08/19/2026
Au tournant du 20e siècle, Montréal cherche à se moderniser. Les incendies du 19e siècle ont fait des ravages importants, notamment car plusieurs infrastructures étaient majoritairement constituées de bois. Une solution existe pour régler cet enjeu: le béton! Sa composante première est le ciment Portland, qui est artificiel et préféré au ciment naturel pour sa résistance.
À la fin du 19e siècle, il y a déjà plusieurs usines de ciment naturel au Québec qui se convertissent pour produire le ciment Portland. La première cimenterie à Montréal est créée par Thomas M. Morgan, dans le secteur de Longue-Pointe. C’est l’endroit idéal pour établir une nouvelle usine, car il y a une grande disponibilité de pierres à chaux et de calcaire argileux, qui sont des matières nécessaires à la fabrication du ciment Portland. Il est aussi facile d’avoir de l’espace pour entreposer ces matières, le fleuve est à proximité et la municipalité offre des avantages fiscaux! En effet, Thomas Morgan obtient l’accord de la municipalité de Longue-Pointe pour y construire sa cimenterie, à condition que l’usine emploie plus de 20 ouvriers par jour et qu’elle soit dans les limites de la ville. La municipalité leur offre même une subvention de 400$ par an pendant 10 ans et un congé de taxes municipales pendant 25 ans.
L’usine ouvre ses portes en 1891 sous le nom de la Crescent Cement Work, et doit rapidement augmenter sa production et effectuer des travaux d’agrandissement. En 1907, elle est vendue à la Vulcan Portland Cement Company Limited, une entreprise étasunienne, pour ensuite être absorbée par la Canada Cement Company Limited en 1909, qui fusionne plusieurs cimenteries. Cette dernière a le monopole de la vente du ciment pendant plusieurs années au Québec, ce qui lui permet de fixer les prix sans compétition, au grand dam des consommateurs.
Établie au coin de Souligny et Haig, la cimenterie est présentée comme une industrie naissante et favorable pour les ouvriers. Les promoteurs de différents projets résidentiels, comme ceux de Guybourg et Connaught (Haig-Beauclerk), font briller l’usine dans leur publicité pour inciter la population à déménager dans le quartier.
Elle ferme ses portes vers la fin des années 1910, mais la date reste incertaine. Comme le site est situé près de l'asile Saint-Jean-de-Dieu, les activités de l'usine dérangent les patients et le personnel, ce qui a sans doute contribué à sa fermeture.
🖊 Lilianne Soucy