04/23/2026
«Imaginez, partout, des écoles qui rassemblent au lieu de diviser, qui élèvent au lieu de trier?»
L’école qui refusait l’élitisme.
Elle est flambant neuve, presque rutilante, mais c’est peut-être l’école la moins élitiste au Québec. Au cœur d’un des quartiers les plus pauvres de Laval, l’école secondaire La Croisée mène depuis son ouverture une expérience révolutionnaire : le refus systématique de la ségrégation scolaire.
Ici, aucune concentration sélective ou programme « d’élite » payant. Ici, tout le monde peut choisir (gratuitement!) un des 10 cheminements offerts, qui vont de l’art dramatique au plein air, en passant par le multimédia, le sport, la musique, les langues, la danse ou les technologies.
Personne n’est laissé derrière : dans le cadre de ces « blocs passion », qui ont lieu huit jours sur dix, tout le monde est réuni. Les enfants performants, les jeunes en difficulté d’apprentissage, ceux des classes d’accueil… et même les élèves autistes! Ça crée de l’entraide (les plus forts aident les plus faibles), ça diminue les préjugés et ça créé un formidable nivellement vers le haut. Le sentiment d’appartenance se développe, sans rabaisser personne ni enfler la tête de quiconque.
Cette mixité exceptionnelle ne se fait jamais au détriment des besoins particuliers de chaque élève. Lorsque vient le temps d’apprendre le français, il est normal que les élèves en classes d’accueil ou ceux présentant de graves troubles d’apprentissage bénéficient de classes adaptées. L’inclusion ça ne veut pas dire l’uniformisation, ça veut dire valoriser tout le monde et ne laisser personne derrière.
Bien sûr, ce n’est pas un conte de fées. Gérer une classe aussi hétérogène, dans laquelle se côtoient des jeunes de tous les niveaux académiques, ce n’est pas toujours facile. Pour y arriver, l’école mise sur la collaboration : plus il y a des difficultés dans une matière, plus les profs ont accès à des périodes de collaboration, pour s’entraider et se donner des trucs. « Au quotidien, ça fait toute la différence. Ça fait en sorte qu’on n’arrête jamais de s’améliorer » m’a confié un prof de math.
Avec l’aide de leur Centre de services scolaire, Stéphane (l’inspirant directeur) et son équipe font un travail extraordinaire. En s’inspirant de ce qui se fait le mieux au public et au privé, ils ont construit un modèle qui réinvente complètement la fameuse « composition de la classe ». Au lieu de s’enfoncer dans la logique de la surspécialisation et de la performance précoce, ils ont choisi le chemin de l’inclusion et de la collaboration. Je trouve ça extrêmement prometteur.
Bien sûr, ce n’est qu’une école parmi d’autres, situé sur un territoire ou près d’un élève sur trois quitte pour le privé ou le « public sélectif ». Mais en sortant de l’école, je me suis mis à rêver : imaginez si on s’inspirait de ce modèle un peu partout au Québec? Imaginez, si on changeait notre système?
Imaginez, partout, des écoles qui rassemblent au lieu de diviser, qui élèvent au lieu de trier?