10/16/2026
Les petites chroniques du colloque SST de la FTQ, 14-15 octobre 2026 à Trois-Rivières
Par Sophie Bibeau
2e journée :
Santé et sécurité en 2040 : anticiper les changements pour orienter la recherche et la prévention en SST, Bertrand Galy, ingénieur et doctorant, directeur des opérations – service de recherche.
Pourquoi agir maintenant ?
Le portrait actuel (2025) dans le monde :
• 3 millions de décès liés au travail
• 395 millions de lésions professionnelles
Au Québec, selon la CNESST :
• 103 928 lésions professionnelles ont été recensées (92 875 personnes ont subi un accident du travail; 11 053 travailleurs ont contracté une maladie professionnelle).
• 257 décès (91 personnes ont perdu la vie lors d’un accident du travail; 166 personnes sont décédées des suites d’une maladie professionnelle).
Et ce, bien que les progrès techniques soient à la hausse, il y a une stagnation des accidents graves du travail. Voici une liste de l’émergence des risques SST classiques :
• Stress
• Précarité
• Maladies infectieuses
• Milieu de travail en évolution
• Violence
À la suite de ces constatations, il nous explique que 18 professionnels de la SST se sont réunis pour un projet afin de réfléchir sur la prospective stratégique. La prospective stratégique désigne un ensemble de méthodes visant à explorer ce que nous réserve l’avenir dans les 10 à 50 prochaines années. Contrairement à la prédiction ou à la prévision, la prospective stratégique ne consiste pas à anticiper un avenir unique et probable. Elle explore plutôt un champ des possibles en examinant divers signes de changement, parfois inattendus.
Un groupe de 18 personnes, dont 2 Québécois, quelques Canadiens et Européens, ont passé plusieurs semaines à faire la collecte de signaux au travers de diverses sources afin d’essayer de trouver les signaux de changement pour identifier des tendances. Ils ont fait 6 séances en groupe aux 4-5 mois pour aboutir à une synthèse dégageant 7 tendances :
• Érosion de la confiance institutionnelle : 60 % pensent que les dirigeants les trompent; déplacement de l’autorité vers les « influenceurs » (38 %) plutôt que le médical; résistance au protocole de sécurité.
• Longévité et différences générationnelles : sociétés super-vieillissantes, 20 % de la population aura plus de 65 ans en 2040; coexistence de plusieurs générations au travail; robotisation pour combler le manque de personnel.
• Intensification des impacts climatiques : exposition extrême (chaleur, feux de forêt, dégradation de la qualité de l’air); risque de zoonoses (ex. : Lyme); émergence de l’économie du désastre; responsabilité juridique accrue des employeurs (ex. : pétrolières).
• Changements algorithmiques : IA comme collègues (équipes hybrides); stress lié à la surveillance constante; intensification du travail, insécurité d’emploi; interfaces cerveau-machine; flou avec l’imputabilité.
• Hausse de l’isolement : érosion du tissu social (souvent sur cellulaire, télétravail); 57 % des jeunes Européens se sentent seuls; popularité des « influenceurs », TikTok; solitude, isolement, anxiété à la hausse.
• Montée de l’hostilité (cyber/géopolitique) : cybermenaces, fraude psychologique qui paralyse l’organisation; guerre de l’information (désinformation stratégique).
• Augmentation de la précarité : inabordabilité urbaine et insécurité alimentaire causant du stress; 25 % des Canadiens travaillent en lien avec l’économie à la demande; érosion des avantages sociaux traditionnels liés aux emplois stables.
Recommandations issues du rapport :
• Intégrer la prospective dans les stratégies, la recherche et la planification.
• Renforcer les collaborations intersectorielles (santé, travail, climat, tech, éducation).
• Mettre l’inclusion au centre des politiques et programmes.
• Repenser les lieux et organisations du travail pour un monde multigénérationnel et technologique.
• Traiter la santé mentale, l’appartenance et la résilience sociale comme des questions fondamentales de sécurité au travail.
• Se préparer aux changements climatiques et aux perturbations systématiques.
• Encadrer l’adoption éthique et responsable de la technologie (IA, données, algorithmes).
• Soutenir la recherche et l’innovation là où émergent les signaux faibles.
Un peu de positif :
• Milieux de travail plus inclusifs.
• L’utilisation de technologies et de robots permet d’accroître la sécurité des travailleurs (détection de stress, automatisation, etc.).
• Mise à profit d’avancées dans le domaine des énergies propres pour créer des environnements de travail plus sains.
• Plus grande flexibilité pour tenir compte des attentes de changements des modèles de travail.
• Développement d’entreprises de réparation, de carrières et de milieux low-tech.
• Mise à contribution des travailleurs âgés, d’animaux et de compagnons IA pour combler les besoins en main-d’œuvre et de la main-d’œuvre.
En conclusion :
Ce rapport n’est pas une feuille de route figée, mais un point de départ pour la réflexion. L’avenir de la santé au travail à l’horizon de 2040 ne sera pas défini par un seul changement, une seule tendance ! La SST doit passer d’une logique de prévention « en silo » à une approche capable de gérer des risques hybrides et simultanés.
Solidarité !