20/12/2025
XI – L’Âme humaine et sa destinée
Hermès dit :
— Le Père de toutes choses a créé les dieux et les hommes pour qu’ils se contemplent les uns les autres.
Les dieux contemplent les œuvres divines dans l’homme, et les hommes contemplent la puissance divine dans les dieux.
Ainsi, l’âme humaine est le lien qui unit le ciel et la terre.
Asclépios répondit :
— Si l’âme est divine, ô Trismégiste, pourquoi descend-elle dans le corps ?
Hermès répondit :
— L’âme, Asclépios, descend pour gouverner la matière et pour manifester la volonté de Dieu dans le monde visible.
Dieu a voulu que tout soit vivant, et pour cela il a envoyé les âmes comme des artisans de la nature.
Elles animent les corps, elles dirigent les formes, elles assurent la circulation de la vie.
Mais en entrant dans la matière, elles s’y oublient parfois, et c’est là leur épreuve.
Asclépios dit :
— Cette descente de l’âme est-elle une punition ?
Hermès répondit :
— Non, Asclépios. Ce n’est pas une punition, c’est une mission.
Dieu ne punit pas, il enseigne.
L’âme descend pour connaître la matière, pour en découvrir les lois, et pour la ramener à l’ordre divin.
Mais si elle s’attache à ce qu’elle devait seulement gouverner, alors elle devient prisonnière de son œuvre.
Ainsi, ce qui était descente par amour devient chute par oubli.
Asclépios dit :
— Et comment l’âme peut-elle se relever de cette chute ?
Hermès répondit :
— Par la connaissance de soi, Asclépios.
Celui qui se souvient de son origine divine s’élève aussitôt.
Car l’âme, en vérité, n’est jamais séparée de Dieu ; c’est elle-même qui se détourne.
Lorsque le Noùs s’éveille en elle, elle reconnaît sa patrie et commence le retour.
Asclépios dit :
— Où va l’âme après la mort du corps ?
Hermès répondit :
— Elle se dégage peu à peu de ses enveloppes.
D’abord, elle abandonne le corps matériel et laisse la forme à la terre.
Ensuite, elle traverse les sphères, se dépouillant de tout ce qu’elle avait reçu du monde :
de la croissance dans la sphère de la lune, du désir dans celle de Vénus, de la colère dans celle de Mars, du discours dans celle de Mercure, de la passion du pouvoir dans celle de Jupiter, et de l’orgueil dans celle de Saturne.
Ainsi purifiée, elle s’élève vers la région du feu, et de là, vers le monde des dieux.
Asclépios dit :
— Et toutes les âmes suivent-elles ce chemin ?
Hermès répondit :
— Non, Asclépios.
Celles qui ont vécu selon la chair demeurent dans les régions inférieures ; elles errent autour de la terre, attirées par ce qu’elles ont aimé.
Elles ne montent pas, car elles sont alourdies par leurs désirs.
Mais celles qui ont vécu selon le Noùs montent rapidement, car rien ne les retient.
Elles retournent à leur origine et participent de la vie divine.
Asclépios dit :
— Et les âmes qui n’ont ni bien ni mal accompli, où vont-elles ?
Hermès répondit :
— Elles retournent sur la terre pour apprendre encore.
Car la loi de Dieu est miséricordieuse : tout être reçoit la possibilité de se perfectionner.
Les âmes ignorantes reprennent un corps, afin d’expérimenter ce qu’elles n’ont pas compris.
Elles reviennent jusqu’à ce qu’elles aient retrouvé la connaissance et la paix.
Asclépios dit :
— Et que devient l’âme parfaitement purifiée ?
Hermès répondit :
— Elle entre dans le silence de Dieu.
Elle n’est plus séparée, ni consciente d’elle-même comme d’une chose distincte, mais elle devient ce qu’elle contemplait.
De même que la goutte d’eau se perd dans la mer sans cesser d’être eau, l’âme se fond dans l’Un et demeure dans la lumière.
C’est là la béatitude suprême, Asclépios : être en Dieu et ne plus avoir besoin de rien.
Asclépios dit :
— Cette union est-elle la fin de toute individualité ?
Hermès répondit :
— Non, Asclépios, car rien ne se perd dans le divin.
L’âme ne disparaît pas, elle s’accomplit.
Elle cesse d’être une partie pour devenir le Tout.
Ce qu’elle perd, c’est la séparation, non l’existence.
Elle vit désormais selon l’unité, et non selon la division.
Asclépios dit :
— Que devient le souvenir de la vie terrestre ?
Hermès répondit :
— Il s’efface comme un songe au réveil.