05/08/2026
J’aimerais vous présenter Tommy.
Nous nous sommes connus en famille d’accueil. Il avait trois semaines. J’avais 10 ans.
Je suis tombée immédiatement sous le charme. Tommy, c’était un bébé parfait : calme, souriant. Je l’avais toujours dans les bras. Je me prenais pour sa maman. Je me levais même la nuit pour le nourrir.
Puis, après 9 mois, il est parti.
La DPJ est venue le chercher. Je pleurais tellement. J’avais le cœur brisé.
On m’a expliqué qu’on lui avait trouvé une famille pour la vie. Alors je me suis efforcée d’être heureuse pour lui. Mais je ne l’ai jamais oublié.
Toute ma vie, j’ai pensé à lui. J’ai souvent essayé de le retrouver.
Cette semaine, je l’ai enfin revu.
Un rêve.
Et puis… la réalité.
J’aimerais vous dire que cette histoire est belle. On me le reproche souvent : « Tu ne parles pas assez des belles histoires, Nancy. »
Je sais. Et si vous saviez comme j’aimerais le faire plus souvent.
Mais l’histoire de Tommy n’est pas celle que j’avais imaginée.
Dans sa famille d’accueil, il a vécu des choses graves. Très traumatisantes pour un enfant. Quand il en a enfin été retiré, il a été ballotté d’une famille à l’autre, puis en foyer de groupe, puis en centre de réadaptation.
Là aussi, il a vécu des choses très difficiles.
Et moi, pendant toutes ces années, je croyais qu’il avait une vie heureuse et épanouie.
À 18 ans, il s’est retrouvé seul. Démuni. Avec des traumatismes qui n’avaient pas été guéris.
Il lui a fallu des années pour se reconstruire. Et même s’il reste fragile, je le vois aujourd’hui debout, avec courage et détermination.
Alors non, je ne vais pas écrire pour faire plaisir à ceux qui veulent uniquement lire du beau.
Il y a quelques années, on m’a offert un poste en relations publiques pour faire briller la DPJ et mettre en valeur les intervenants. Le salaire dépassait largement ce que je gagnais comme journaliste.
J’ai compris, ce jour-là, que certaines personnes sont très bien payées pour raconter le beau.
J’ai refusé.
J’ai choisi un chemin moins facile. Celui d’écouter ces enfants et ces jeunes qui n’ont pas beaucoup de positif à partager. Ceux qui souffrent.
Eux, ils n’ont pas de relationniste. Ils n’ont personne pour porter leur voix.
Même si c’est inconfortable, même si c’est dérangeant, je ne regrette pas cette décision.
Mais aujourd’hui, j’ai envie de vous demander quelque chose.
Pas seulement de lire. Pas seulement d’être touchés.
D’agir.
D’écouter sans juger. De ne pas détourner le regard quand c’est difficile. De laisser une place aux histoires qui dérangent. De soutenir, à votre façon, les jeunes qui en ont besoin. De devenir, chacun à votre manière, une voix de plus.
Parce que le silence, lui, fait beaucoup trop de bruit dans leur vie.
Tommy, je suis désolée pour tout ce que tu as traversé. Et je te le promets : ton histoire ne sera pas oubliée.
Comme celle de tous les enfants qui n’ont pas été aimés et protégés.
Si cette histoire vous touche, prenez un moment pour la partager. Pour en parler. Pour ouvrir la discussion.
C’est comme ça que les choses commencent à changer. Le beau, c’est de les voir debout à essayer de regagner leur dignité. 🙏
Vous pouvez lui envoyer de l’amour. Tom Freedom je t’aime. Sois fier de toi.