04/09/2026
Selon les résultats d’une consultation réalisée par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), plus de 40 % des enseignants titulaires (41,8 % au primaire et 42,2 % au secondaire) ont déclaré qu’au moins un élève pour qui un redoublement ou le passage en classe spécialisée était suggéré avait plutôt été promu au niveau supérieur.
Près du quart (22,8 %) des titulaires de classe de primaire qui ont répondu au questionnaire soutiennent avoir subi de la pression pour promouvoir au niveau supérieur un ou des élèves. Au secondaire, cette proportion est de 29 %. L’opposition au redoublement émane principalement du parent ou du tuteur, de la direction d’école, ou elle est attribuable au manque de places en classe spécialisée.
Les chiffres sont tirés d’un sondage web1 réalisé en novembre et en décembre 2025, auquel ont participé près de 5700 professionnels de l’enseignement primaire et secondaire. Et derrière les données se cache une réalité tangible qui alourdit considérablement la tâche enseignante : la « modification des attentes »2, régime consistant à adapter les activités d’apprentissage pour les élèves en difficulté, mais en classe ordinaire.
«Ce que les profs nous décrivent, c’est des élèves en échec qui sont promus sans le soutien nécessaire ou qui ne vont pas en classe spécialisée, alors que c’est le service dont ils ont besoin. Souvent, pour économiser de l’argent, on les met en modification des attentes.» Richard Bergevin, président de la FSE-CSQ
« Par exemple, on peut avoir un élève en quatrième année du primaire, mais qui reçoit un cours de troisième année en mathématiques. Pour le prof, c’est une surcharge de travail incroyable », indique-t-il. Et c’est sans compter que les enfants ne gagnent pas non plus au change : les participants citent le « découragement » des élèves promus indûment, les « comportements perturbateurs », et le fait que les élèves plus forts s’ennuient.
Le personnel enseignant ne s’en tire guère mieux, d’après ce qui se dégage de l’enquête portant sur les élèves de la cohorte 2024-2025. Pour eux, la promotion d’élèves qui ne possèdent pas les acquis attendus se traduit entre autres par la « difficulté à gérer les besoins de tous les élèves », les « interruptions fréquentes lors des explications », ou encore la « difficulté à passer l’entièreté des apprentissages prévus pour ce niveau ».
Que faut-il retenir de l’étude ? « C’est un cri du cœur, plaide Richard Bergevin. Le premier message, c’est de respecter le jugement professionnel des enseignants. Environ un quart d’entre eux ont subi de la pression après avoir communiqué le jugement [sur un redoublement ou un classement]. L’autre, c’est que c’est un problème qu’il est urgent de régler. »
D’où la nécessité de tenir « une grande réflexion en éducation », réitère le syndicaliste.
Le redoublement, pas au goût du jour
Invitée à se prononcer sur une réticence de la « machine » à donner le feu vert à des redoublements, Isabelle Archambault préfère ne pas substituer son jugement à celui des principaux concernés. « C’est sûr qu’on n’est pas dans un système qui prône ou qui valorise le redoublement », avance néanmoins la professeure titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal.
Le redoublement peut être bon pour certains élèves, et mauvais pour d’autres. Ce qu’il faut retenir, dans tous les cas, c’est que la clé réside dans « la prise en charge » subséquente des élèves, qu’ils soient retenus d’un an ou pas, dit la professeure Isabelle Archambault. Un élève en difficulté qui poursuit son parcours sans redoubler a-t-il les mesures de soutien requises ? Le redoublement d’un autre a-t-il été la seule mesure mise en place ?
C’est le genre de question qu’il faut se poser pour ce qui reste une « mesure d’exception », argue-t-elle. « Il y a certains enfants pour qui un petit coup de pouce [suffira] pour développer les acquis l’année suivante, note Mme Archambault. L’enjeu principal, c’est qu’on est dans une pénurie de personnel, on a un manque de ressources, ce qui fait que les mesures de soutien ne suivent pas toujours l’année d’après. L’enjeu est là. »
Car redoubler une année n’est pas un sésame, comme l’a démontré une étude publiée en février 20223. Les données recueillies par les chercheurs montrent que les élèves qui reprennent une année d’enseignement ont de moins bons résultats aux épreuves uniques du ministère de l’Éducation et, pour la plupart, sont « moins susceptibles d’obtenir un diplôme du secondaire que les autres élèves », y concluait-on notamment.