05/28/2026
"De la faculté des Sciences de Port-au-Prince au Sénat canadien"
Le BCHM vous invite à prendre connaissance de cet article rédigé par Jean Numa Goudou de In Texto, Jounal Nou, retraçant le parcours inspirant de l'Honorable Sénatrice Suze Youance, ancienne Présidente de notre conseil d'administration.
Suze Youance accueille toujours ses interlocuteurs avec un grand sourire et des yeux qui pétillent. Un peu comme une diplomate qu’elle a failli devenir après ses études classiques. «Je voulais étudier en Hautes études internationales », se rappelle-t-elle. Mais comme tous les enfants haïtiens, ses parents la poussaient à chausser des bottes et arborer un casque de sécurité: ingénieure civile, un métier d’hommes.
«C’est toujours le cas aujourd’hui en Haïti», observe, en entrevue avec In Texto, celle qui a toujours été à son aise avec les calculs et les maths, depuis toute petite. Son frère était déjà ingénieur et sa sœur architecte, d’où l’insistance de la famille.
À l’instigation de son père, elle participe au concours d’admission de la faculté des Sciences, entre autres. On y prenait seulement 120 aspirants, dont 5 filles. Elle en sort 14e, à son grand étonnement.
«Je me suis dit: c’est quoi ça? Je n’étais même pas prête et j’ai réussi un score comme cela. Je suis restée parce que je l’ai pris comme un défi et je n’ai jamais regretté d’avoir fait le génie», avoue-t-elle.
Après ses études, elle obtient un stage de trois mois au sein de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), comme ingénieure civile. Un stage devenu un emploi permanent. Car Suze Youance a passé environ 11 ans à construire des bâtiments en Haïti pour la coopération canadienne.
En 2006, elle émigre. L’ingénieure choisit le Canada pour s’établir. Avant son arrivée, elle envoie une demande à l’École de technologie supérieure (ETS) pour une maîtrise avant d’y réaliser un doctorat. Elle est acceptée sur-le-champ. Car, ses expériences avec l’ACDI en Haïti lui ouvrent la porte de l’Ordre des ingénieurs, sans frapper. Sans même emprunter les dédales de l’équivalence des études.
Dès la première session à l’ETS, elle est repêchée par une prof qui lui propose de diriger sa thèse sur le génie parasismique. «C’est exactement ce que je voulais faire », dit-elle. Elle voulait travailler sur les bâtiments publics en Haïti et le risque qu’ils s’effondrent advenant un séisme.
Car, six ans avant le tremblement de terre de 2010, en 1994 déjà, elle et un groupe d’ingénieurs, dont Claude Prepetit, amorçaient une réflexion sur «la reprise après crise». Un séisme est considéré également dans le brassage d’idées.
«Depuis 1996, le groupe commençait à dire qu’on devrait avoir un tremblement de terre, «parce que le temps de retour était arrivé». Ce qui est effectivement arrivé en 2010. L’ingénieure Youance, étudiante en maîtrise, n’avait plus alors de sujet de thèse à ce moment-là, car les immeubles se sont tous effondrés. Sauf celui de la Téleco, à Pont-Morin, construit en 1980 selon les normes parasismiques et le Bâtiment central de la BRH, érigé en 2006. Son Mémoire est porté finalement sur les églises en maçonnerie de Montréal.
La suite de l'article sur https://www.intexto.ca/