06/03/2026
« Aidez-moi » : quand l'AMM tourne mal
Nous appuyons la réaction de la Dre Ramona Coelho à la une du National Post en ce 3 juin 2026 :
« Le récit selon lequel l’AMM procure toujours une mort paisible et belle est faux. (...) Le consentement éclairé exige la divulgation des complications potentielles et des effets indésirables, et non seulement la promesse d’une mort belle et paisible. » Source: https://x.com/rljcoelho/status/2062137344329728107?s=20
Voici notre traduction du texte du jour (version originale https://bsky.app/profile/vivredignite.bsky.social/post/3mnfhltlgtc26 )
La mort administrée par un médecin est souvent présentée comme rapide, paisible et confortable. Pourtant, les complications potentielles constituent un risque reconnu que certains experts estiment ne pas être systématiquement abordé avec les patients dans le cadre du consentement éclairé.
La possibilité d’un « échec de l’AMM » a été mise en lumière la semaine dernière à la suite de reportages concernant le décès, en 2024, de Bradley Stewart, un Ontarien qui a recommencé à respirer après avoir été déclaré mort par un médecin de famille de London, en Ontario, également fournisseur d’AMM. Ses frères et sœurs, témoins de cette mort mal gérée, en demeurent profondément traumatisés.
Le médecin, James Maclean, n’avait pas administré la séquence habituelle de médicaments et avait quitté les lieux avant que Stewart ne recommence à respirer.
Cette affaire soulève des questions sur ce qui peut se produire lorsque l’aide médicale à mourir ne se déroule pas comme prévu.
Selon la Dre Ramona Coelho, ancienne membre du comité d’examen des décès par AMM du Bureau du coroner en chef de l’Ontario, aucune procédure médicale n’est exempte de risques ou de résultats inattendus.
« Pourtant, certains cliniciens pratiquant l’AMM présentent publiquement ces décès comme étant toujours paisibles, beaux et exempts de complications. »
Selon elle, cette image idéalisée ne reflète pas fidèlement la réalité et risque d’influencer les décisions concernant l’AMM.
Un autre dossier examiné par le bureau du coroner de l’Ontario et obtenu par le National Post décrit le décès d’un homme anonymisé, « M. D. », âgé de 87 ans et atteint d’insuffisance cardiaque congestive, qui a prononcé les mots « Aidez-moi » pendant son AMM en 2023.
Deux évaluateurs avaient conclu qu’il satisfaisait à tous les critères d’admissibilité et qu’il souffrait d’un problème médical grave et irrémédiable.
Le médecin lui a administré du midazolam, un sédatif apparenté au Va**um. Ensuite, de la lidocaïne a été injectée pour engourdir la veine avant l’administration du propofol, un médicament induisant un coma.
Le midazolam est censé provoquer une profonde relaxation et entraîne souvent le sommeil.
Cependant, durant les trois premières minutes, M. D. a présenté des signes de détresse physique et psychologique : gémissements, contractions musculaires et grimaces.
Contrairement à ce qui était attendu, il n’a pas été suffisamment sédaté et est demeuré conscient.
Ses manifestations de détresse se sont intensifiées jusqu’à ce qu’il répète à plusieurs reprises : « Aidez-moi », et ce jusqu’à ce que le propofol produise finalement une sédation adéquate et un état comateux.
Le rapport souligne :
« Ces circonstances malheureuses de fin de vie ont causé une profonde détresse à la famille. Ils ont vu leur père souffrir physiquement et psychologiquement, et ces derniers souvenirs les accompagnent encore. »
L’enquête du coroner a conclu que l’explication la plus probable était une réaction inattendue au midazolam. Dans de rares cas, ce médicament peut provoquer une réaction paradoxale : rigidité des membres, accélération du rythme cardiaque, secousses ou spasmes musculaires, plutôt que la sédation attendue.
La famille souhaitait que cette expérience soit communiquée aux fournisseurs d’AMM afin que tous les effets indésirables possibles soient discutés avec les patients avant la procédure.
Dans un sondage auprès de 335 médecins urgentistes canadiens, trois ont rapporté avoir vu des patients se présenter à l’urgence après un échec de l’accès intraveineux lors d’une tentative d’AMM.
Une étude de 2022 portant sur 3 557 décès par AMM en Ontario et à Vancouver entre 2016 et 2020 a recensé 41 complications (1,2 % des cas). Les principales concernaient :
les difficultés à obtenir ou maintenir un accès intraveineux;
un délai prolongé avant le décès nécessitant l’administration d’une deuxième trousse de médicaments.
La plupart des décès survenaient entre trois et quinze minutes après la première injection. Le délai le plus court observé était d’une minute, le plus long de 127 minutes.
Une autre étude, menée auprès de cinq proches ayant vécu un deuil complexe après une AMM, a constaté que si certains avaient assisté à une mort paisible, d’autres témoignages remettaient en question l’idée que l’AMM laisse toujours l’héritage d’une mort digne et sereine.
Bradley Stewart, surnommé « Stewie », était l’un de six enfants, un homme très engagé dans sa communauté et membre actif de sa petite église baptiste ainsi que de la Légion locale de Beachville, en Ontario. Après 47 ans chez le même employeur, il reçut en 2023 un diagnostic de cancer du foie.
Il choisit finalement l’AMM afin d’éviter la fin de vie qu’avait connue son père.
Sa sœur, Cathy Stewart-Mott, explique :
« Il pensait qu’il existait une meilleure façon de mourir grâce à l’AMM. »
Âgé de 67 ans, il profita pleinement de ses derniers mois et de ses derniers jours.
Trois jours après s’être effondré lors d’une exposition automobile locale, il était devenu inconscient lorsque le médecin fut appelé à son domicile.
Entouré de sa famille, de ses amis et de ses trois chihuahuas, Stewart reçut une injection de midazolam puis de propofol.
Cependant, il manquait dans la trousse du médecin un troisième médicament, celui qui paralyse les muscles et arrête la respiration.
Après avoir injecté le propofol et ne plus entendre de battement cardiaque, le médecin déclara Stewart mort et quitta les lieux.
Mais Stewart recommença à respirer.
Selon sa sœur, certains membres de la famille remarquèrent d’abord des mouvements respiratoires presque imperceptibles qui devinrent progressivement plus évidents.
Après avoir été rappelé à la maison, le médecin serait revenu en déclarant :
« Wow, cela ne m’est jamais arrivé auparavant. Il respire encore ? »
Il administra alors d’autres médicaments, y compris l’agent paralysant manquant, puis déclara de nouveau Stewart décédé.
L’expérience a profondément marqué la famille.
Sa sœur Tracey Townsend raconte :
« Au début, nous étions incapables d’en parler. Traverser une AMM et perdre quelqu’un deux fois en l’espace de quelques heures, c’était trop. »
La famille demeure également en colère du fait que, malgré les préoccupations sérieuses soulevées concernant la pratique du médecin — notamment une autre plainte liée à l’évaluation d’un patient dans un stationnement de Tim Hortons — celui-ci n’ait pas fait l’objet d’une audience disciplinaire de son ordre professionnel.
À la place, il a accepté diverses mesures volontaires, dont au moins six mois de supervision clinique, tout en étant autorisé à continuer de pratiquer l’AMM.
Selon Townsend :
« C’était littéralement une tape sur les doigts. »
Le Dr Maclean a refusé de commenter l’affaire, invoquant les règles de confidentialité entourant les enquêtes disciplinaires.
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Note : pour l'étude de 2022 dont fait mention l'article
https://www.cmajopen.ca/index.php/content/10/1/E19