12/08/2025
Voici un article très pertinent sur les nouvelles coupes du gouvernement susceptibles d'affecter la réhabilitation sociale des personnes emprisonnées. Ces coupures budgétaires risques d’avoir de tristes conséquences. Qui va payer le prix d’une mauvaise réhabilitation sociale ? Et qui va essayer de ramasser les pots cassés? Nous connaissons les réponses malheureusement.
https://www.lapresse.ca/actualites/2025-12-08/programmes-de-reinsertion-en-prison/plus-un-sou-de-quebec.php
Programmes de réinsertion en prison : Plus un sou de Québec
Le ministère de la Sécurité publique du Québec a confirmé aux établissements de détention, en novembre, que le sous-ministériat des services correctionnels – qui gère les services correctionnels de la province – devra revoir ses enveloppes budgétaires à cause des coupes qu’exige Québec aux ministères et aux organismes.
Pour économiser 1,5 million de dollars, Québec arrête de financer les programmes spéciaux de réinsertion en prison, qui dépendront à 100 % des revenus que génèrent les travaux des détenus, a appris La Presse. Une décision qui « augmente les risques de récidive et d’instabilité », selon les intervenants du milieu.
Le ministère de la Sécurité publique du Québec a confirmé aux établissements de détention, en novembre, que le sous-ministériat des services correctionnels – qui gère les services correctionnels de la province – devra revoir ses enveloppes budgétaires à cause des coupes qu’exige Québec aux ministères et aux organismes.
Cette révision se traduit par la fin du financement de programmes spécialisés en réinsertion sociale dans les établissements de détention. Ces programmes couvrent une multitude de suivis et de formations qui touchent aussi bien la gestion de la colère que la préparation pour la recherche d’emploi ou des accompagnements psychosociaux et en santé mentale.
En entrevue avec La Presse, le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, a confirmé que Québec ne financera pas cette année ces programmes à hauteur de 1,5 million de dollars comme il le faisait habituellement.
« Au lieu d’être moitié moitié entre les établissements et Québec, [le financement] va venir à 100 % des fonds des établissements [de détention] », résume le ministre Lafrenière.
Le Ministère a demandé aux établissements de piger à même leurs fonds de soutien à la réinsertion qui proviennent des revenus que génèrent les détenus en effectuant des travaux comme la buanderie ou la menuiserie.
« En date de décembre 2024, il y avait 25 millions de surplus » dans ces fonds, assure le ministre. Par ailleurs, il souligne que les réalités diffèrent selon les établissements. Si certains enregistraient un surplus, d’autres étaient déficitaires.
Concernant les programmes offerts dans la communauté ou financés par un plan d’action, le gouvernement n’a pas encore confirmé s’il y aura des coupes ou des modifications.
« Un premier choc »
L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ) dénonce ces mesures. Regroupant 79 organismes communautaires qui œuvrent auprès des personnes judiciarisées, l’organisation dit craindre l’impact que les décisions de Québec pourraient avoir sur « la continuité et la pérennité de [ses] services ».
« La réduction ou la disparition de certains programmes en détention constitue un premier choc », selon la lettre que la directrice par intérim de l’organisation, Luana Boxéro, a envoyée il y a deux semaines au ministre de la Sécurité publique et que l’ASRSQ a accepté de nous transmettre.
Le retrait potentiel de programmes pour des établissements « mènera inévitablement à des sorties [de contrevenants] sans soutien, augmentant les risques de récidives et d’instabilité », estime Luana Boxéro.
L’ASRSQ craint également que cette décision de Québec ne soit que la pointe de l’iceberg, anticipant des réductions de financement dans les maisons de transition, ce qui se traduirait par une « diminution notable des places d’hébergement en maison de transition ».
Cette situation constituerait un « affaiblissement du continuum » de réinsertion qui repose sur l’équilibre entre la détention, la communauté et l’accompagnement spécialisé. « Fragiliser l’un de ces maillons revient à compromettre l’ensemble de la chaîne », indique la directrice par intérim.
« Ces mesures menacent non seulement la communauté, mais aussi la continuité des services communautaires, qui pourraient être contraintes d’interrompre certaines activités et de perdre du personnel expérimenté, formé pendant des années, dont la reconstruction serait difficile, voire impossible, et prendrait plusieurs années », lit-on dans la lettre de l’ASRSQ.
L’impact de ces mesures serait d’autant plus important, selon l’ASRSQ, qu’il s’ajoute aux suivis de contrevenants qui seraient dans « une situation critique » à cause du « financement insuffisant » et des mesures d’allégement pour réduire la surcharge actuelle des agents de probation.
La Presse a révélé la semaine dernière une baisse de fréquence dans les suivis de contrevenants par les agents de probation, une réduction du nombre d’analyses de risque de récidive et un allégement du suivi des hommes qui portent un bracelet antirapprochement1.
Le ministre Ian Lafrenière assure pour sa part prêter l’oreille aux inquiétudes qui découlent de décisions de Québec. Il a rencontré le syndicat qui représente les agents de probation vendredi dernier et doit rencontrer ce lundi des représentants de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec concernant leurs craintes.
Est-ce que Québec pourra leur assurer qu’il n’y aura pas de coupes dans le financement des maisons de transition ou dans les sommes allouées pour les suivis en communauté ? « Ma réponse est plate, mais tant que le budget n’est pas passé au Conseil des ministres, je ne peux pas leur confirmer. Mais je peux confirmer que ce n’est pas mon intention. »
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE