10/15/2026
« Les femmes sont une priorité quand elles sont mortes »
Mylène Moisan 19 septembre 2026, Le soleil
Il faut tout faire pour prévenir les féminicides, il faut aussi s'occuper des survivantes. (Stéphane Lessard/Archives Le Nouvelliste)
CHRONIQUE / Le sort des femmes victimes de violence conjugale, «c’est pas populaire, c’est clairement pas une priorité. C’est une priorité quand elles se font tuer, quand elles sont mortes. Les autres, les survivantes, pas vraiment.»
On détourne le regard.
L’avocate Sophie Mongeon se bat depuis une trentaine d’années pour les plus vulnérables de notre société, elle se porte à la défense de ces femmes qui deviennent, en plus, des victimes du programme qui devrait les aider. Depuis 2024, le gouvernement a imposé une limite de trois ans au fonds de l’IVAC dédié aux victimes d’actes criminels, et tant p*s si elles ne sont pas guéries.
On leur dit, arrange-toi ma chouette.
Le funeste compteur des féminicides affiche 17, seulement depuis janvier. Et chaque fois, le gouvernement de la CAQ a annoncé des mesures pour qu’il y ait plus de maisons d’hébergement (quoique toujours pas assez), plus d’aide plus rapidement. «Aucune femme ne devrait avoir à rester dans un milieu dangereux parce qu’il manque une place ou une ressource pour l’accompagner», dit la première ministre Christine Fréchette sur le site de son parti.
Mais une fois la femme à l’abri, la violence ne s’envole pas par magie. Elle revient la hanter en cauchemars, en traumatismes, en crises de panique. Cette femme a peut-être échappé à la mort, mais elle n’est plus totalement en vie. Elle doit se rafistoler, réapprendre à se faire confiance, arriver à dormir sur ses deux oreilles.
Et ça, des fois, ça prend plus que trois ans.
Depuis que la loi a été changée en 2021 par le ministre Jolin-Barrette, tous ceux et celles qui sont reconnus par l’IVAC ont un maximum de 36 mois de prestations. Et après, tant p*s. Pour les «vieilles victimes» qui étaient sur l’ancien régime, elles ont eu, à cause du tollé que ça avait créé, un sursis jusqu’en octobre 2027.
« Toutes celles qui ont été victimes d’agressions se*****es, d’incestes, des survivantes, elles vont être coupées. Il va y avoir une autre coupure massive. Ça a été un band aid qu’on a mis en octobre 2024, en pelletant ça en avant. Je le dis tout le temps, on pleure souvent nos femmes décédées, mais on ne s’occupe pas de nos femmes vivantes .»
Elles seraient, selon elle, entre 750 et 1 000.