06/02/2026
Lettre ouverte PARDI publiée lundi 1er Juin 2026 dans le Le Journal de Montréal et signée par 95 parents et proches de personnes ayant une déficience intellectuelle (tous les noms n'apparaissent pas car liste de signatures trop longue)
Déficience intellectuelle: les douze travaux des familles et des proches
Et le treizième: survivre au système
Isabelle Perrin, présidente du CA de PARDI – Parents pour la déficience intellectuelle
Lundi, 1 juin 2026 15:35
Au Québec, nous sommes des milliers de familles vivant avec une personne ayant une déficience intellectuelle. Nous menons une bataille silencieuse et perpétuelle pour obtenir des services stables, humains et adaptés à la réalité de nos enfants.
Immanquablement, nous nous heurtons toujours à la même réalité : derrière les discours d’inclusion et les grandes promesses du réseau public, des services fragmentés, des suivis temporaires et un système organisé par épisodes : quelques rencontres, des objectifs ciblés, puis la fermeture du dossier. Comme si l’autonomie, la communication ou la gestion des émotions pouvaient se développer à coups d’interventions ponctuelles et standardisées.
Cette logique révèle une méconnaissance inquiétante de la réalité vécue par nos enfants. Ou de l’aveuglement volontaire ? La déficience intellectuelle accompagne une personne toute sa vie. Elle n’est ni une phase ni une blessure qui guérit avec le temps.
Disparition des services et manque de stabilité
Son développement exige du temps, de la répétition, des ajustements constants et, surtout, des liens de confiance avec des intervenants stables. Comment construire cette stabilité quand nous assistons depuis des années à un roulement constant des intervenants, et plus inquiétant encore, à la disparition progressive de la réadaptation dans les services publics ? Sans ce soutien, ce sont les troubles du comportement, l’anxiété, les crises ou les pertes d’autonomie qui réapparaissent. On finit alors par intervenir en urgence sur les conséquences d’un manque de soutien, plutôt que d’investir dans une prévention humaine et continue.
Quand les services s’effacent, les parents deviennent le véritable filet social. Nous sommes éducateurs, accompagnateurs, coordonnateurs et défenseurs des droits. Nous gérons les crises, soutenons les apprentissages et tentons de préserver des acquis souvent fragiles. Et lorsque des parents épuisés dénoncent cette réalité, on leur rappelle parfois qu’ils devraient déjà se considérer chanceux d’avoir accès à certains services. Comme si demander un accompagnement adapté relevait d’un privilège plutôt que d’un droit fondamental.
Ce que nous réclamons n’a rien d’extraordinaire. Nous demandons de la continuité, de l’expertise et des services cohérents qui tiennent compte de la permanence des besoins. Nous demandons une approche humaine capable d’accompagner nos enfants dans la durée plutôt qu’une succession d’interventions fragmentées qui prennent fin dès qu’un objectif minimal est atteint sur papier.
Nous demandons aussi que la stabilité soit enfin reconnue comme une condition essentielle au développement, à l’autonomie et à la dignité. Personne n’accepterait qu’une personne vivant avec une maladie chronique perde son soutien au gré des restructurations ou des indicateurs de performance. C’est pourtant ce qu’on impose aujourd’hui aux familles vivant avec la déficience intellectuelle.
Combler les manques du système
Le problème du financement en déficience intellectuelle n’est pas seulement le manque d’argent, c’est surtout l’absence d’efficacité. À force de sous-financer le soutien préventif et continu, l’État finit par payer beaucoup plus cher en crises, en épuisement et en hébergement.
Parce qu’au-delà de l’épuisement, il y a une inquiétude constante : celle de ce qu’il adviendra de nos enfants lorsque nous ne serons plus là pour combler les manques du système. Nous sommes fatigués de devoir constamment justifier des besoins permanents que le réseau réduit à une logique administrative, sans jamais mesurer les conséquences réelles sur les familles. Malgré cette fatigue, nous ne nous tairons pas.
Nous refusons que nos enfants deviennent des statistiques ou des objectifs de performance. Nous refusons une culture du service rapide qui nie la complexité de leur réalité. Et nous refusons qu’un réseau passe brièvement dans leur vie en prétendant avoir répondu à leurs besoins. Nos enfants méritent du temps, de la compétence, des relations humaines durables et des services continus, enracinés dans la réalité de leur quotidien.
Signataires :
Josée Legault, soeur et proche aidante de Manon
Arnaud Belarbi, père de Thomas
Marie-Ange Fallu, grand-mère de Thomas
Félix Adam, frère de Thomas
Simon Roy-Belarbi, frère de Thomas
Georgette Rebillon, grand-mère de Thomas
Anik Larose, mère de Marie
Jean Bélanger, père de Marie
Mirvat Hageali, mère de Mir
Katharine Cukier, mère de Benjamin
Eric Houde, père de Benjamin
Sophie Blouin maman de Emile
Christine Julien, mère de Emmanuelle
Helen Evans maman de Luke
Anne Marie Messier, mère de Laure
Michel Robert, père de Laure
Marielle Leroux, maman d’Isabelle
Marie-Josée Laferrière, mère de Thierry
Josée Deschamps, soeur d’Élise
Maria Helena Araujo, mère de Fernanda
Maria Kielczewski, mère de Michael
Anne Loiselle, mère de Félix
Suzanne Gibeau Carignan, sœur de Ginette
Maurice Carignan, beau-frère de Ginette
Isabelle Richer, maman d’Arianne
Marilou Faubert, sœur d’Arianne
Nathalie Brunet, sœur de Jacinthe
Leylâ Deger, sœur d’Altay
Benoit Grégoire, père de Félix
Manon Le Comte, mère d’Elise
Diane Pellerin, mère de Marie-Michèle
Nicole Roy, cousine de Lucie
Marie-Cécile Ermine, mère d’Ewen
Denis Lemonnier, père d’Ewen
Carmen Dumais, sœur de Jean-Pierre
Marjolaine St-Jules, mère de Virginie
Nicole Labrie mère de Olivier Labrie
Marie-Josée Dodier, mère de Sacha Dodier
Josée Dallaire, tante de Mathilde
Louise Dallaire, tante de Mathilde
Martin Dallaire, frère de Mathilde
André Dallaire, oncle de Mathilde
Martin Dallaire, oncle de Mathilde
Pierre Dallaire, oncle de Mathilde
Bruno Dallaire, oncle de Mathilde
Luce Tremblay, tante de Mathilde
Sylvie Maltais, tante de Mathilde
Doris Desrosiers, tante de Mathilde
Serge Dallaire, cousin de Mathilde
François Dallaire, cousin de Mathilde
Michel Dallaire, cousin de Mathilde
Maryline Dallaire, cousine de Mathilde
Marc-André Dallaire, cousin de Mathilde
Monique Beaudin, mère de Patrick
Mary Antico, mère de Nicholas
Johanne Benson, mère de Jean-Michel
Richard Benson, père de Jean-Michel
Tammy Isabelle, mère de Selena
Nayla Lelievre, sœur de Selena
Patrice Lelievre, père de Selena
Nathalie, mère de Cassandrine
Guy beau, père de Cassandrine
Elizabeth, sœur de Cassandrine
Augustine, sœur de Cassandrine
Lucille Richard, mère d’Alexandre
Claudine Millot, mère de Eric
Isabelle Millot, sœur de Eric
Marjorie Pelletier, mère de Laurie et de Malik
Danielle Lacombe, mère (et aidante naturelle) de Francis
Ginette Thériault, sœur de Chantal
Anouk Lanouette Turgeon, mère de Éli et Lhassa
Roberto Murray, papa de Éli et Lhassa
Anne Perrault, marraine civique de Diane et de José
Mariève Caron, belle-sœur de Marie
Josette Potvin, mère de Catherine
Jean-Luc Cousineau, père de Catherine
Eve-Marie Cousineau, soeur de Catherine
Emily Cloutier, nièce de Catherine
Marine Cloutier, nièce de Catherine
Charlotte Cloutier, nièce de Catherine
Rodrigue Cloutier, beau-frère de Catherine
Chantal Pelletier, mère de Sébastien
Geneviève Lehoux, mère de Simon
(et plusieurs autres)