05/19/2026
Un nouvel article allemand met en garde contre les risques liés à la psychologisation des conditions chroniques associées aux infections, comme l'EM et la COVID longue. Voici une traduction d'un résumé fait par Me/cfs Science.
🔹1) Des chercheureuses du département de psychiatrie et de psychothérapie de Leipzig soulignent que les preuves concernant le rôle des facteurs psychologiques dans l'EM/SFC et la COVID longue restent limitées et spéculatives.
Ils et elles mettent en garde contre les risques importants liés à la « psychologisation » de ces pathologies.
🔹2) Le premier risque est lié à l'activation, comme dans le cas de l'activité graduée. Les modèles psychologiques partent souvent du principe d'un cercle vicieux de déconditionnement. Le traitement consiste donc à pousser les patients à dépasser leurs limites perçues.
Dans le cas de l'EM/SFC et de la COVID longue, cependant, cela peut entrainer une aggravation de l'état de santé.
🔹3) Le deuxième risque est la dévalorisation de l'expérience de la maladie vécue par les patient·es. Les modèles psychologiques sont souvent en contradiction avec la perception qu'ont les patient·es de leur maladie, ce qui les amène à douter de leur propre expérience de la maladie et de leur perception corporelle.
🔹4) Lorsque la perception qu'ont les patient·es de leurs seuils d'effort est remise en question et que le malaise post-effort est considéré comme un comportement d'évitement ou une kinésiophobie, il devient plus difficile de gérer correctement son énergie.
Ces idées peuvent rendre plus difficile pour les patient·es la gestion efficace de leur état.
🔹5) Les modèles psychologiques impliquent souvent l'existence de gains secondaires, ce qui conduit à une stigmatisation (par exemple, l'étiquette de « profiteurs »).
Proposer un modèle pathologique reposant principalement sur des facteurs psychologiques peut remettre en cause la nécessité de faire appel à des professionnel·les de santé et de suivre un traitement médical pour les comorbidités (POTS, MCAS).
🔹6) Cela pourrait également pousser les patient·es à essayer des traitements psychologiques alors que ceux-ci ne sont pas indiqués. Si ces traitements échouent, les patient·es pourraient attribuer à tort cet échec à leur propre insuffisance, ou ils pourraient être accusé·es par les thérapeutes de manquer de coopération ou de volonté de s'améliorer.
🔹7) Proposer un modèle de maladie psychosomatique qui suppose que la cause est un déconditionnement peut conduire à une
sous-estimation ou à un rejet des troubles physiques. Cela peut entrainer des problèmes au travail ou empêcher l'octroi de prestations d'invalidité lorsqu'elles sont indiquées.
🔹8) Les modèles psychologiques peuvent également causer des problèmes aux familles. Si l'on part du principe que la maladie n'est pas principalement due à des processus biologiques, mais plutôt à des mécanismes d'adaptation dysfonctionnels, les parents sont alors rapidement considérés comme faisant partie du problème et mis en cause.
🔹9) Les auteurices écrivent que cela conduit parfois à des accusations graves ou à des mesures drastiques, telles que le retrait de l'autorité parentale pour mise en danger présumée de l'enfant, voire à des diagnostics du syndrome de Münchhausen par procuration, qui est en réalité très rare.
🔹10) L'article est rédigé en allemand et peut être consulté ici :
Schomerus et al. 2026. Welche Rolle spielt „die Psyche"? Long COVID und ME/CFS als Prüfsteine für eine evidenzbasierte und patient* innenorientierte Psychiatrie und Psychotherapie.
https://www.thieme-connect.de/.../10.1055/a-2866-9127.pdf
1) Researchers from the Department of Psychiatry and Psychotherapy in Leipzig highlight that evidence for psychological factors in ME/CFS and Long Covid remains limited and speculative.
They warn that psychologising these conditions carries significant risks.
2) The first risk caused by activation, such as graded activity. Psychological models often assume a vicious cycle of deconditioning. So treatment consists of pushing patients to extend their perceived limits.
In ME/CFS and Long Covid, however, this may cause deterioriation.
3) The second risk is invalidation of patients' experience of illness. Psychological models are often incongruent with patients' views of their illness, and it causes them to doubt their own illness experience and body perception.
4) When patients' perception of exertion thresholds is questioned and post-exertional malaise is seen as avoidant behavior or kinesiophobia, it becomes more difficult to pace correctly.
These ideas can make it more difficult for patients to manage their condition effectively.
5) Psychological models often imply secondary gains leading to stigmatization (e.g. 'benefit seekers')
Offering a disease model that relies primarily on psychological factors can undermine the need for healthcare providers and medical treatment of comorbidities (POTS, MCAS)
6) It might also push patients to try psychological treatments when these are not indicated. If these treatments fail, patients might mistakenly attribute this to their own inadequacy, or they may be accused by therapists of a lack of cooperation or willingness to improve.
7) Offering a psychosomatic illness model that assumes the cause is deconditioning can lead to physical
impairments being underestimated or dismissed. This may lead to problems at work or prevent disability benefits when they are indicated.
8 ) Psychological models can also cause problems for families. If one assumes that the illness is not primarily due to biological processes, but rather to dysfunctional coping, then parents are quickly seen as part of the problem and accused.
9) The authors write that this sometimes leads to serious accusations or drastic measures such as the removal of parental custody due to alleged child endangerment, even to diagnoses of the actually very rare Munchausen syndrome by proxy.
10) The article is written in German and can be read here:
Schomerus et al. 2026. Welche Rolle spielt „die Psyche"? Long COVID und ME/CFS als Prüfsteine für eine evidenzbasierte und patient* innenorientierte Psychiatrie und Psychotherapie.
https://www.thieme-connect.de/products/ejournals/pdf/10.1055/a-2866-9127.pdf