08/13/2026
🗞À LIRE / Quand accueillir un enfant différent enrichit tout un milieu / La Presse
Article du 11 août 2026, par Vanessa Jourdain, Mère d’un adolescent et d’un enfant de 6 ans
Le premier camp de jour du fils de Vanessa Jourdain a été une expérience positive non seulement pour lui, mais aussi pour toute une collectivité, a-t-elle constaté.
Je suis la mère d’un adolescent et d’un petit bonhomme de 6 ans. Un enfant curieux, lumineux, atteint d’un re**rd global de développement lié à une malformation cérébrale et qui se déplace avec l’appui d’une marchette. Cette année, il vivait une première importante : son tout premier camp de jour.
Quiconque a déjà navigué dans le monde des camps de jour le sait : entre les listes d’attente, les préinscriptions, les choix de parcours thématiques et les coûts en constante hausse, l’exercice est complexe. Il se transforme vite en véritable parcours à obstacles lorsqu’on est parent d’un enfant « différent ».
C’est ce que j’ai vécu.
Après plusieurs refus et blocages liés à des critères que mon plus jeune cochait trop ou pas assez, j’ai finalement trouvé une place. Il a fallu expliquer, répéter, remplir des formulaires supplémentaires, multiplier les appels et déconstruire certaines idées préconçues, notamment parce que mon fils n’est pas tout à fait propre. J’ai aussi dû rappeler que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse interdit de refuser un enfant à un camp de jour pour ce motif. On m’a écoutée et on m’a même remerciée pour cette « sensibilisation ».
Mon insistance calme, mais ferme, a fini par faire basculer les choses positivement pour notre famille, au terme d’un processus amorcé en janvier.
Puis l’été a commencé.
Dans un camp de jour communautaire de quartier, au milieu d’une mer de petits chandails orange, il y a eu « Canicule », l’accompagnatrice de mon fils. Grâce à elle et à l’ouverture du milieu, mon garçon a vécu plusieurs semaines de rêve. Il a participé à des activités auxquelles j’aurais moi-même hésité à l’inscrire. Il a suivi son groupe, comme n’importe quel autre enfant de son âge, avec sa marchette pour l’aider à avancer.
Une collectivité qui gagne
Ce qui m’a bouleversée, ce n’est pas seulement que ça ait été possible : c’est ce que ça a révélé autour de lui.
J’ai vu des enfants du quartier crier son nom à son arrivée. D’autres lui faire l’accolade au départ. Un copain lui a demandé son numéro pour l’inviter à jouer chez lui : une première. Une mère m’a aussi prise à part pour me remercier d’avoir inscrit mon fils au camp, parce que ses propres enfants parlent à la maison de leur joie de l’aider. Ce que j’ai vu, c’est une collectivité qui gagnait à accueillir la différence au lieu de l’éviter.
Et c’est là que se trouve le cœur du sujet.
La présence d’un enfant comme le mien ne crée pas un problème. Elle oblige simplement un milieu à voir plus large, à s’ajuster, à faire preuve d’imagination et de souplesse. Ça apprend aux autres, jeunes comme adultes, à attendre, à observer, à s’adapter, à coopérer. Un enfant qui participe avec les autres n’est pas un problème à résoudre, mais un membre de plus dans un groupe qui apprend à vivre ensemble.
Rendre sa différence visible, c’est accepter que sa présence transforme aussi tous les autres. Et c’est précisément là que commence une société plus juste.
Aux camps de jour, aux municipalités, aux organismes de loisir : votre rôle est immense. Chaque place ouverte, chaque accompagnateur, chaque geste d’accueil change nos milieux. Formez vos équipes. Prévoyez les ressources. La volonté de chercher des solutions plutôt que des raisons d’exclure fait la différence entre une institution qui tolère et une communauté qui accueille vraiment. En disant oui plutôt que « c’est compliqué », vous n’acceptez pas seulement un enfant de plus : vous contribuez à bâtir une société où personne n’est laissé de côté.
L’inclusion n’est pas qu’un principe abstrait.
C’est une main tendue au bon moment.
Un nom qu’on prononce avec joie.
C’est un chandail orange parmi les autres.