01/10/2025
ℭ𝔬𝔫𝔫𝔞𝔦𝔰𝔰𝔢𝔷-𝔳𝔬𝔲𝔰 𝔐𝔞𝔡𝔞𝔪𝔢 𝔡𝔲 𝔇𝔢𝔣𝔣𝔞𝔫𝔡 ?
Marie de Vichy-Champrond est une philosophe épistolaire née le 25 septembre 1696 à Bourgogne (Craveri 1982). Sa pensée nous est principalement accessible à travers sa correspondance avec Voltaire et Horace Walpole. Elle fut également une salonnière du XVIIIe siècle (Craveri 1982). Sa philosophie est largement influencée par celle des sceptiques, tels que Fontenelle, Voltaire et Montaigne.
Malheureusement, l’œuvre de Deffand est peu connue, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, le genre épistolaire n’était pas pris au sérieux par les intellectuels de son époque, et il reste encore boudé par la communauté philosophique. Ensuite, le fait qu’elle se situe à l’intersection de deux discriminations — être une femme et vivre avec un handicap visuel — n’a probablement pas favorisé la reconnaissance de ses travaux. Enfin, l’oubli de son œuvre est sans doute également lié à son incompatibilité avec les ambitions philosophiques de son époque. En effet, selon Deffand, la raison ne peut prétendre atteindre des vérités absolues, une position qui entre en conflit avec l’autorité de la raison des Lumières et l'humanisme de Voltaire.
Deffand s’est intéressée à des thématiques philosophiques liées à l’existence humaine, comme la mort, l’ennui, le doute, le bonheur, et la foi. À propos de la mort, elle soutient la thèse selon laquelle « le plus grand de tous les malheurs [est] d’être né » (16/05/1764) « par la raison qu’il faut mourir » (02/05/1764). Autrement dit, pour Deffand, la vie est malheureuse en ce qu’elle nous destine à perdre ce qui nous attache à elle (passions, talents, ami.e.s, etc.). En écrivant sur l’ennui, elle s’interroge sur l’utilité de vivre dans des conditions existentielles qui empêchent l’épanouissement de soi, se demandant : « Faut-il se pendre ou mourir d’ennui ? » (18/07/1764) ou « À quoi sert de vivre quand on ne sait quoi faire de son temps ? » (08/02/1769). Cependant, Deffand s’abstient de répondre clairement à ces questions.
Dans ses échanges, elle fonde la connaissance sur les sens tout en acceptant leur potentiel trompeur, limitant l’accès aux vérités absolues. Elle illustre cette idée en prenant notamment comme exemple le cas du bonheur. Pour l’autrice, nous ne pouvons pas accéder au bonheur en tant que vérité absolue, mais uniquement en tant qu’apparence. La recherche d’une réponse absolue ne peut mener qu’à la « ruine » (17/06/1764) ou au « tourment » de l’esprit (29/05/1764), un point de vue qui la rapproche du courant pyrrhoniste.