07/24/2026
Vous avez été nombreux à réagir à la lettre ouverte « Troubles mentaux: offrir l’aide médicale à mourir pour contrer le su***de » publiée par les Coops de l'info. Nous sommes heureux de vous relayer une superbe réponse signée par le psychologue Jean-Nicolas Carrier, D.Ps.: « Soyons effrontés devant la mort ».
Lien Le Soleil https://bsky.app/profile/vivredignite.bsky.social/post/3mrf3q7regc2w
Extrait:
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«Qui sommes-nous», demandent les auteurs, «lorsque nous ne vivons pas cette souffrance, pour affirmer qu’elle n’est pas suffisamment importante pour qu’une demande [d’AMM] puisse même être examinée?»
L’argument présente ses mérites: il importe d’écouter et de respecter la parole d’une personne souffrante qui nous consulte. Gardons à l’esprit d’autres considérations tout aussi, sinon plus importantes, pour trancher collectivement sur cette délicate question.
Psychologue, j’ai accompagné des gens en état de vulnérabilité psychique, dont quelques années en Mauricie, où j’ai été formé. Il va sans dire que mes collègues et moi aurions gravement erré en avalisant et validant sans aucune critique les paroles du sujet souffrant, acquiescé à ses penchants les plus autodestructeurs, à participer à la violence tournée contre soi; celle du rapiècement de sa valeur propre et du sens de sa vie. Il n’est pas déraisonnable de croire, pourtant, que plusieurs des personnes nous ayant consultés ne soient plus de ce monde aujourd’hui.
Mais, qui sommes-nous, praticiens en santé mentale, pour remettre en question leur projet de mort? Peut-être, justement, faut-il avoir un peu de front, et assumer le fait d’être quelqu’un?
Être quelqu’un, c’est adopter une posture d’écoute et d’accueil qui ne sied plus tout à fait à la doxa contemporaine: il faut assumer l’asymétrie de la relation de soin; douter de la valeur du désir de mort de la personne qui nous consulte; prendre le parti de la vie, incarner la limite, la fonction contenante, voire frustrante; protéger autrui contre la destructivité qui le ronge.
La personne suicidaire veut généralement cesser de souffrir, parfois faire entendre et extérioriser un mal indicible, qui ne se laisse pas voir de l’extérieur. Pas un de mes patients, au cours de mes quelque 20 années de pratique, ne m’a jamais dit qu’il regrettait d’avoir trouvé des voies moins destructrices pour suppléer à son désir d’annihilation.
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