28/07/2025
Burkina Faso : la filière manioc à la croisée des chemins entre défis agricoles, ambitions locales et appel à un soutien étatique renforcé
À l’initiative de l’ de la du ( -BF), les principaux acteurs de la chaîne de valeur manioc se sont retrouvés à Ouagadougou ce samedi 26 juillet 2025. Cette rencontre avait pour objectif de faire le point sur les défis et opportunités liés à cette culture en pleine revalorisation, et définir les axes d’une relance durable, intégrant les dimensions productives, sociales et économiques.
Autrefois cantonné à un rôle secondaire dans l’agriculture burkinabè, le manioc s’impose aujourd’hui comme une filière en pleine structuration, portée par des milliers d’acteurs convaincus de son potentiel. De la terre au marché, en passant par l’atelier de transformation, c’est toute une chaîne dynamique qui se met en mouvement, fédérée autour de l’Organisation Interprofessionnelle de la Filière Manioc du Burkina Faso (OIFIMA-BF).
À la tête de cette dynamique, Sabine Zoumbara / Nana , présidente de l’OIFIMA-BF, a souligné les ambitions du collectif : « Cette rencontre est une étape importante dans la préparation de la prochaine Foire du Manioc. Mais au-delà, nous voulons intégrer les veuves de FDS tombés au combat dans un programme de formation à la transformation. Il s’agit pour nous de coupler insertion économique et solidarité nationale. »
Si le manioc séduit par sa robustesse face aux aléas climatiques, sa culture repose encore en grande partie sur les précipitations, une contrainte majeure dans un pays où la saison sèche est longue. « Pour transformer réellement le potentiel du manioc, il faut sortir du modèle exclusivement pluvial. L’avenir passe par l’irrigation », a fait noter Sabine Zoumbara / Nana, en appelant l’État à investir dans ce sens.
Un avis partagé par Sidiki Ouattara, président national des producteurs de manioc, qui pointe les limites de la production actuelle. « Nous disposons de boutures performantes comme la variété V5, parfaitement adaptées à la transformation. Mais sans un accès à l’eau garanti, impossible d’assurer une offre régulière. Or certaines variétés peuvent être prêtes en six mois avec une irrigation adéquate. », fait-il savoir.
L’un des enjeux évoqués lors de cette rencontre concerne la coordination entre les différentes zones de production. Tandis que certaines régions croulent sous les boutures excédentaires, d’autres peinent à s’approvisionner. L’interprofession cherche donc à améliorer la circulation de l’information et à établir une meilleure planification des campagnes agricoles. « Il faut une stratégie de mutualisation des ressources pour booster la production », a-t-il ajouté.
Noufou Singa, représentant du maillon commercialisation, a, quant à lui, attiré l’attention sur une contradiction criante : « Une grande part de la matière première transformée localement est encore importée des pays côtiers. Il est temps d’inverser la tendance et de privilégier une production burkinabè à 100 %. »
Il a également tenu à déconstruire certaines idées reçues sur les coûts d’investissement. « Planter un hectare de manioc ne demande pas une fortune. Pour 200 000 francs CFA, on peut acquérir suffisamment de boutures vendues à seulement 20 francs l’unité pour couvrir une parcelle entière. Ce message est essentiel pour rassurer et attirer de nouveaux producteurs », a-t-il signalé.
A cette rencontre tous les intervenants se sont accordés sur un point, le manioc peut devenir un pilier de la souveraineté alimentaire du Burkina Faso, à condition que des mesures concrètes soient prises.
Ainsi, ils ont plaidé pour la mise en place de kits d’irrigation accessibles, avec un cofinancement entre l’État et les bénéficiaires. « Nous sommes prêts à participer, mais nous avons besoin d’un appui pour franchir ce cap », a appuyé Noufou Singa.
Dans les campagnes, notamment à Sapouy, le changement s’amorce déjà. Neya Pamoin Martin, producteur, en témoigne : « Il y a une volonté réelle de structurer la filière. L’interprofession joue un rôle important dans la formation des jeunes. L’espoir renaît. »
Au terme des échanges, le manioc apparaît non plus comme une simple culture vivrière, mais comme une réponse stratégique aux défis du Burkina Faso en matière d’autosuffisance alimentaire et d’emploi rural. Pour exploiter pleinement ce potentiel, les acteurs de la filière sollicitent un appui fort et structuré de l’État. Autant de leviers à actionner pour faire du manioc un pilier de développement durable.
Micheline OUEDRAOGO
La Tribune du Sahel - Officiel