10/21/2026
L'équipe du MAC de Montréal tient à souligner le travail exceptionnel de Sylvain Bergeron auprès des sans-emplois pendant plus de 25 ans en lui rendant hommage aujourd'hui. L'absence de son franc-parler, son savoir-faire, son humanité et la flamme de la défense des droits laissera un grand vide au sein du mouvement. Nous penserons tous et toutes à lui ce vendredi.
Nous tenons également à offrir notre soutien aux employé.es et aux militant.es de LASTUSE du Saguenay.
Merci Sylvain!
Le dernier combat de Sylvain Bergeron
Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer
Radio-Canada, 21 octobre 2026
À 63 ans, celui qui a été coordonnateur de L.A.S.T.U.S.E. pendant près de 25 ans recevra l’aide médicale à mourir, vendredi.
Sylvain Bergeron est loin du militant actif que bien des gens ont connu dans les manifestations. Il garde son sourire contagieux et son regard vif, malgré son corps très amaigri et le déambulateur qui l’aide aujourd’hui à se déplacer.
Trois jours avant la date fixée de sa mort, le coordonnateur du Lieu d’actions et de services travaillant dans l’unité avec les sans-emploi (L.A.S.T.U.S.E.) plaisante malgré tout avec ses collègues de travail. Il sera venu dans les locaux de l’organisme communautaire où il a œuvré pendant près de 25 ans jusqu’à la fin.
Sylvain Bergeron a passé sa vie à défendre les gens vulnérables qui ne pouvaient le faire eux-mêmes. Il a encore toute sa tête, mais son corps l’abandonne. En juillet, il a appris qu’il souffrait d’un cancer du poumon très agressif et qu’aucun traitement ne pourrait le guérir.
Une fois le choc encaissé, il a décidé qu’il quitterait ce monde au moment qu’il jugerait opportun par l’entremise de l’aide médicale à mourir.
« Cette décision-là est prise depuis bien avant que je sache que j’étais malade. Moi, j’ai vu ma mère souffrir du cancer, puis il n’y avait pas d’aide médicale à mourir dans ce temps-là. Ce n’était vraiment pas beau à voir, puis ça me faisait vraiment mal. Après ça, j’ai vu mon beau-père aussi, même affaire. C’est moi qui m’occupais d’eux », raconte-t-il.
Il a refusé d’atteindre le même degré de souffrance que ses proches et, lorsque sa santé s’est vraiment mise à décliner dans les dernières semaines, il a jugé que ça suffisait.
« J’avais de la difficulté à fonctionner avec mes jambes puis à respirer. Fait que là, j’ai dit : “Non, ça s’en vient vraiment comme ce que je ne veux pas voir et ce que je ne veux pas vivre”. »
C’est là qu’il a demandé d’avoir recours à l’AMM, ce qui lui a été accordé.
Sylvain Bergeron se dit parfaitement calme et serein.
« Ça revient à la Charte des droits et libertés. Tu es supposé avoir le choix dans la vie. Puis ça, ça en est un », affirme-t-il.
Comme les événements se sont précipités pour lui, il a publié une invitation inusitée sur la page Facebook de L.A.S.T.U.S.E. Les gens qui veulent lui parler une dernière fois auront l’occasion de le faire directement à l’hôpital jeudi et vendredi. M. Bergeron s’est rappelé que plusieurs personnes lui avaient dit, après le décès de sa mère, qu’elles auraient aimé la revoir avant qu’il ne soit trop t**d, mais qu’elles ignoraient qu’elle était malade.
« Tout ça me revenait en tête puis à un moment donné, le hamster s’est arrêté sur la case go puis go, ça a été ça. On va donner la chance aux gens à qui j’ai pas eu le temps de jaser p*s qui aimeraient ça me jaser p*s que, moi aussi, j’aimerais ça leur jaser, de le faire. Fait que voilà un moment qu’on va réserver juste pour ça », explique-t-il.
L’action communautaire, une vocation inattendue
Au milieu des années 1980, Sylvain Bergeron devient bénéficiaire de l’aide sociale en raison de différents facteurs hors de son contrôle. Dans le but de s’en sortir et d’acquérir de l’expérience professionnelle, il se met à militer pour un organisme de défense des droits des personnes assistées sociales, qui deviendra plus t**d L.A.S.T.U.S.E.
« J’ai appris que ça existait. Je me suis impliqué comme militant : organiser des manifestations, faire des choses comme ça. Ça me permettait de faire voir ce que je vivais sur l’aide sociale pour que nos élus, à un moment donné, réagissent. »
En même temps, il participait aussi à un programme pour bonifier ses prestations d’aide sociale. Celui-ci l’a mené à s’occuper de personnes handicapées, une tâche qui lui plaisait et qui lui a fait réaliser qu’il devrait creuser cet aspect.
« Après avoir fait ce programme-là d’aide sociale, bien je me suis dit : “J’ai toujours fait ça, moi, m’occuper du monde, écouter le monde, c’est ça que je devrais faire comme métier”. Fait que c’est de même que j’ai commencé le processus. »
Il s’est donc inscrit à l’université. Il a enchaîné les certificats, a milité pour le développement d’un baccalauréat en travail social, qu’il a fini par obtenir.
Au début des années 1990, il s’exile à Québec, où il travaille à la défense des droits des personnes vivant avec une déficience intellectuelle avant de revenir à Saguenay au début des années 2000, où il devient coordonnateur de L.A.S.T.U.S.E.
Pendant plus de 20 ans, il a été de toutes les luttes sociales régionales. Il a protégé, soutenu et aidé un nombre incalculable de personnes sans emploi. Il est très humble lorsqu’il fait le bilan de sa carrière.
« La réaction des gens, moi, c’est de ça dont je suis fier. Bon, je règle un dossier, on gagne un dossier, de voir le sourire dans le visage de la personne, il n’y a pas de prix pour le décrire. Il n’y a pas de montant. On ne pourrait jamais essayer d’accoter le plaisir que moi ça me fait », dit-il.
Se battre pour les autres
Malgré la maladie, Sylvain Bergeron n’a pas perdu son sens de l’humour.
Lorsqu’on le questionne sur l’importance du milieu communautaire au Québec, il sourit et lance :
« On fait la job du gouvernement pour 15 fois moins cher. L’importance du communautaire, c’est qu’on fait du travail que le gouvernement ne fait pas. On fait le travail pour lequel le gouvernement se désengage, et ce, à des montants infimes, particulièrement en défense collective des droits. On est les enfants pauvres du communautaire. On a les moins gros versements quand on regarde secteur par secteur. »
Malgré les conditions souvent difficiles, il n’a jamais baissé les bras pour défendre les valeurs de solidarité et de justice sociale qui l’habitent, tout ça, sans chercher la gloire ou la reconnaissance de qui que ce soit.
Sa fierté, c’est d’avoir pu faire la différence pour de nombreux individus qui avaient besoin de soutien.
« Moi, je regardais ça par petite victoire. Des grandes victoires avec le gouvernement, on n’en a jamais eu […] C’est des petites affaires, mais à force de les mettre bout à bout les petites affaires, elles deviennent quand même importantes. »
Sans blâmer qui que ce soit, il estime que la société a pris une trajectoire très individualiste dans les dernières décennies. Il se réjouit de voir les manifestations du mouvement Le communautaire à boutte et espère que l’implication des membres ne s’essoufflera pas.
Sylvain Bergeron est convaincu que L.A.S.T.U.S.E. va lui survivre, que ses collègues vont demeurer au front et qu’ils vont continuer de se battre pour tous ceux qui en ont besoin, comme lui-même l’a fait toute sa vie.
« Il n’y a personne d’irremplaçable », lance-t-il avec aplomb.