06/18/2026
‼️Une enquête de Radio-Canada à partir des données d’Hydro-Québec évalue qu’au moins 25 000 logements seraient vacants à Montréal. C’est énorme. Dans le lot il pourrait y avoir des résidences secondaires, mais ce sont majoritairement des logements qui pourraient être mis en location.
Un registre provincial des loyers permettrait d’avoir un suivi et de donner les outils aux villes pour mettre en place une taxe sur les logements laissés vacants. Dans tous les cas, il est clair que construire des logements trop chers ne règle pas la crise vécue par des milliers de locataires.
Extraits:
«Dans certains secteurs, la concentration de logements vacants est particulièrement importante, comme au pied du mont Royal, dans le centre-ville et dans les arrondissements de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et, justement, du Plateau-Mont-Royal.(…)
Les hypothèses ont fusé, lors de nos entrevues, sur les raisons pour lesquelles des milliers de logements seraient inoccupés.
La plus probante, selon le doctorant en géographie à l’Université de Montréal Yaya Baumann, est celle de logements acquis comme actifs financiers : on ne cherche pas ici un revenu immédiat, mais plutôt un profit intéressant lors de la revente, à moyen ou long terme. Les propriétaires, Canadiens ou étrangers, ne les mettent donc ni en location ni sur Airbnb.
Un phénomène similaire se produit aussi avec les immeubles locatifs.
Les logements vacants sont « une stratégie, un symptôme, un problème au cœur de la crise du logement », affirme l’avocate Kimmyanne Brown, qui a aidé des dizaines de locataires confrontés à ce phénomène au cours de la dernière année.
Elle constate que de nombreux logements sont laissés vacants volontairement par des propriétaires, qui tenteraient de profiter d’une faille dans la clause G du bail. En effet, la loi oblige un propriétaire à y inscrire le prix payé par le locataire précédent… sauf si le logement a été vacant plus d’un an. Facile alors d’augmenter considérablement le loyer, ni vu ni connu.
« Les locateurs ont tout avantage à laisser le logement vacant plus d'un an pour éviter le mécanisme de la clause G, donc c'est plus payant pour eux. » (…)
La volonté de traquer les bâtiments vacants ne date pas d’hier à Montréal. L’administration de Valérie Plante avait adopté en 2023 un règlement pour mieux encadrer leur occupation et leur entretien.
Les estimations les plus récentes de la Ville sont de quelque 800 bâtiments vacants à Montréal. Un chiffre particulièrement bas comparativement aux 25 000 unités vacantes recensées par Radio-Canada.
L’écart s’explique d’abord par le fait qu’un même bâtiment peut contenir plusieurs logements. Mais surtout, la Ville a une définition très restreinte de ce qui est vacant, soit un « bâtiment dont les services ont été coupés (aqueduc, égout, électricité, gaz) ». Notre analyse montre que de nombreux logements peuvent demeurer inoccupés pendant plus d’un an, même si ces services sont toujours disponibles.
« Au-delà des bâtiments vacants, il y a aussi des enjeux de logements vacants dans des immeubles qui ne le sont pas, ce qui pointe vers un autre problème que la Ville pourrait tenter de régler en légiférant », souligne Yaya Baumann.(…)
« Le centre-ville de Montréal est dans un marché beaucoup plus détendu que le reste de la ville », souligne l’économiste de la SCHL Francis Cortellino. C’est pourquoi les taux d’inoccupation y atteignent entre 6 et 7 % dans le marché locatif, notamment en raison des nombreuses constructions réalisées au cours des dernières années.(…)
Le phénomène pourrait également toucher certains condominiums acquis à des fins d’investissement. Plusieurs propriétaires ont acheté dans l’espoir de louer ou de revendre avec profit et se retrouvent aujourd’hui dans un marché moins favorable, note l’économiste. « La location va moins bien, les ventes sont plus difficiles et les investisseurs sont beaucoup moins intéressés qu’il y a quelques années. »(…)
Même si elle amène de nouvelles informations pour comprendre l’enjeu des logements vacants à Montréal, notre analyse ne détaille pas les raisons pour lesquelles ces milliers de logements ne sont pas habités. Sont-ils vacants pour des raisons de spéculation? Pour la tenue de travaux? Leur prix est-il trop élevé? Ou est-ce leur état de délabrement qui fait en sorte qu’on ne peut pas y habiter?
Difficile à dire, car ces réalités échappent aux outils de mesure à notre disposition. Elles ont toutes, cependant, en commun de retirer des logements d’un marché qui peine à répondre à la demande.»