08/20/2026
** Carole et Karole **
Elle s’appelle Carole. Saint-Lambert. Six kilomètres des pistes, ce qui, paraît-il, devrait être assez loin pour vivre tranquille. Elle nous écrit : « Vraiment invivable maintenant ! »
L’autre s’appelle Karole. Avec un K. Sainte-Julie. Huit kilomètres, au nord. Deux kilomètres de plus, un K en plus, même histoire : « Depuis le MET, notre vie, c’est l’enfer. »
Carole et Karole ne se connaissent pas. Enfin, probablement pas. Elles pourraient se croiser demain à l'épicerie sans savoir qu’elles passent leurs journées à lever les yeux vers le même ciel.
Elles ont pourtant quelque chose en commun. Quelque chose qui passe au-dessus de leur maison, plusieurs fois par jour.
Elles vivaient tranquillement. Depuis cet été, les voici désormais à subir, jour après jour, la quarantaine de vols commerciaux de Porter.
À Sainte-Julie, le 18 août, le maire Mario Lemay - Maire de Sainte-Julie s’est lancé dans un long discours pour expliquer tout ce qu’il faisait afin de défendre sa population. On le sentait mal à l'aise lui qui était allé siroter un cocktail fin mai pour célébrer l'ouverture du terminal Porter, n'hésitant pas à mettre quelques photos mal cadrées sur sa page Facebook.
Il s’est notamment félicité d’avoir obtenu de NAV CANADA que, dans une dizaine de mois, certains avions passent à 1 700 pieds plutôt qu’à 1 500 pieds.
Deux cents pieds de plus : voilà qui paraît impressionnant.
Sauf que la physique des ondes est moins impressionnable que les discours politiques. À distance comparable, passer de 1 500 à 1 700 pieds représente théoriquement une diminution d’environ 1,2 décibel. Autrement dit : un changement à peine perceptible pour l’oreille humaine.
Le maire a ensuite abordé le fameux « chant de la baleine », ce bruit particulièrement irritant produit par les Embraer E195-E2 lors de certaines phases d’approche et de changement de régime moteur.
Tiens donc. On nous avait pourtant beaucoup expliqué que ces avions étaient particulièrement silencieux !
Heureusement, une solution semble avoir été trouvée : effectuer cette modification de régime moteur un peu plus tôt pendant l’approche.
Formidable.
Les baleines ne chanteront donc plus au-dessus de Sainte-Julie. Elles iront chanter au-dessus de Boucherville.
Et c’est peut-être là que réside tout le problème : depuis le début, on cherche surtout à déplacer les nuisances d’une population vers une autre, à modifier de quelques centaines de pieds les trajectoires ou de quelques kilomètres le lieu où le bruit se produit.
Mais pour Carole, Karole et les milliers de personnes qui vivent sous les corridors aériens, la vraie question est beaucoup plus simple : quand va-t-on enfin chercher à réduire les nuisances à la source, plutôt qu’à décider au-dessus de quelle ville elles doivent tomber ?
Ville de Sainte-Julie