13/07/2026
COMPTE RENDU DE FORMATION
Thème : Étudier les relations internationales aujourd'hui : pour quel avenir ?
Invité : M. Ibrahim Ibrahima, étudiant en master Relations internationales et études de sécurité à l'Université Adnan Menderes (Turquie), consultant junior en RI et études de sécurité à l'EIIRRS.
Longtemps, les relations internationales se sont résumées à un face-à-face entre États, seuls véritables sujets du droit international. Ce monde-là n'existe plus. Aujourd'hui, une multitude de nouveaux acteurs pèsent, chacun à leur manière, dans les équilibres diplomatiques. La raison est simple : le monde est devenu multipolaire, et avec lui, la diplomatie a changé de visage.
1. Les nouveaux acteurs qui bousculent la diplomatie classique
La diplomatie n'est plus l'apanage des États et des chancelleries. Les multinationales négocient directement avec des gouvernements. Les ONG pèsent sur la rédaction des traités internationaux. Les réseaux sociaux font et défont des alliances en quelques heures. Des hackers parviennent à déstabiliser des élections. Les diasporas exercent des pressions diplomatiques informelles, tandis que de jeunes manifestants, sans mandat officiel, réussissent parfois à faire plier des politiques entières. Un étudiant en relations internationales doit intégrer cette cartographie élargie des acteurs, sous peine de réduire sa lecture du monde aux seuls États.
2. Les enjeux qui redéfinissent l'agenda international
Les relations internationales contemporaines ne se limitent plus à la question, classique, de la guerre et de la paix. L'énergie diplomatique se concentre désormais sur des sujets transversaux : les négociations climatiques, la gouvernance de l'intelligence artificielle, la souveraineté numérique, la dette des pays du Sud, la sécurité alimentaire, les migrations, ou encore la santé mondiale dans l'après-Covid. Un professionnel des RI qui ignore ces sujets sera, tôt ou t**d, dépassé par ceux qui les maîtrisent.
3. Les débouchés classiques : la voie diplomatique
Quand on étudie les relations internationales, le ministère des Affaires étrangères vient naturellement à l'esprit. La carrière diplomatique reste une voie noble et recherchée, mais il faut en connaître les réalités : concours sélectifs, processus longs, postes en nombre limité. Au Bénin, comme dans la plupart des pays africains, l'accès à cette carrière passe par des concours de la fonction publique ou par des voies plus discrétionnaires. La préparation doit donc être rigoureuse, patiente et stratégique — et il faut garder à l'esprit qu'elle ne commence presque jamais par un poste d'ambassadeur, mais par des années de travail administratif discret : rédaction de notes, gestion de dossiers, apprentissage du métier dans l'ombre.
4. Les nouveaux métiers : des portes de sortie insoupçonnées
L'entrée en scène de nouveaux acteurs et l'évolution des tendances géopolitiques ont fait émerger des métiers qui constituent, dès aujourd'hui, de sérieuses portes de sortie :
- Consultant en géopolitique pour des entreprises multinationales
- Spécialiste en diplomatie climatique
- Expert en cybersécurité internationale
- Analyste en renseignement open source
- Conseiller en communication diplomatique
- Expert en gouvernance de l'intelligence artificielle
- Spécialiste de la diplomatie culturelle et du soft power
- Spécialiste de la diplomatie territoriale et de la coopération décentralisée
- Etc.
Ces métiers émergents sont encore peu occupés par des Africains. C'est précisément ce qui en fait, pour notre génération, une opportunité historique.
Quid de l'entrepreneuriat diplomatique ?
C'est la trajectoire la moins connue, mais peut-être la plus prometteuse pour les profils ambitieux et créatifs : créer sa propre structure. Cabinet de conseil en relations internationales, agence de communication diplomatique, plateforme de formation en ligne, think tank indépendant, média spécialisé en géopolitique — les modèles restent largement à inventer, et c'est justement ce qui en fait un terrain fertile.
5. Les compétences vitales
Pour faire la différence et être prêt à saisir ces opportunités, quatre compétences reviennent sans cesse :
- Parler correctement l'anglais et le français, en plus d'une autre langue — l'anglais n'est plus une option, c'est une nécessité.
- Peaufiner ses capacités rédactionnelles (articles, notes de politique publique, etc.).
- Savoir prendre la parole en public.
- Ne pas négliger la maîtrise du numérique et de l'intelligence artificielle.
Autres pistes évoquées
- Apprendre à retourner les RI à son avantage plutôt que les subir.
- Développer une expertise sectorielle : la diplomatie territoriale et la coopération décentralisée restent des domaines largement inexploités.
- Produire du contenu intellectuel — rédiger des articles, s'investir dans la recherche scientifique, réaliser des analyses géopolitiques — et cultiver le réflexe d'aller chercher l'information plutôt que de l'attendre.
Sans surprise, c'est l'entrepreneuriat diplomatique qui a le plus mobilisé l'attention des participants au cours des échanges — signe, sans doute, d'une génération désireuse de tracer sa propre voie plutôt que d'attendre qu'on la lui trace. La séance de questions-réponses qui a suivi a permis d'approfondir plusieurs de ces pistes, avant que la formation ne prenne fin.
C'est le moment pour WE DIPLOMATS - WD de remercier tous les participants à ces échanges. Un merci particulier à Monsieur Ibrahima Ibrahim pour la qualité de sa présentation.
Ceci est le début d'une aventure que nous espérons prometteuse !