un privilège, alors qu'il devrait être un droit?
Parce que oui, le logement, c'est un droit! Pas une récompense. Pas un luxe. Pas un privilège réservé à celles et ceux qui ont les moyens de se le payer. UN DROIT!
Et ce droit-là, il ne devrait jamais dépendre de notre revenu, de notre état de santé mentale, de notre situation familiale ou des difficultés qu'on traverse.
Parce que personne n'est à l'abri.
Personne n'est à l'abri d'une séparation, d'une perte d'emploi, d'une maladie, d'une hausse de loyer ou d'un événement qui vient bouleverser toute une vie.
Et il suffit parfois de bien peu pour qu'une personne qui avait pourtant un toit, un emploi et une certaine stabilité se retrouve sans solution.
L'itinérance, ce n'est pas seulement l'histoire des autres. Ça pourrait être l'histoire de notre voisin, de notre collègue, de notre sœur, de notre frère. Ça pourrait être la nôtre.
Et ici, en Bellechasse, il faut arrêter de penser que l'itinérance, ça n'existe que dans les grandes villes!
L'itinérance en milieu rural, elle est souvent invisible.
Elle se cache derrière des portes closes, dans des logements inadéquats, dans des situations de cohabitation forcée, chez des personnes qui n'osent pas demander de l'aide.
Mais ce n'est pas parce qu'on ne la voit pas qu'elle n'existe pas !
Et ce soir, comme porte-parole du mouvement Le communautaire à boutte!, je veux aussi vous parler de celles et ceux qui, chaque jour, tentent d'empêcher que des personnes se retrouvent à la rue.
Je veux vous parler de nos organismes communautaires.
Ces organismes qui accueillent sans jugement.
Qui écoutent quand plus personne n'écoute.
Qui accompagnent des personnes qui se retrouvent devant des portes fermées.
Qui cherchent des solutions quand il n'y en a plus.
Qui ramassent les morceaux quand les systèmes n'arrivent plus à répondre.
Parce que le communautaire, aujourd'hui, c'est trop souvent le dernier filet de sécurité d'une société qui laisse tomber les personnes les plus vulnérables.
Et ce filet-là, mes amis, il est en train de s'effriter!
On nous demande d'en faire plus.
Toujours plus!
Avec moins de moyens.
Avec des équipes épuisées.
Avec des besoins qui explosent.
Avec des personnes qui attendent des mois pour recevoir de l'aide.
Et pendant ce temps-là, les organismes communautaires doivent consacrer une énergie f***e à chercher du financement, à remplir des demandes de subvention, à justifier leur existence, année après année.
Pendant qu'on cherche de l'argent pour survivre, il y a des humains qui cherchent un toit où habiter!
Et ça, ce n'est pas normal!
À La Barre du Jour, comme dans plusieurs organismes de notre région, nous sommes témoins de cette réalité.
Nous avons eu quatre chambres d'hébergement transitoire en santé mentale.
Quatre chambres qui représentaient bien plus que quatre lits.
Elles représentaient une possibilité de se stabiliser, de reprendre son souffle, de retrouver un peu de sécurité et de pouvoir sur sa vie.
Aujourd'hui, ces chambres sont fermées, et nous cherchons des solutions pour redonner accès à ce type d'hébergement.
Pas parce que les besoins ont disparu.
Au contraire! Les besoins sont toujours là!
Et c'est exactement ce qui me révolte.
Parce que lorsqu'on perd une ressource d'hébergement, ce n'est pas seulement un service qu'on perd.
Ce sont des personnes qui perdent une possibilité de se reconstruire.
Ce sont des situations de détresse qui risquent de s'aggraver.
Ce sont des personnes qui risquent de se retrouver à l'urgence, à l'hôpital ou dans la rue.
Et après ça, on s'étonne que nos urgences débordent!
On s'étonne que la détresse psychologique augmente!
On s'étonne que l'itinérance prenne de l'ampleur!
Mais à quel moment allons-nous comprendre que prévenir coûte aussi humainement beaucoup moins cher que de réparer?
À quel moment allons-nous comprendre qu'investir dans le logement, dans la santé, dans l'accompagnement et dans le communautaire, ce n'est pas une dépense superflue?
C'est un investissement dans la dignité humaine!
Et c'est justement pour ça que le mouvement Le communautaire à boutte! existe.
Parce qu'on est à boutte!
À boutte de devoir se battre pour maintenir des services essentiels.
À boutte de devoir prouver que nos missions sont importantes.
À boutte de voir nos équipes s'épuiser à compenser les failles d'un système qui ne répond plus aux besoins.
À boutte de voir des personnes attendre, souffrir et parfois même perdre espoir pendant qu'on discute de budgets, de structures et de responsabilités.
Mais attention!
On est à boutte, oui. Mais on n'est pas à terre!
On est debout!
On est solidaires!
On est mobilisés!
Et surtout, on refuse de se taire!
Parce que le communautaire, ce n'est pas une petite dépense qu'on peut couper quand les finances sont serrées.
Le communautaire, c'est du monde!
C'est des femmes, des hommes, des jeunes, des familles, des personnes âgées.
C'est des personnes qui ont besoin d'un coup de main, mais qui ont aussi des forces, des idées, des rêves et une place à prendre dans notre société.
Et nous, dans le communautaire, on ne veut pas simplement gérer la misère.
On veut la combattre!
On ne veut pas simplement distribuer des solutions temporaires à des problèmes qui deviennent permanents.
On veut s'attaquer aux causes!
À la pauvreté.
À l'exclusion.
Au manque de logements abordables.
Aux inégalités.
Au sous-financement chronique de nos organismes.
Parce que ce n'est pas normal qu'une personne doive choisir entre payer son loyer et manger.
Ce n'est pas normal qu'une personne vivant avec des difficultés de santé mentale n'ait aucune solution d'hébergement adaptée.
Ce n'est pas normal qu'on doive attendre qu'une situation devienne une crise pour agir.
Et ce n'est surtout pas normal qu'on finisse par trouver tout ça... normal!
Ce soir, j'ai envie de lancer un appel.
Un appel à nos élus.
À nos décideurs.
À nos gouvernements.
Arrêtez de nous demander de faire des miracles avec des miettes!
Reconnaissez l'expertise des organismes communautaires.
Financez adéquatement leur mission.
Investissez dans le logement social et communautaire.
Développez des solutions d'hébergement adaptées à nos réalités rurales.
Et surtout, écoutez les personnes qui vivent ces réalités et celles qui les accompagnent quotidiennement!
Parce qu'on ne peut pas bâtir des solutions durables sans écouter celles et ceux qui connaissent le terrain.
Et avec vous tous qui êtes ici ce soir, j'ai envie de dire merci.
Merci d'être présents.
Merci de ne pas détourner le regard.
Mais je veux aussi vous inviter à aller plus loin.
Parce que la solidarité, ce n'est pas seulement être présent une soirée par année.
La solidarité, c'est aussi oser dénoncer ce qui est injuste. C'est prendre position. C'est refuser l'indifférence. C'est se mobiliser pour que les choses changent.
Et si ce soir, on repartait tous avec une seule conviction, j'aimerais que ce soit celle-ci :
Une société ne devrait pas être jugée uniquement par sa richesse, mais par la façon dont elle prend soin des personnes qui vivent les plus grandes vulnérabilités.
Et aujourd'hui, force est de constater qu'on a encore beaucoup de chemin à faire.
Alors oui, ce soir, on est ici pour la Nuit des sans-abri.
Mais on est aussi ici pour dire qu'on en a assez!
Assez de la pauvreté qu'on banalise.
Assez de l'itinérance qu'on rend invisible.
Assez des droits fondamentaux qu'on traite comme des privilèges.
Assez de voir le communautaire porter sur ses épaules des responsabilités immenses sans lui donner les moyens financiers d'agir.
Le communautaire est à boutte, mais il est surtout debout!
Et tant qu'il y aura des personnes sans toit, tant qu'il y aura des injustices, tant qu'il y aura des gens laissés derrière…
Nous continuerons à nous lever.
À nous faire entendre.
À revendiquer.
À déranger, s'il le faut!
Parce que nous ne demandons pas la charité.
Nous exigeons la dignité.
Nous ne demandons pas des privilèges.
Nous exigeons le respect des droits.
Et nous ne demandons pas la permission d'être solidaires.
Nous le sommes déjà, et nous allons continuer de l'être!
Alors ce soir, faisons entendre notre voix!
Pour nos membres.
Pour nos communautés.
Pour les personnes en situation d'itinérance.
Pour celles et ceux qui risquent de le devenir.
Pour un communautaire fort, autonome et respecté.
Parce qu'un toit, ce n'est pas un privilège.
Parce que la dignité, ça ne se négocie pas.
Parce que le communautaire est à boutte… mais qu'il ne lâchera pas le morceau!
Merci, et bonne Nuit des sans-abri à toutes et à tous!